RECHERCHE DES MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILES
1° Mollusques fluviatiles ou d'eau douce.
Pour cette chasse l'arme indispensable est un filet à mailles très fines monté sur un cerceau de fer et adapté à un long manche. Cet instrument doit être construit sur le modèle des filets à papillons ; mais © ee un tissu fort; c'est le troubleau des entomologistes.
Lorsqu'on sera arrivé sur les bords du ruisseau ou de l'étang que l’on veut explorer, on plongera son filet dans l’eau en le promenant sous les plantes aquatiques, et à chaque coup on examinera avec soin le contenu que l'on déposera sur la berge. C'est parmi les nénuphars, les lentilles d'eau et autres plantes que vivent les Limnées, Physes et Planorbes. On est certain de prendre ainsi en abondance des Limnæa stagnalis, Planorbis corneus, Physa acuta, ete... En draguant au moyen du filet sur la surface de la vase, on capturera des Pithynia tentaculata et deux genres de bivalves qui vivent dans les mêmes conditions : les Cyclas et les Pisidium.
Quant aux Paludines, il faut les chercher dans les eaux courantes, les petites rivières et les canaux : on les prendra également au moyen du filet. Dans le fond des ruisseaux peu profonds, on aura soin d'enlever
quelques pierres immergées et de les examiner attentivement; on y trouvera des ÆVéritines et des Ancyles qui adhèrent à ces pierres, principalement dans le voisinage des sources. |
Enfin lorsqu'on pêche dans un ruisseau ou une fontaine dont le fond est garni de mousses, de potamogeton ou autres petites plantes aquatiques, il est bon de draguer avec son filet au milieu de la couche la plus épaisse de ces plantes; on en retirera une certaine quantité qu'on emportera pour faire sécher. On secouera ensuite ces plantes sur une feuille de papier blanc et on verra s’en détacher toutes les petites espèces de Paludinella, Moitesseria, Lartetia, etc... qu'on ne pourrait se procurer autrement.
Les Unios et les Anodontes sont d'une capture moins facile ; elles vivent dans la vase des eaux douces, dans les lacs, les étangs, les marais, les canaux, les biefs de moulins, dans les ruisseaux et rivières coulant lentement. Ces Mollusques sont souvent enfouis dans la vase, et on reconnait facilement leur présence aux sillons qu'ils tracent en circulant sur le fond vaseux. Quand l’eau est limpide, on peut, en regardant avec attention, les apercevoir enfoncés dans la vase et laissant apparaitre seulement une partie de la coquille; on peut les prendre alors à la main avec la plus grande facilité. Mais, si l’on veut éviter la nécessité (quelquefois peu agréable) de se mettre dans l’eau pour procéder à cette pêche, on attendra la fin de l'été; à cette époque, les eaux étant très basses dans les fossés et les marais, on pourra en prendre très facilement, même au moyen d’un râteau muni d'un long manche,
On peut aussi, dans les eaux profondes, employer la drague indiquée pour les Mollusques marins. Mais le moment le plus propice pour cette chasse est l'époque où on met à sec les canaux ou biefs de moulins; on peut alors prendre les coquilles à la main et on est toujours certain de faire une chasse abondante.
C'est aussi par ce moyen qu'on peut se procurer la Dreissena polymorpha, cette moule fluviatile qui s'attache aux parois des canaux maconnés ou forme de longues grappes fixées sur les corps flottants.
24 Mollusques terrestres.
L'automne est la véritable saison pour la chasse de ces Mollusques. C'est pendant le mois d'octobre et même pendant les premiers jours de novembre, lorsque la chaleur de l'été fait place aux pluies abondantes de l'automne et lorsque la terre est jonchée de feuilles mortes en décomposition, que l’on doit se mettre à la recherche des Mollusques terrestres. Certaines espèces se rencontrent, 1l est vrai, plus abondamment au printemps, quelques-unes l'été, après les pluies d'orage, d'autres enfin sont plus faciles à capturer l'hiver ; mais ce sont aulant d'exceptions à la règle et les chasses vraiment fructueuses se feront toujours à l'automne.
Dans les jardins, autour de nos habitations, dans nos potagers, dans nos parterres, on recueillera en abondance des Bulimus acutus, Cyclostoma elegans, Helix aspersa, carthusiana, variabilis, limbata, etc.
Dans la campagne, c’est sur les arbres, sur les buissons ou sur les herbes où elles rampent après les pluies,
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que l’on trouvera les Aelix pisana, nemoralis, arbustorum, etc...
