‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 78 sur 90 · BRITANNICUS · texte numérisé non relu

BRITANNICUS

Puisque j'admets Fauthenticité de la lettre de Boilêau, citée par de La Place, bien qu'elle ne figure pas dans les œuvres imprimées du satirique célèbre, et qu'elle soit contraire à mon opinion, il me sera permis de puiser le fait suivant dans le même recueil, tome !«', page 188.

— Mansard, surintendant des bâtiments, usait avec Louis XIV de la flatterie la plus coquine. Il lui présentait quelquefois des plans oîi il laissait des choses si absurdes, que le roi les signalait du premier coup d'œil. Là-dessus, Mansard àlomber d'admiration, à s'écrier : — Que le roi n'ignorait rien ! qu'il en savait, en architecture, plus que les maîtres. »

» On a soupçonné Racine d'en avoir usé de la sorte dans sa partie, au sujet d'Athalie et d'Esther. »

Les dates ont démontré que l'auteur de BriUmnicus n'a pas pu donner la leçon mille fois citée. Le fait que je viens de rapporter prouve qu'il ne devait pas même se proposer de la donner, tant il manœuvrait à l'inverse.

Maintenant procédons par une contre-épreuve.

— Le pécheur est converti, le pénitent a fait amende honorable, il a renoncé publiquement aux pompes du ballet, aux œuvres du danseur et du mime ; c'est le moment de le prêcher, de fulminer un audacieux sermon, » s'était dit le janséniste Racine; et le voilà forgeant, alignant les nobles alexandrins, où théâtre amène encore une fois idolâtre, selon l'usage antique et stupidement solennel de la rime. Le voilà donnant cette leçon d'une sévérité sublime, d'une immense portée, qui, frappant à faux, arrivant après coup, n'en devait pas moins produire un effet incisif et soudain. Louis XIY comprit si bien la moralité de l'apologue, qu'il entreprit avec Molière la composition d'une comédie-ballet ayant pour titre : Us Amante magnifiques, drame dans lequel il figura, se fit applaudir comme auteur, mattre de ballets, danseur, mime, chanteur. Auteur et guitariste, le 7 septembre 1670. Voilà donc notre coupable devenu relaps.

— Le roi, qui n'avait point accoutumé de danser les ballets

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de «arémey dit, sur la fin du carnaval, qu'il voulait danser le sien jusqu'à la fin du carême. » M^*' de Montpensier, Mémovresy 1659.

Le cardinal Mazarin avait fait venir d'Italie un guitariste célèbre, Francisco Gorbetta, poj^rdonnerdes leçons au jeune roi Louis XIV. Nous retrouvons ce même Francisque à la

' cour du roi d'Angleterre, Charles IL Le virtuose italien y fit des prodiges, et par conséquent une grande fortune ; tout le monde y raffolait de la guitare et s'en escrimait bien ou mal. Voyez, dans les Mémoires du comt^ de Gramonty la scène si

^ dramatique et si plaisante de la guitare chez milady Ghester-

' field.

— En 1660, le mouvement de tous les airs de ballet était lent, et leiir mélodie marchait posément, même dans sa plus grande gaieté. On exécutait ces air^ avec des luths, des téorbes et des violes qu'on mêlait à quelques violons, et les pas, les figures de ballets composés sur les airs dont je parle, étaient lents et simples. Les danseurs pouvaient garder toute la décence possible dans leur maintien , en exécutant ces ballets, dont la danse n'était presque pas différente de celle des b^s ordinaires.

