‹ Mollusques méditeranéens [!]; observés, décrits, figurés, et chromolithographiés d'après le vivantChapitre 17 sur 35 · SIXIÈME GENRE · texte numérisé non relu

SIXIÈME GENRE

SÈCHE. SEPIA. Linné, Lamark, Cuvier.

Animal au corps ovalaire, comprimé, garni sur tout son pourtour de deux nageoires uniformément étroites. Appareil constricteur, formé d’une crête oblongue, conique, entourée sur la partie supérieure d’une fossette circulaire assez profonde et placée sur la paroi interne du corps, et d’une fossette oblongue, profonde, bordée d’un bourrelet très relevé et située sur la partie inférieure du tube locomoteur.

Tête déprimée, munie de deux yeux latéro-supérieurs, entièrement couverts d’une membrane transparente et percée d’un petit trou; cette membrane forme une espèce de paupière opaque semi-circulaire, qui couvre en partie l'iris. La pupille est en outre constamment protégée contre les rayons lumineux par une fausse paupière, qui n’est qu’un repli de l'iris, et en recouvre une grande partie, comme on l’observe sur les raies (poissons); dans l’état de vie du mollusque, elle est arrondie, tandis qu'après la mort, elle présente plus ou moins la figure d’un croissant.

Membrane ombellifère très développée entre tous les bras, dont elle occupe environ le cinquième, à l'exception toutefois de la 4° paire, où elle manque entièrement.

D. 1466 COMMUNE. S. OFFICINALIS. Linné. PI. 24. 95.

Linné , Syst. nat. VI. pag. 3149.

Aristote, Pline, Gesner, Bellon, Salviani, Rondelet, Seba, Bruguières, Lamark, Montfort, Blainville, Carus, Payraudeau , Risso, Rang, Guérin, Cantraine, Joshua Alder, Bouchard Chanterau. Oger. cit.

Delle Chiaje, Mem. t. IV. pag. 60. tav. LVIIL fig. 1. Anim. invert. t. 1. pag. 50.

Féruss., Monogr. Genr. Sèche. PI. 1. 2. 3. 17.

S. Corpore depressiuscolo, dorso laevi vel tuberculato, alis angustis marginato, brachiis subaequalibus, tentaculis elongatis; lamina dorsali elliptica, alba cretacea.

Corps charnu, plus ou moins ovale selon les sexes, lisse ou tuberculeux, déprimé et légèrement convexe en dessus ; extrémité postérieure ovoïde ; extrémité antérieure tronquée et formant en dessus une pointe arrondie médiane, qui recouvre partie de la tête. I est bordé sur toute sa circonférence latérale de deux nageoires étroites, qui naissent au commencement, très près de l'ouverture du corps et la suivent jusqu’à son extrémité, où elles sont séparées l’une de Pautre par un très petit espace.

Tête déprimée, .plus large que l'ouverture du corps, munie de deux yeux médiocres, à globes très gros et saillants; couronnée de dix bras, dont deux tentaculaires , les trois premières paires étant placées en dessus et la 4° en dessous.

Bras sessiles médiocres ; les trois premières paires presque égales en longueur, mais grossissant progressivement de la 1. à Ja 5.2: les bras en sont coniques, comprimés et comme carénés. La 4° paire est un peu plus longue que les autres et de beaucoup plus grosse; elle est très comprimée, largement carénée, et développée en crête natatoire ; cette crête se prolonge de la base des bras sur la partie inférieure des globes des yeux. Tous ces bras présentent, sur leur partie interne, une surface plate, arrondie dans le bas, qui est couverte de quatre rangées de cupules. Les cupules sont petites, globuleuses, placées sur un court pédoncule conique, et percées d’une petite ouverture ronde , armée d’un cercle corné non denté. Bras tentaculaires, plus longs que tout le corps, réctractiles, arrondis sur toute leur longueur, développés à leur extrémité en massue, en forme de fer de lance: cette partie est couverte en dessous, de plusieurs rangées de cupules globuleuses et pédonculées. Les cupules de la rangée du centre sont les plus grosses et vont en diminuant sur les extrémités: les deux rangées latérales à la précédente sont de beaucoup plus petites et décroissent dans les mêmes proportions ; enfin les rangées externes, ainsi que celles qu’on voit en grand nombre aux extrémités de cette massue, sont très petites, et protégées par une large membrane très développée : la partie dorsale de la massue porte une crête natatoire. La membrane buccale est rattachée aux bras par 7 brides. :

Tabe locomoteur gros, conique, et atteignant le point d’union des bras de la 4. paire.

