ACTE T, SCÈNE If
ACA8TB, à jâleeste.
A vous le dé, monsieur.
— Pour Phomme aux mbans verts...
— Lorsqu^on a pris des baudriers, il a fallu les arrêter sur réjpaule. On imagina d'y mettre d'abord ua petit ruban ; ce ruban dans la MiAe t Miméêfm ijégliBMiDo» tl I'ûb «'âftt
enfin avisé d'en mettre sur l'épaule droite œnt aunes, lors même qu'on ne porte plus de baudrier. Entretiens galants,
LA Mode, Paris, Jean Ribou, 1681, 2 volâmes in-12.
Aufresne, Busset, M"* Teissier, et d'autres comédiens français d'un grand talent, donnaient des représentations à Naples, en février 1773. — Le Misanthrope eut beaucoup d'applaudissements, quoique tout le monde n'y trouvât rien de nouveau, parce que Molière a été tant pillé, volé, imité par nos comédiens italiens, qu'il en est devenu usé à nos oreilles (1]... Il y a dans la troupe un M. Busset, à mon gré, supérieur à Lekain. r> Ferdinand Galiani, Correspondance^
Lettre du 20 février 1773.
J'étais un soir au balcon du Théâtre-Français, non loin du ténor Yvanoff qui siégeait à la seconde banquette, on représentait k Barbier de Séville. Pendant un entr'actes, le virtuose russe me serre la main affectueusement, et me dit : — Je vous dois un nouveau compliment, vous l'avez donc aussi traduit et mis en comédie ; on ne pouvait mieux tirer parti du livret italien, du Barbiere di Siviglia^ c'est charmant I Le bâilleur, l'éternueur que vous y avez ajoutés m'ont diverti plus que tout le reste. i>
Le théâtre Santa Maria^ nouvellement construit à Florence, fut ouvert, en 1775, par des comédiens français. Us y représentèrent le Barbier de Sémlley alors dans sa première nouveauté." ^
En Italie, on donne presque toujours le nom de quelque saint aux salles de spectacle. Celle de la Scah porte le nom d'une église qu'elle a remplacée.
A Florence, la salle de l'Opéra se présente en face du baptistère de Saint-Jean, à coté de l'église cathédrale. Le père Labal, en son Voyage d'Italie^ donne le théâtre de l'Opéra j)our confront à ce baptistère.
(i) Opère del Molière, tradotte nélt italiana favella, da Gaspari Gozxi, Veneiit, Giambattista NoveUi, 1756, 1157, 4 vol. io-8.
Anciennement les théâtres d'Italie prenaient le nom de la paroisse sur laquelle ils étaient bâtis. Si nous avions adopté cet usage, Paris aurait eu les théâtres de fiaint-Germàin l'Auxerrois, de Saint-Sulpice, de Saint-Eu^tache, de Saint- GervaiSf etc.
Sixième entrée de ballet.
Douze Égyptiens, dont quatre jottent de la guitare, quatre des castagneltei, quatre des gnacares, dansent avec VÉgyptienne aux chansons qu'elle chante.
. Gimares n'appartient point à l'espagnol ainsi que son orthographe pourrait le faire croire. Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires de celte langue. Gnacares est le vocable français nacaires, mal figuré. Les Italiens disent nacckere, et non pas gnaccare ou gnacchere, comme Técrit-Auger. Entraiué par le.s écrivains qui, mal à propos, avaient traduit en lalin nacaires par crotalum, ce commentateur a louché faux en traduisant à son tour crotalum par cymbales. Erreur sur erreur; Augera doublé du même. Crotalum ne signifie pas plus cymbales, que bos ne signifie cheval : le bœuf et le cheval trottent sur quatre pieds, ce trait de ressemblance suffit-il pour ranger l'un et Taulre animal dans la même catégorie? Si l'académicien Auger s'était nourri de bons ouvrages, il aurait vu que les nacaires ne pouvaient devenir (?roto/î/m, et que crotalum signifiait crotale, comme mninarium signifie séminaire. Mais les académiciens, pareils aux marquis de Jodel.t et de Mascarille, ne savent-ils pas tout sans avoir rien appris? Et pourtant Caslil-Blaze, fils de la maison, avait eu soin de déposer son Dictionnaire de musique moderne à la Bibliothèque de l'Institut, ex dono autaris subsignati. Ce lexique présente l'article suivant :
Crotales, s. m. plur. Instrument de percussion, composé de deux pièces de fer ressemblant assez à deux écuelles
PA8T0RALB COMIQUB. 4i»
ipndes, fort épaisses et peu concaves. Oii en joue de la oiéme manière que des cymbales. Les GorybaDtes, les Bacchantes se servaient des crotales. Ils sont encore en usage en Provence, où le nom de chaplackôu leur esi donné par onomatopée. D
Dans la même page est l'article CYMjtALES.
