‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 81 sur 90 · ALCESTE · texte numérisé non relu

ALCESTE

SoDUce ses grands canons qui vous le font aimerf L'amas de ses rubans a-t-il su vous charmer ? Est-ce par les apps de sa vaste rhingrave Qu'il a gagné votre ame en faisant votre esclave? Ou sa façon de rire, et son ton de fausset, Ootrils de vous toucher su trouver le secret?

L'Académie française a deux fois tort en écrivant fausset pour désigner la petite cheville destinée à boucher le trou fait avec le poinçon ou foret aux futailles; en écrivant encore fausset pour désigner la voix de tète. Musioien et connaisseur eu vins, j'ai souvent devisé sur ces deux fautes d'orthographe avec Longepierre, tonnelier à Bercy dans la maison Gallois. Ce petit-fils de l'auteur de Médée prétend avec raison que Ton doit écrire fosset, puisqu'il s'agit d'une chevillette qui va fermer une fosse faite avec un foret

Nous donnons le nom de faxœet à la voix de tète, parce qu'elle n'est point formée dans la poitrine, mais dans la gorge, irUer fauces; témoin cet hémistiche iTOx/^tiofriis hœsit, cent fois répété par Virgile et les autres poètes latins. Yous voyez que ce mot faucet, d'origine antique, n'offre aucun rapport avec les qualités justes ou fausses d'une voix. D'ailleurs, en musique, rien de faux ne saurait être admis.

Prœterea radii vox fauces sœpèt facitque Asperiora foras gradiens arteria elatnor*

LUCRÈCB.

Le phaisan s'appelle ainsi parce qu'il est l'oiseau du Phase^ venu duPAose, comme le Sidlim de Sicile, et la cerise de Ci'

rasonte. A quoi bon accuser Fétymologie grecque en écrivant Phasêf si vous l'abandonnez pour faisan^ qui procède incontestablement de Phase? France et Phrançais ne seraient pas pl'js ridicules. Nos anciens avaient raison d'écrire phaisan. J'usera! de leur orthographe, rationnelle au suprême degré, jusqu'à ce ^ue notre Académie m'ait permis d'écrire Fase. L'absurdité ^^'amn no peut être rectifiée, corrigée que de cette manière.

Tel escroqaa irois gelinottes,

Tel mit nn phaisan dans ses bottes, .

Et tel fourra dans ses calçons

Une andouille et trois saucissons.

LoRBT, Muse historique, i4 mai 1659.

jirgo a primum sum transportata carina^ Anle mihi noium nil nisi Phfisis erat,

Mahtial.

Je ne veux point que l'on invente de nouveaux caractères; mais ne serait-il pas utile, nécessaire même, d'employer ceux que nous possédons, afin de noter d'une manière franche, loyale et décisive, la prononciation des mots où le ch est resté grec ou bien italien, tels que orchestre^ chceur^ chorégraphie , chirographaire , patriarchal , archéologue , archaïsme^ archiépiscopal, Machiaoel, Michel^Ange^ etc , etc.? Les distinctions posées, les avertissements donnés par les grammairiens, arriveront-ils jamais à diriger un rapide lecteur au milieu de ce labyrinthe de contradictions? Et je ne parle pas du tourment que vous imposez aux enfants, aux étrangers, qui veulent chanter sur votre gamme absurde.

Archet, arkétype^ chirurgien, kirographaire, archeviquey arkiépiscopal, mâchicoulis, Makiavel, fil (Tarchal, patriarkalj citasse, kaos, chose, horiste, etc., etc, devraient-ils avoir une seule et même orthographe? Ces nombreuses dissonances offertes à l'œil, et qu'un discoureur subtil est obligé de sauver à chaque instant, ne sont-elles pas des pièges tendus fort inutilement à son intelligence? Je sais bien que les mots chorisbe et

coryphée ne commencent pas, en grec, par la même fettre. S'il vous platt d'être Grecs, soyez-le tout à fait, et prononcez AkUlty arkUecte; mais comme ainsi soit que vous abandonnez plus souvent les signes d'élymologie, que vous ne les conservez (témoin Pha;se et /bt«an), sachez à propos les négliger, lorsqu'ils deviennent un instrument de trouble et de dommage. Vous chantez aujourd'hui sur la gamme du moyen âge, sur la gamme pîirmuances, que les musiciens ont rejetée depuis trois cents ans; adoptez donc à votre tour la gamme du si pour la littérature. Nous rencontrerons celle bienheureuse' ggimme dans le cours de cet ouvrage ; j'en donnerai l'itinéraire en parlant de Crispin mmieien et des Folies amotireuses.

Pourquoi les Espagnols écrivent-ils cabeça^ caballero pour prononcer camça^ catalkroy tandis qu'ils écrivent et prononcent BarceUma^ Burgos^ etc. ?

Nos anciens écrivaient charactère^ cholère^ chorde^ tnécJianique^ méchanicien; vous avez eu le bon esprit de représenter ces mots à l'œil tels que la bouche les articule: caractère, colère f corde^ mécanique^ mécanicien: pourquoi n*avez-vous pas compris tous les mots de la même espèce dans la même réforme, si bien entreprise et justifiée T

Un avocat de Sault, administrateur du déparlement de Vaucluse, ayant en horreur le ch, qu'il ne pouvait point articuler, résolvait un problème grammatical de la manière suivante : — Savez-vous pourquoi l'Académie, qui nous permet dé dire un a^^ur, une atlrissé^ un amhassadur, une ambassadrisse; un tutur, une tutrissé, né vut pas que l'on dise tin autur^ une aiUrissé ? C'est afin dé né pas confondre aiUrissé avec V AiUrissé qui est dans les états de l'empereur. )»

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