Lame dorsale, crétacée, d’un ovale plus ou moins allongé selon les sexes, très régulier et symétrique ; l’aiguillon médian de l'extrémité postérieure est conique, un peu courbé en dedans, et n’en dépasse jamais le bord.

Proportions.

Longueur totale y compris les bras tentaculaires . : à mâle 0,280 femelle 0,280 Longueur totale non compris les bras tentaculaires : . , 0,140 =: 0,140 Longueur du corps en dessus . ; : : : 0,086 : 0,086 Longueur du corps en dessous . : : : 0,078 0,078 Largeur du corps au centre . : : à : 0,054 : 0,058 Largeur du corps à l’ouverture . ; : ; ; ; ; 0,043 Ë 0,048 Largeur de la tête ; 5 : = È : : : 0,038 : 0,038 Le ne 4. paire . : : : à : 0,042 : 0,042

4, » ne - 3 : : 0,050 è 0,050

Longueur des bras tentaculaires . 4 ; : ; : à 0,180 0.180 « ? L es

Couleur. Dans l’état de vie et de tranquillité, toute la partie dorsale est d’une teinte rosejaunâtre irisée, couverte sur la partie médiane du corps et de la tête de taches blanches tout-à-fait sous-cutanées ; la tête est un peu plus colorée ; les globes des jeux sont bleuâtres, et les bras verdâtres. La 1% paire porte une rangée de taches blanches irrégulières ; sur la 2° ces taches sont plus nombreuses; sur la 3.° elles sont placées sur deux, et même sur trois rangées: sur la 4.° elles sont longitudinales et irrégulières sur leur base et très nombreuses sur leur extrémité. Les nageoires, qui sont la continuation de {a peau du dos, sont d’une teinte violette transparente, et couvertes de très petits points opaques blancs : tout le long du point d'attache ces points sont plus gros, irréguliers et linéaires; ils forment presque une ligne interrompue. Les deux tiers inférieurs du bord extérieur des nageoires des individas mâles sont marqués d’une ligne continue blanche et opaque. Ce céphalopode parait quelquefois d’un gris de souris, marbré de blanchâtre; on observe aussi pendant sa respiration des ondulations d’une teinte passagère mauve, légèrement irisée de rose et de blanc. La teinte rose passe au grenat sur la partie inférieure des globes des yeux, et des bras, surtout de ceux de la 4. paire. D’autres fois elle est teintée de jauneverdâtre; toute la partie médio-dorsale est alors finement zébrée d’une teinte blanchâtre et les parties latérales le sont aussi, mais par des grandes bandes, qui se subdivisent près des bords du corps; les extrémités de ces bandes sont d’un blanc pur près des nageoires : dans cet état la partie inférieure est d’un blanc pur à reflets métalliques argentés et fortement irisés ; elle est parsemée de points chromophores excessivement fins, à peine visibles à la loupe, d’un rouge passant au mauve; le plus souvent elle est nuagée de grandes taches formées par la réunion de points chromophores rouge-vineux : ces points se remarquent sur toute la surface inférieure du mollusque sauf sur la partie de la tête couverte par l’entonnoir.