Bien mieux I rinstitut se fait écrire des mémoires et les couronne sans les avoir lus. En ouvrant à la page 301 Texcellent ouvrage de Yilloteau, mis au jour aux frais de TÉtat, il aurait trouvé des renseignements sur les nacaires, les cretaies et les cymbales, plus précis encqre que ceux fournis par Du Gange. De l'État actuel de l'Art musical en Egypte, tel est le titre du second mémoire de VilloTeau, sorti, comme le premier» des presses impériales, et faisant partie du grand ouvrage sur rÉgypte.
Le même littérateur musicien nous dit: — C'est une chose fort remarquable, que la négligence avec laquelle on a défini tout ce qui a rapport à la musique, soit dans les relations des voyages, soit dans les traductions ou dans les commentaires des ouvrages anciens où étrangers. Nous avons déjà rappelé dans notre Dissertation sur les ifistruments des anciens Égyptiens, les opinions hasardées de quelques commentateurs qui ont pris le sistre, les uns pour une trompette, les autres pour une cymbale, ceux-ci pour une flûte, ceux-là pour un cor, plusieurs autres pour un tambour, etc., etc., tandis que la moiudre attention, en lisant les poètes latins ou grecs, leur aurait fait sentir combien ils étaient loin de la vérité. On ferait un ouvrage très singulier et fort étendu, si Ton voulait examiner toutes les erreurs de ce genre que des personnes, d'ailleurs d'un mérite très distingué, ont commises en parlant de la musique el de ses instruments. La malignité pourrait prendre plaisir à voir jusqu'à quel point des écrivains ont abusé do leur érudition et compromis leur sagacité en cherchant à expliquer des choses sur lesquelles ils n'avaient réellement aucune idée bien nette et bien distincte. ]» Descripiion des instruments de mtmque des Orientaux, chapitre ix.
4ie PASTORALE GOMIQUE.
Les nacaires, .macaires, anacaires ou nagaires, car Cis quatre mots sont employés par différents auteurs, le «plus grand nombre a pourtant adopté le premier i les nacaires étaient des timbales, d'une petite dimension, et, comme les nôtres, inégales en diamètre, dont les Sarrasins se servaient à cheval, pour régler la marche de leurs escadrons. Plusieurs I^intres anciens nous montrent la fille de Jephté jouant des nac4p^s, gracieusement attachées à sa ceinture.
Les Égyptiens les appellent encore aujourd'hui amiqiiridi ,
lès Éthiopiens nag&nt, du verbe nagara, il a publié, annoncé,
parce que c'est au son- des nacaires que se font les publications des lois el règlements administratifs. Placé devant les églises cet instrument sert pour annoncer le commencement des offices religieux et les circonstances diverses du mystère de la messe. On compte quelquefois jusqu'à trente-six ou quarante nag&rit pour une seule église. Quand le roi d'Ethiopie sort en grand cortège, ou qu'il se met en campagne, il est toujours accompagné de huitante-huit timbales portées par quarante-quatre mulets, montés chacun par un timbalier.
