Tartuffe, Acte I, se. i
lieu de ce cuistre, de ce cagot de critique de Tartuffe, c'était seulement Clitandre qui se fùl g-lissé près d'Elmire.
Il y a une chose que je ne peux pas absolument leur passer, aux femmes de Molière, et vous me pardonnerez, parce que notre théâtre est, de tous les théâtres, celui qui contient le plus grand nombre de femmes charmantes et parfaites (et, je pense, notre nation aussi) ; mais notre théâtre est certainement ainsi; vous me pardonnerez donc d'être sévère, à cause de cela, pour les femmes de Molière; à force d'être voisines de l'instinct, la délicatesse leur manque, ainsi que le charme et la fraîcheur. Toutes les jeunes filles, par exemple, ont l'air d'être des veuves; toutes sont instruites de toutes sortes de choses qu'il n'est pas absolument nécessaire qu'une fille de vingt ans sache, et elles combinent avec art, avec aplomb, avec assurance, leurs luttes tantôt contre leurs pères, tantôt contre leurs futurs; toutes ces demoiselles sont promptes et hardies. Ici encore il faut que je choque vos illusions et que je les dissipe : mais
il y a une jeune fille de Molière qu'on célèbre aussi comme tout à fait charmante ; c'est Henriette des Femmes savantes, femme sensée tant que vous voudrez, femme d'un commerce sûr, je n'y contredis pas, mais du charme? non pas! Quel charme, que celui d'une jeune personne qui, dès la première scène, tient de petits discours comme ceux-ci à sa sœur Armande, qui a des idées métaphysiques sur le mariage, et qui ne comprend pas que sa sœur veuille se marier :
Ne troublons point du ciel les justes règlements
Et de nos deux instincts suivons les mouvements ;
Habitez, par l'essor d'un grand et beau génie,
Les hautes régions de la philosophie,
Tandis que mon esprit, se tenant ici bas,
Goûtera de l'hymen les terrestres appas.
Ainsi, dans nos desseins l'une à l'autre contraire,
Nous saurons toutes deux imiter notre mère;
Vous, du côté de l'âme et des nobles désirs,
Moi, du côté des sens et des grossiers plaisirs ;
Vous, aux productions d'esprit et de lumière,
Moi, dans celles, ma sœur, qui sont de la matière *.
Je ne trouve pas une jeune personne qui parle ainsi douée de charme; je lui reconnais