On voit aussi la Sèche, comme M. Delle Chiaje l’a observée le premier, se recouvrir sur toute la surface dorsale, de tubercules coniques très prononcès, placés régulièrement en lignes longitudinales et parallèles aux bords latéraux du corps (PI 24. fig. b.); on reconnait de ces tubercules sur la partie postérieure des globes des yeux et le long des bras supérieurs. Dans cet état les bras se couvrent de points chromophores mauves avec reflets euivreux très brillants. La partie inférieure se nuage de taches rouges-laque, formées par la réunion des points chromophores de cette couleur, les uns assez gros, les autres excessivement fins et très rapprochés: ces points se répandent aussi sur la nageoire et sur l’entonnoir; et ils sont très nombreux et rapprochés sur la face inférieure des bras de la 4. paire.

Dans l’état d’irritation, toute la partie dorsale est hérissée de tubercules irréguliers et se colore d’un beau châtain très obscur à reflets métalliques cuivreux : sur la tête et le long des bras, dont les taches blanches prennent la même teinte, brille un reflet verdâtre. Sur les globes des yeux brillent aussi des reflets argentés roses, bleus et verts: la nageoire est toujours très transparente et couverte de points blancs opaques : toute la partie inférieure est fortement irisée et nuagée de taches plus ou moins vives.

Quand létat d’irritation semble se calmer, les tubercules du corps disparaissent, ceux des globes des yeux persistent, la tête conserve les mêmes taches, mais une grande quantité de points chromophores se contractent sur le corps, des petites taches blanchâtres

apparaissent sur la partie médiane, et les bords du manteau se couvrent de lignes irrégulières, semi-tuberculeuses, blanchâätres, qui sont plus petites sur les angles antérieur et postérieur du corps (PI. 24. fig. a). Les points chromophores bruns-châtains, à reflets cuivreux, sont très nombreux sur la partie médiane postérieure et sur les latéro-médianes ; ils sont rares sur les portions latérales du corps et n’arrivent jamais sur la membrane des nageoires. Quelquefois ces lignes tubereuleuses blanchâtres font place à de grandes bandes irréguliéres, obscures, formées par la réunion de points chromophores mauves, qui couvrent tout le dos. |

Au sortir de l’eau, sa partie dorsale est ordinairement zébrée de bandes brunes ; quelquefois ces bandes sont interrompues, et elle parait marbrée ou ligrée de taches obscures à reflets violets et cuivreux. Peu-à-peu les points chromophores se contractent; elle passe à un ton jauntre, qui se décolore insensiblement ; et la partie inférieure commence par perdre les reflets irisés et métalliques, qui la parent; et quand le jeu des points chromophores a cessé, elle devient d’un blanc livide.

Rapports et différences.

La S. officinalis se distingue au premier abord de la S. elegans et de la S. bisserialis par sa taille toujours plus forte et sa forme moins ovalaire, par les nageoires qui, dans l’officinalis, par leur lobe arrondi dépassent le bord antérieur du corps, et se touchent presque à l’extrémité opposée; tandis que dans les deux autres espèces elles ne dépassent pas le bord du sac et sont assez distantes l’une de l’autre à l’extrémité opposée. Elle se distingue en outre par le manque constant des traits brillants et métalliques, qu’on voit sur la face inférieure du corps des deux autres.

Habitation et mœurs.

La Sèche commune se trouve dans toute la Méditerranée et sur les côtes de l'Océan ; elle vit très près de terre sur les fonds fangeux et sablonneux, et moins abondamment sur les fonds de gravier. Elle préfère les localités rocailleuses, on la trouve dans toutes les saisons de l’année: on la pêche en grande quantité au moyen de dragues, dites balaneelle, sur les fonds vaseux de 30 à 200 mètres de profondeur : on en prend quelques-unes de nuit surtout avec le trident. Pendant le mois de mars on en fait une pêche abondante soit avec une femelle vivante amarrée à une ficelle, soit avec un pièce de bois taillé en forme de sèche garnie de quelques petits morceaux de miroir, que les Siciliens appellent Fumedda.

