LE SICILIEN. S
parut sur le théâtre du Palais-Royal La mauvaise santé de Molière fut cause de ce long retard. Cette pièce destinée à faire partie d'une fête de la cour, se terminait par un ballet généra], lié plaisamment à l'action. Le roi, Madame, M"' de La Vallière (1) et plusieurs seigneurs de la cour y dansèrent. La tragédie de Britannicus n'avait point encore paru, et deux ans s'écoulèrent encore avant que Racine fît entendre ces vers sublimes oà Louis XIV crut voir une leçon do7U sa grande ame sut profiter. » Bret, note sur le Sicilien répétée par Aimé Martin.
Les lamproies n'ont pas le jarret assez fort pour remonter le Rhône; elles veulent pourtant visiter Beaucaire, Avignon, Roquemaure. Ne pouvant aller à pied, il leur faut une monture. On les voit donc postées à l'embouchure du fleuve» attendre le passage d'une alose, et sauter, se cramponner, se coller sur son dos. L'une portant l'autre, elles nagent de compagnie. C'est à merveille pour la cavalière, exempte de fatigues et de frais de route; si la faim la tourmente, plie broute, ronge discrètement sa complaisante amie. L'alose veut diner à son tour, elle mord à l'appât du pécheur, tombe dans le filet ou s'accroche à l'hameçon, et la fainéante lamproie est victime de son artifice.
L'une portant l'autre, elles arrivent au naarché.
Les commentateurs, répétant les bévues de ceux qui les ont précédés, ne vont-ils pas où tombent les lamproies ?
En intérêt comme ea esprit, Oa culbute de compagnie.
(l) Erreur : les dames figuraient dans les ballets, elles n'y dansènsnt qu'en 1681.
fiftiTANNIGVS.
HACin, 1668.
NéroD| s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire ;
H né dit, il ne fait que ce qu'on lui prescrit :
Burrhus conduit son cœur, Sénèque son esprit.
Pour toute ambition, pour vertu singulière,
Il eioelle à conduire un char dans la carrière,
A disputer des prix indignes de ses mains,
A se donner lui-même en spectacle aux RomainSt
A venir prodiguer sa voix sur un théâtre,
A réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtré;
Tandis que des soldats, de moments en moments,
Vont arracher pour lui des applaudissements!
Combien de fois, depuis bientôt deui siècles, n'a-t-on pas cité ces beaux vers de Racine pour nous dire avec un risible aplomb, que Louis XIY sut profiter de la leçon donnée à l'empereur des Romains, et cessa de danser sur les théâtres de sa cour après avoir entendu Tinsidieux discours de Narcisse? Les moralistes, les commentateurs, académiciens ou non, les faiseurs de cours de littérature, les défenseurs des jeux de la scène, ont mis ce thème en variations, sans examiner si le fait existait. Une erreur est-elle produite en lumière, il suffit qu'elle présente quelque chose de pittoresque, de curieux, pour que tout le monde s'en empare aveuglément. Si l'un des mille brosseurs de prose qui sesont exercés sur ce sujet devenu banal avait pris la peine de collationoer . les dales, il aurait vu que Louis XIV ne dansait plus sur le théâtre quand l'Opéra fut établi. Ce prince avait terminé sa carrière baladine à l'âge de trente-un ans environ, le 15 février i669, en figurant le Soleil, son personnage favori, dans Fl^rre^ dix-huitième ballet honoré de ses illustres gambades.
BRITANKIGUS,
Le lendemain, l6 février ie69i il arait déclaré sdennellement, il avait donné sa parole royale qu'il lie danserait plus; oX Briiannicus lie parut sur la sèène que neuf mois après» le 11 ou le 13 décembre suivant»
Si le roi n'avait pas annoncé, décidément et péremptoire« ment prouvé, démontré, depuis neuf mois II 1 qu'il renonçait à la danse théâtrale, croyez-votis que le flatteur et timide Ra« cine eût osé lui donner, même par ricochet, la leçon dont on a si souvent exalté la hardiesse? Neuf moisi c'était neuf ans; neuf olympiades, neuf jubilés, neuf siècles, pouf le monarque baladin, qui dansait quatre ballets nouveaux en trois mois ; et quels ballets encore ! il faudrait en réunir trois de ceux de nos jours, si l'on voulait égaler en durée, en variété de tableaux, en richesse de mise en scène, un seul de ces drames dansés.
Une lettre de Boileau que de La Place a rapportée (1), les Mémoires mr la vie de Jean Racimf par Louis Racine ; le Sièck de Louis XIV^ par Voltaire ; telles sont les principales autorités sur lesquelles on s'est fondé pour propager une vieille bévue. Rien ne résiste à la logique des chiffres ; les dates prouvent jusqu'à l'évidence que Boileau, Racine ûls, ont vanté l'un son ami, l'autre son père, en attribuant à l'auteur de BriUmnicus une action virile dont le républicain Pierre Corneille eût affronté le danger, mais que le courtisan liacine aurait eu soin d'éviter. C'était beaucoup pour lui de ve^ nir toucher à la queue du lion, neuf mois après la mort du tyran de ces bois. Voltaire, qui ne se donnait pas le souci de vérifier la possibilité des faits historiques, Voltaire s'est in< considérément réglé sur Boileau, sur Racine; et, sautant œmme les moutons do Panurge, tous les écrivains qui sont venus après eux ont adopté sans examen l'erreur grossière que ces contemporains avaient enregistrée et consacrée.
( 1 ) Pièces intéressantes et peu connues pour servir à l^hisioire si A laliaUro^s^ p«r D. L. P.» tome VI, pag9 9S7,