» Le petit Molière (Louis de Mollier) avait à peine montré par deux ou trois airs qu'il était possible de faire mieux, quand Lulli parut, et quand il commença de composer pour les ballets de ces airs qu'on appelle airs de vitesse. Gomme les danseurs qui exécutaient les ballets composés sur ces airs, étaient obligés à se mouvoir avec plus de vitesse et plus d'action que les danseurs ne l'avaient fait jusqu'alors , bien des personnes dirent que l'on corrompait le bon goût de la danse , et qu'on allait en faire un baladinage. Les danseurs eux-mêmes n'entrèrent qu'avec peine dans l'esprit des nouveaux airs, et souvent il arriva que Lulli fut obligé de composer lui-même les entrées qu'il voulait faire danser sur les airs de vitesse. 11 fut obligé de composer lui-même les pas et les figures de la chaconne de Cadmm (1676) parce que Beauchamp, qui faisait alors ses ballets, n'entrait point à son

ign raiTAHmcus.

gré dan» le caractère de cet air de violon. » DUBOS, Bi^em eritiqveê mr la poéne et sur la peinture.

Celte lenteur que signale Dubos avait dû s'introduire dans les airs de ballet pendant le règne de l'apathique Louis XIII, qui certes devait danser aussi posément que le roi de Maroc. Nous savons que la reine Marguerite de Valois et ses joyeuses compagnes se trémoussaient vivement » et que leur vdte échevelée n'avait pas moins de licence et de folie que les polkas, les cachuchas, les cancans de la Chaumière et du bal Mabille. Je vous montrerai bientôt un chanoine donnant de sages conseils aux damoiselles de la cour de Catherine de ^ Médicis, et leur recommandant .surtout de poser leur main gauche sur leur cuisse, afin que leur chemise ne prit pas un vol trop exagéré.

Tous ces exercices plus ou moins licencieux, entrepris et suivis pour favoriser la galanterie, déjà bien facile en des cours où l'ennui se glissait encore ; l'ennui l cet ennemi qu'il fallait chasser à tout prix ; ces rapprochements , ces mélanges concertés harmonieusement, qui faisaient dire à je ne sais quel philosophe : — Les bals sont des lupanars autorisés par l'usage ; » toutes ces fêtes, dont on voulait augmenter les attraits au moyen de quelque ingénieuse nouveauté, fruit du génie invenUf de gens désœuvrés, dirigeant leur esprit sur un seul but, le plaisir ; tous ces divertissements de princes amoureux ou non , amenèrent souvent d'heureux résultats dont l'art a su profiter. C'est à la duchesse du Maine que l'Europe doit la première idée du ballet-pantomime qui triomphe aujourd'hui sur tous les théâtres.

Aux charmes de son esprit naturel, cette aimable princesse joignait beaucoup de lumières acquises, du savoir, de l'érudition même , et surtout une grande passion pour les spectacles. Elle désira voir de ses propres yeux un essai de l'art des pantomimes de l'antiquité , des Bathyle, des Hylas, des Pylade, qui pût lui montrer une image réelle de leurs représentations, de leurs exercices, dont elle n'avait conçu qu'une idée imparfaite en lisant les historiens. Elle choisit la scène

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du quatrième acte A'Horaeef tragédie de Corneille , et la fit neUre en musique par Monret, comme si Ton avait dû la chanter. Cette musique Ait ensuite exécutée , sans paroles, parTorchestre, tandis que Balon et M"* Prévost, danseurs de rOpéra , mimaient sur le théâtre de Sceaux , l'action et les sentiments des personnages de Corneille devenus muets. Nos deux virtuoses, danseurs habiles, Intelligents, pleins d'ame et de chaleur, mais novices en pantomime, s'animèrent si bien réciproquement par leurs gestes, leur jeu de physionomie, d'une vérité parfaite, qu'ils en vinrent jusqu'à verser des larmes. On ne demandera point s'ils parvinrent à toucher, émouvoir les spectateurs. Cet heureux essai, fait en 1708, dut sans doute engager M"^ Sall(S poète et danseuse, h tenter la fortune avec un ballet d'action complet, en exécutant ses drames de Pygr^liony (V Ariane^ qu'elle mit en scène à Londres, vingt-six ans plus lard.

MOLIÈRBy 1666.

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