La pêche se fait en harponnant une Sèche femelle, qu'on distingue au premier abord par son corps plus large et le manque de la ligne blanche, qui borde la partie inférieure des nageoires. On la harponne avec un petit hameçon à lextrémité du corps; puis on lache la corde pour qu’elle puisse nager à son gré, mais de manière à ne la perdre jamais de vue: c’est alors qu'il est facile d’examiner les mouvemens de la peau, les changemens de couleurs de ce céphalopode, et Ja célérité avec laquelle il les opère. La Sèche, abandonnée à elle même, paraît ne pas souffrir, et s'inquiéter fort peu de son amarre, puisqu'elle vit plusieurs semaines dans cet état. La Sèche nage entre deux eaux et fait ses mouvemens

progressifs à l’aide des bras inférieurs, qu'elle penche en avant de la tête et emploie comme de puissantes rames, son corps étant horizontal; les nageoires ne sont pour elle qu'un balancier, dont le mouvement est continuel et ondulatoire; les six bras supérieurs ne lui servent qu'à fendre l’eau, et même qu'à la tenir en équilibre; car elle les porte généralement très serrés entre eux et sur un plan horizontal. Pendant la marche progressive, la tête de ce céphalopode est toujours enchâssée en partie dans l’ouverture du corps, l'appareil constricteur tient fortement fixés au tube locomoteur les parois du corps, et l’aspiration se fait par les côtés latéro-supérieurs de l'ouverture au point, où le corps est en contact avec les orbites: les bras tentaculaires sont constamment contractés dans leur cavité. Quant aux mouvemens rétrogrades, elle les fait, comme tous les autres céphalopodes, à l’aide du tube locomoteur ; dans cette marche, qui est saccadée et précipitée, les bras sont tous réunis en faisceau. Quand la Sèche ainsi amarrée passe près de quelque mâle blotti dans quelque coin, ou nageant entre deux eaux, celui-ci se lance sur elle comme un trait et l’enlace avec ses bras; le pêcheur alors les tire à lui avec précaution, et quand elles sont près de lui, il les saisit au moyen d’un petit filet. Cette pêche est très amusante et plus productive de nuit que de jour, surtout au clair de lune ; on ne prend généralement que des mâles de cette manière, cependant j'ai pris ainsi moimême quelques femelles, mais très rarement. Toutes les observations, que j'ai pu faire dans cette occasion, n’ont pu me fournir aucun indice d’accouplement.

La pêche au miroir se fait avec un morceau de bois garni de quelques fragments de miroir, qu’on traine derrière la barque, et sur lequel les Sèches se lancent et se cramponnent.

La Sèche commune pèse jusqu’à 2 kil.; elle est souvent de 5 kil., et ordinairement de 5 à 4 hectogrammes. Alors sa chair est estimée, quoique moins que celle du Calmar; elle l’est beaucoup plus que celle des Poulpes et des Eledons: elle est assez tendre et de bon goût.

La Sèche abonde aux marchés dans toutes les saisons, mais surtout dans le printemps ; elle est encore ‘plus abondante pendant l'hiver sur le marché de Génes, les traines-balancelle en retirant de grandes quantités.

La Sèche meurt assez vite hors de l’eau; quand on la prend, elle fait entendre un craquement de dents assez fort; et hors de l’eau, elle souffle très violemment en chassant par l’entonnoir l’air au lieu de l’eau. L'effet des cupules est très actif, et la succion se fait encore bien après la mort, quoique le jeu des points chromophores ait déjà cessé. Retenue dans un baquet d’eau, elle vit peu: dès qu’elle se voit emprisonnée, ou quand l’eau ne contient plus la quantité d’air qui lui est nécessaire, elle lance son encre en grande abon:dance et meurt peu après, si on ne lui change l’eau. :

On ne fait aucun cas de l’encre de ce céphalopode: à Rome cependant on prépare avec elle la belle teinte connue sous le nom de Sepia. Quant au sépiostaire, il sert à plusieurs usages et est très utile pour modeler des petits objets métalliques, qui, coulés avec la moindre précaution, ressortent avec une netteté et avec une finesse de détails admirables.