Ces espèces sont toujours faciles à trouver parce qu'elles sont très abondantes dans toutes les localités qu'elles habitent; mais il n’en est pas de même de certaines espèces qui ont une station ou un habitat spécial. Cest sur les rochers, dans la mousse qui les tapisse, qu'il faut chercher l'Aelix cornea, tandis que l'Aelix splendida et l'Helix muralis se plaisent dans les fentes des vieux murs ou des rochers. D’autres espèces sont spéciales à certaines contrées ; c’est dans le midi de la France qu'il faut chercher l'Helix aperta et vermiculata, communes dans les vignes de la Provence, le PBulimus decollatus qui habite le pied des buissons, le Zonites algirus, etc... Quelques espèces recherchent le voisinage de la mer ou des marais salants; ce sont les //elix explanata, trochoides, terrestris. Dans ces marais, sur nos côtes méditerranéennes, on trouvera l'Alexia myosotis et la 7runcatella truncatula, petits Mollusques aussi terrestres que marins. Quelques espèces rares ne se rencontrent que sur nos montagnes des Pyrénées, à une certaine altitude, comme l'A/elix Quimperiana et constricta.
Les petites espèces, comme l’Aelix rupestris, aculeata, les Pomatias, les Pupa, etc..., sont difficiles à trouver. M. l'abbé Dupuy indique, à ce sujet, un excellent procédé: on se munit, au départ, d’un parapluie ou en-toutcas très solide et d'une petite brosse très rude afin de brosser les rochers ou les pierres On recueille avec soin, dans le parapluie, tous les débris quirenferment ces petits Mollusques, que l’on sépare ensuite à son retour.
On doit toujours se munir de plusieurs boîtes pour renfermer les espèces selon la grosseur, et de plusieurs tubes en verre pour y introduire les espèces très fragiles ou infiniment petites. Il faut aussi un bon couteau pour fouiller la terre, afin d'y rechercher les Mollusques qui ont l'habitude de s’enfouir, comme l’Aelix constricta, et des pinces ou bruxelles pour extraire ceux qui s'abritent entre les fentes des murs et des rochers, ou sous l'écorce des arbres.
Tous ces instruments, indispensables pour une chasse, sont placés dansun sac de naturaliste bien conditionné (1).
Les Clausilia et Pupa se tiennent dans les mousses et dans les endroits frais; c’est là qu’on doit les chercher après les pluies ; par exception, le Pupa cinerea se trouve, dans le Midi, en plein soleil, sur les pierres qui servent de clôtures aux jardins. Une petite espèce, la Balæa perversa, vit sur les troncs d'arbres, dans les interstices de l'écorce. Enfin les Zua, Azeca, Ferussaccia habitent sous les pierres, sous les rochers, et s’enterrent pendant la chaleur. On les trouvera toujours dans ces conditions en retournant les pierres, surtout le matin; mais les chasseurs ne doivent pas oublier de prendre les plus grandes précautions pendant ce genre d'exploration : il arrive fréquemment qu'en soulevant les pierres pour faire des recherches, on s'expose à des rencontres peu agréables; d'abord les Vipères, assez communes dans certaines contrées, puis le Scorpion qui, dans le midi de la France, se trouve en abondance sous les pierres, dans les localités montagneuses.
(1} On trouve ces sacs et tous les instruments cités chez M. Deyrolle, naturaliste, rue de la Monnaie, 23, à Paris,
Pour la récolte de certains Mollusques, comme les Limaces et les Testacelles, il faut chercher le soir de préférence, ces animaux étant presque tous nocturnes. On trouvera certaines espèces très facilement dans nos celliers et nos jardins. On explorera attentivement les mousses dans les prairies humides, les troncs d'arbres et les plantes dans le voisinage des ruisseaux. Dans les bois, on en trouvera dans les endroits couverts, et souvent sur les champignons qu’ils dévorent. Les 7Zestacelles recherchent de préférence les murs et les champs pierreux. Les Parmacelles, beaucoup plus rares, ne se rencontrent guère que dans la Provence.
Les Vitrines habitent les bois, où elles se cachent dans les mousses. Les Succinées ou Ambrettes ne s’éloignent jamais du voisinage des eaux. Il faut les chercher sur les plantes aquatiques : Joncs, ris, etc... On en trouve aussi dans les rigoles pratiquées dans les prairies humides. Pendant la chaleur du jour, elles descendent dans le pied des plantes aquatiques, ou s’abritent sous leurs larges feuilles.
On doit examiner avec le plus grand soin les alluvions provenant de cours d’eau débordés; on y trouve toujours, parmi un grand nombre d'espèces communes, quelques espèces rares ou très petites et, par conséquent, fort difficiles à trouver. Enfin certaines plantes, comme le Plantain, sont recherchées par de petits Mollusques ; on doit en arracher des touffes et en examiner les racines: on y trouvera souvent les Æelix costata et pulchella, ainsi que les Vertigo qui adhèrent aux feuilles.
Les indications que nous venons de donner, pour la
recherche des Mollusques marins et terrestres, sont le résumé de nos observations personnelles, augmentées de celles de plusieurs naturalistes dont on connait l’au-lorité en cette matière : MM. Woodward, Chenu, Fischer, Cailliaud, Dupuy, etc... Grâce à ces instructions, tout débutant sera certain de ne pas faire d'excursions stériles ; «car le plaisir qu'on éprouve, a dit le docteur « Chenu, à rassembler une collection, est toujours doublé «quand on parvient à l'enrichir par les produits de ses « recherches personnelles »
Nous complétons ce chapitre par l'indication des meilleurs procédés pour la préparation et la conservation des coquilles.