Les nacaires figurent dans le ballet qui termine le second acte de la Favorite ; mais on a tort de les séparer, en donnant un de leurs bassins à chacun des deux négrillons chai^ gés de les mettre en jeu. Pour la vérité du costume et de la mise^en scène, il faudrait qu'un seul More portât les deux nacaires, une à droite, l'autre à gauche, pour les frapper avec deux baguettes, comme on fait les timbales. La division des bassins et des baguettes s'oppose à l'exécution du roulement, du moindre groupet, et donne des résultats moins sonores aux frappements rhythmiques.
En revenant des croisades, nos chevaliers apportèrent les nacaires en France; ils avaient usé de ces instruments en Palestine. Témoin ce passage de Guillaume de Tyr : — Tantost comme il orroit les nacaires sonner, qu'ils s'armassent et montassent et alassent après luy. » La phrase suivante de Gesta Liidomci VII, rex Francorumj capitulus 8, ne laisse aucun doute sur la nature et la forme de l'instrument : Jympa-
nhetnaeariUfet aliis nmMiihn»,instrumentisresonabant. Sîmiubm, est on ne peut plus concluant. Joinville, Froissart, et nos anciens poètes français viennent encore à l'appui de ce que j'ai dit.
Car en dançant tant me lassa, Que ma muse à bruyant cassa, Et mes nacaires pourfendy.
Onques puis corde ne teudy, Sur tabourio ne sur rebelle (rebec).
Jean Moulinet, de FalencCy feuillet 96.
Harpes, tabour, trompes, nacaires, Orgues, cornes plus de dix paires.
Jlfanu$crit de la Bibliothèque nationale^ 7619, page ss,
-Des nacaires d'une taille plus forte que l'ordinaire prirent le nom de timbres^ il en est question dans Perceval et dans ces vers du Roman de la Rose :
Cil fleuve court si joliement, Et maiae si grand dissonent (murmure) , Qu'il résonne tabouroe et timbre Plus souef que tabour ne timbre.
Ces timbres, agrandis par les Allemands, devinrent les timbales de cavalerie. Sous le règne de Louis XIV, nos dragons prirent des timbales aux impériaux; depuis l^rs seulement elles furent en usage dans notre cavalerie, mais on ne se servit d'abord que de celles que Ton avait enlevées aux ennemis, et dans les régiments qui les avaient conquises. Placées en avant de la selle du cheval que montait le timbalier, elles étaient ornées d'un tapis tissu d'or et d'argent, entouré de franges superbes, appelé tablier des timbales ; on prenait autant de soin pour la conservation de ce tablier, on aUachait autant de prix à sa conquête que s'il s'était agi d'un étendard. Cet usage nous venait encore des Sarrasins. Toutes les fois que le roi d'Ethiopie nomme un gouverneur de province il lui donne une paire de timbales accompagnée d'un étendard pour marque d'investiture. 11 doit conserver et défendre jusqu'à la mort ces insignes du pouvoir.
4i8 PASTORALE COMIQUE.
Au siège de Ptolémaïs, en i 291, six cents nacaires portées sur trois cents chameaux tonnaient à la fois, dans l'armée égyptienne campée autour de cette ville.
Les ambassadeurs envoyés par Ladislas, roi de de Hongrie, à Charles VII, pour lui demander en mariage sa fille Madeleine, firent sonner pour la première fois les timbales à Paris, en 1445, à leur entrée solennelle.
Les timbales furent admises à Torchestre de i'Âcadémie royale de Musique le 2 janvier 1674, jour de la première représentation à'Alcestef opéra de Quinault et LuUi. Ces timbales empruntées à la Grande-Écurie, étroites et peu musicales, produisaient du bruit et non du son. Le diamètre considérablement augmenté de nos timbales d'«rchestre, double leurs vibrations, et donne autant de moelleux que d'énergie à leurs roulements, comme à leurs frappements rhythmiques.
Le tambour à baguettes fut ingénieusement employé par Marais dans sa tempête à*Àlcyone^ opéra dont La Motte avait écrit le livret. 1706.