La Sèche mâle a toujours son corps plus ovalaire et ses nageoires bordées d’une ligne blânche très visibles: la femelle est plus arrondie et n’a jamais cette ligne ; ou si elle existe, elle n’est que rudimentaire. C’est très à tort que M. Cantraine dit que les mâles seuls peuvent recouvrir leur peau de tubercules: les femelles partagent aussi cette faculté et se

colorent en tout sens comme les mâles. Leurs œufs de forme ovale et munis d’un pédoncule äplati se rencontrent communément en été toujours fixes aax fucus, sur lesquels ils forment des grappes.

Histoire.

La Sèche a été connue par Aristote ; Pline est entré dans beaucoup de détails sur ses mœurs, qu’il a assez bien observés; tous les naturalistes, qui se sont suecédés jusqu’au commencement de ce siècle, n'ont fait que répéter ce qu’il avait dit. Severinus dans sa Zootomia democratica à décrit et figuré le premier les orgares de la Sèche. Swammerdam s’en est aussi occupé ; Scarpa et Tilesius ont aussi donné quelques détails sur elle , et ces travaux ont été complétés par les savantes observations de M. Delle Chiaje. Schneider et Lamark sont les premiers, qui ont subdivisé le genre Sepia de Linné, et ont reservé le nom de Sepia aux espèces, dont le corps est bordé d’une nageoire dans toute sa largeur, et dont la lame dorsale est calcaire. Lamark en décrivit deux espèces. M. De Blainville, dans le Dict. des se. nat., en fit connaître trois de la Méditerranée. M." De Férussac et D’Orbigny, dans leur monographie, en figurent 20, dont trois de la Méditerranée. M. Delle Chiaje décrit deux des espèces connues, la bisserialis de Montfort avait échappé à ses observations : l’ayant rencontrée sur le marché de Naples, je lui en ai fait part. M. Risso n’a décrit que l'espèce commune; mais dans son catalogue nominal, il en inscrit une sous le nom d’Jtalica, qu'il dit avoir remarquée depuis longtemps et dont il eut plusieurs individus. Je n’ai trouvé dans la collection de M. Risso aucun céphalopode de ce nom: je n’ai vu qu’une S$. bisserialis sans détermination.

N. 2. S. ÉLÉGANTE. S. ELEGANS. Branv. PI. 26. fig. à. e.

Blainville, Dict. des se. natur.

S. orbignana. Féruss. et D'Orbigny, Monogr. Genre Séche. PI. 3. Delle Chiaje , Anim. invert. tab. 15. fig. 2.

S. corpore depressiuscolo glabro, rubenti, alis angustis subaequalibus et brevioribus marginalo: sublus argenteo irregulariter seriatim maculato ; lamina dorsali elongatoelliplica , stylo lungo extra saceum protracto armata.

Corps ovale, allongé, lisse, légèrement deprimé, convexe des deux côtés; extrémité postérieure ovoïde et terminée par un aiguillon médian : extrémité antérieure tronquée ef se prolongeant sur la partie médiane supérieure en pointe arrondie: bordé par deux nageoires étroites un peu plus larges vers la partie postérieure, lesquelles , n’atteignant pas le bout du sac, ont l’extrémité antérieure sans échancrure au point d'attache avec le corps, tandisque l’extrémité postérieure est arrondie.

Tête déprimée , moins large que l'ouverture du corps, munie de deux yeux latéro-supérieurs médiocres, dont les orbites sont proéminents: ces yeux sont couverts d’une membrane

DÉCAPODES 71 transparente percée à sa partie inférieure d’une ouverture oblongue: elle est couronnée de huit bras sessiles inégaux et de deux tentaculaires entièrement rétractiles.

