‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 80 sur 90 · ORONTE · texte numérisé non relu

ORONTE

Mais, mon peiit monsieur, prett«£-le on peu tttoiiis haut.

ÀLCEStE.

Ma foi, mou igrand monsieur, je le prends CQjume il faut.

Le ton , sous-entendu. La conversation est une mélodie dont les intonations vagues , inappréciables même, ne peuvent ôtre notées. On leur applique cependant , au figuré CQmrae au propre, les termes adoptés pour la musique. Je te forai baisser le ton^ changer de touj cfianter sur un autre ton^ etc.

- Il Va pris trop hatu^ disent parfois quelques ignoranis lorsque , au (hé&tre i ils entendent chanter un air dont 1a mélodie trop élevée met Facteur au supplice, et le force à déchirer Toreille de ses auditeurs par des cris peu flatteurs s'ils ne sont tout à fait discordants. // Pa pris trop haut ; noB, il ne saurait prendre un autre ton que celui de rorcheslre. L'air est écrit trop haut pour la voix de Texécutant , il ne peut en atteindre les points culminants, mais il ne Ta point pris trop haut. Il arrive pourtant , qu'en un jour de début, la peur serre le gosier d'un virtuose au point de le faire chanter un peu trop haut sans qu'il s'en aperçoive, tant il est troublé.

Dans le Cantatrici villane , Lablache dit un air tout entier un demi-ton plus bas que le diapason de l'orchestre ; 11 faut ôtre solide musicien pour mener à bonne fin cette bouffonnerie de chanteur, sans abandonner un seul instant le parti pris, malgré les sollicitations puissantes de la symphonie, t^aër chantait Di tanti palpiti en soly s'accompagnait sur le clavier en mi bémol de la main droite , tandis que sa main gaucho manœuvrait en mi naturel y et sa triple cacophonie marchait avec une régularité mathématique* Lablache l'avait

ftris trop 6as, Paër le prenait trop haut, c'était un tour de force qu'un chanteur médiocre n'aurait pu tenter avec succès. Les miLs^ieienS de coxir, c'est ainsi que l'on nomme à Paris les troubadours des rues , nous donnent pourtant des exemples fréquents de ces détonations constantes, opiniâtres, les femmes surtout. Elles chantent une chanson et tournent la manivelle de leurorgue, qui les accompagne à l'unisson. A leur entrée en course , elles règlent leur voix sur le ton de l'orgue ; la fatigue les invile ensuite à baisser par degrés, de telle sorte que la chanson descend d'un ton, d'une tierce, arrive même, sur le soir, à la quarte si bémol , tandis que, ferme au poste, l'orgue accompagne toujours en mi bémol. Si la mère chante avec un de ses enfoots , croyez que le bambin suivra fidèlement la mélodie, et saura maintenir sa voix un degré plus bas que l'intonation maternelle. Triple cacophonie. Écoutez, et vous ferez plus d'une fois l'observation que vous signale mon expérience.

Le haut ton est une manière de parler arrogante, audacieuse.

Le ton haut est un degré supérieur d'élévation d'une voix chantante ou du son d'un instrument.

Une commune voix est la réunion de tous les suffrages prononcés unanimement.

Une voix commune est une voix ordinaire, qui n'a rien de plus remarquable qu'une autre ; c'est môme une voix désagréable, vulgaire- Une fausse corde est une corde d'instrument qui n'est pas montée au degré convenable, sur le ton qu'il faut

Une corde fausse est celle qui ne peut jamais s'accorder avec une autre.

Un faux accord choque l'oreille, parce que les sons, quoique justes , ne forment pas un tout, un ensemble harmonique.

Un accord faux est celui dont les intonations ne sont pas justes, ne gardfent pas entre elles la justesse des intervalles.

— Il n*7 a pas moms d'éloquence dans le son de la voiXi

dans les yeux et dans l'air de la personne que dans le choix des paroles. La Rochefoucauld*, Maximes, 249.

— Un geste, un regard, quelquefois Tub et l'autre, doivent toujours précéder les paroles dont on attend un grand effet : c'est la ritournelle du discours, » disait Lekain. Au met ritournelle, souvent mal compris et mal appliqué, je substituerais ici prélude.

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