Le tambour s'était fait entendre pour la première fois en France, à Calais, le 3 août 1347. Edouard III entra dans cette ville, tambours battants; elle resta sous la domination anglaise jusqu'en 1558.
Du temps dis saint Louis, on latinisait tout simplement les mots français qui se rapportaient à des objets nouvellement adoptés, inventés ou fabriqués. Denacaires^ on avait fait nacaricp, sans recourir à deprétendus équivalents, tels quecrotofum, dont la signification vague était une abondante source de méprises et de bévues : chacun interprétant à sa façon le mot bâtard. Dans nos meilleurs dictionnaires latins, vous rencontrez fides {cordes) pour molon; catapulta pour fusil: tormentum pour caTwn ; atramentum scriptorium pour encre. Nos anciens avaient eu le bon esprit de dire naeariœ, pourquoi ne les a-t-on pas imités en écrivant vwlonus, fusilium, eanonus, encra? Tous ces mots, parfaitement intelligibles, auraienf été déclinés à merveille. On vient de forger un fusil,
fofgez donc à l'instant un mot grec ou latin propre à désigner ce nouvel instrument qu'Homère, Virgile, et même Polybe, Végèce n'ont pu signaler en leurs écrits.
Les crotales et les cymbales sont de la plus haute antiquité; les mots qui désignent ces instruments n'ont jamais cessé d'ôtre en usage. Si l'auteur de la Pastorale comique ne s'en est point servi dans les annonces de mise en scène de ce ballet; si nous y lisons gnaeares au lieu crotales et de rj/mbalesy c'est qu'il a voulu réellement que ses Égyptiens parussent armés de nacaires, instruments originaires d'Égyple. Des amateurs contemporains de Molière chantaient dans les salons en s'accompaguant seulement d*une paire de cymbales. Cent ans plus tard, le vice-légat d'Avignon et le comte de Suze n'auraient pas convenablement posé la digestion de leurs splendides festins, si deux virtuoses à large poitrail ne leur avaient sonné des fanfares de cors de chasse, à pleins tuyaux, à bout portant, fortissimo^ dans le salon de réception, au risque de briser les vitres et les glaces. J'ai connu ces athlètes sonnants et cruellement sonores; j'aurai recours aux historiens pour vous parler des chanteurs cymbaliers.
*- La fable de Glérante fit rire toute la compagnie, et même la bourgeoise qui lui fit plusieurs demandes boufibn-* nés. Un gentilhomme delà troupe lui commanda de chanter une chanson. Il touche ses cymbales aussitôt, et en dit une des plus gaillardes. Étant convié d'en dire encore d'autres, et n'en sachant point, il dit qu'il me fallait appeler, et que j'en chanterais des plus plaisantes du monde. La noce demeura sans violon pour le contentement du seigneur du village, vers lequel je me transportai incontinent. Mon instrument et ma voix s'accordèrent ensemble pour dire quelques chansons les plus folâtres que l'on ait jamais ouïes, et que j'avais composées le plus souvent le verre à la main, pendant mes débauches, je faisais des grimaces, des gestes et des postures, dont tous les bouffons de l'Europe seraient bien aises d'avoir la tablature pour en gagner leur vie.
D Glérante cependant s'était approché de deux vieillards
qui n'adonnaient pas du tout leurs esprits à écouter ma mu* sique. Us devisaient sérieusement ensemble d'une chose qui le touchaity non pas en qualité de joueur de cymbales, mais en celle de grand seigneur. » Charles Sorel, Frandon.
En parlant du BalUt des QwUre Éléments^ dansé, figuré dans la cour du Louvre, en 1606, par des cavaliers montés sur leurs palefrois, le père Ménestrier dit : — Les pages étaient vêtus en Mores; deux éléphants artificiels marchaient sur leurs pas, et portaient deux tours illuminées, pleines de musiciens jouant de divers instruments. D'autres Mores menaient des chevaux, qui marchaient en cadence au son des nacaires et des instruments moresques. > De$ Balkfs anciens et tnoder^ neSt page 204.
En Italie on avait fait danser des chevaux de bois sur le théâtre.