Bras de la 1.'° paire, conico-subulés, légèrement comprimés, longs de la moitié du corps ; la 2.° paire égale en longueur mais plus forte et plus comprimée: la 5° paire un peu plus longue que la précédente, très comprimée et légèrement carénée: la 4.° paire dépasse la 1.7 et 2. d’un quart, est très comprimée et fortement carénée: cette carêne est trés marquée par une ligne blanche opaque, légèrement opaline, qui se prolonge à leur base jusques sur les orbites de yeux. Tous ces bras sont munis sur la face interne d’une espèce de plaque relevée conique, qui commence à une certaine distance de la base des bras et se prolonge jusques sur leur extrémité : sur cette plaque sont implantées les cupules. Sur les bras de la 1." paire, il y a deux rangées de ces cupules sur la moitié inférieure, et quatre sur la moitié supérieure. Sur ceux de la 2.° et de la 5€, il y en a quatre rangées sur toute la surface, excepté sur un petit espace de la base: sur ceux de la 4. paire, elles sont sur quatre rangées. Les cupules .sont globuleuses, percées d’une petite ouverture ronde, munie d’un cercle corné non denté, et portées par un petit pédoncule. Bras tentaculaires rétractiles plus longs que le corps, grêles, arrondis jusqu’à leur extrémité, qui se développe en massue ; cette massue est formée par une large membrane, couverte sur sa surface inférieure de très petites cupules et d’une rangée mediane de cupules très grosses, décroissantes du centre aux extrémités, la face opposée porte une légère crête natatoire.

Tube locomoteur gros, conique, allongé, atteignant presque le bord supérieur des globes des Veux.

Lame dorsale ovale, allongée et terminée par un aïguillon assez long, placé tout-à-fait sur le bord médian postérieur.

Proportions.

Longueur totale y compris les bras tentaculaires . : e : : : 0,220 Longueur totale non compris les bras tentaculaires . , : : 0,133 Longueur du corps en dessus . : : : : 0,081 Longueur du corps en dessous . : : : : : è : 0,071 Largeur du corps : : : : : 0,040 Largeur de la tête - : : ; : : : : 0,031 C1. paire. : - 0,038

Longueur des bras a : : ; : ; 0,040 L ; : , : , : 0,049

Longueur des bras tentaculaires . : : ; : : : : : : 0,110

Couleur. Dans l’état de vie; la peau est transparente, sur la partie médiane dorsale du corps on distingue la lame dorsale, qui la colore d’un blanc jaunâtre; sur les parties latérales transparaissent les organes intérieurs, dont les brillants reflets sont argentés et richement irisés de rouge, de jaune, de vert et de bleu très vif au moindre mouvement du céphalopode. Les mêmes reflets brillent sur la tête et surtout sur les globes des yeux : toutes ces parties sont nuagées par des taches formées par la réunion de points chromophores rouge-laque, plus ou moins colorés et rapprochés, lesquels se répandent aussi sur la nageoire, qui est très transparente. On admire une teinte rubis vers la base des bras supérieurs ,

et l'extrémité peut se comparer à une émeraude : leur pointe et la carène des bras inférieurs est blanchâtre à reflets argentés. La partie inférieure du corps est blanchâtre et très transparente: on voit à travers la peau tous les organes intérieurs. Cette partie est aussi fortement irisée et sans reflets argentés: on y remarque, d’un éclat eblouissant, deux séries, parallèles au bord du sac, de 6 à 7 gros points, qui comme les points chromophores se dilatent, s’épanouissent très lentement et disparaissent même: ces deux séries sont tantôt ovales, tantôt linéaires, et souvent ‘réduites à de gros points; cette même partie est aussi nuagée de très petits points chromophores rouge-laque. L’iris est d’un argent bruni très brillant.

Au sortir de l’eau, elle est d’une couleur générale jaune-rougeàtre sur la partie supérieure, et blanc-rosé sur inférieure : les gros points métalliques disparaissent assez vite après la mort: toute la partie supérieure’ est nuagée de rougeûtre par l'effet des points chromophores rouge-rouille, dont quelques-uns rouge-laque. Sur la partie inférieure ces points sont plus clair-semés, rouge-jaunâtre et forment aussi de grandes taches: les reflets métalliques argentés disparaissent assez rapidement et les belles teintes irisées pâlissent bientôt.

Rapports et différences.

Cette espèce se distingue de la Sèche commune: par sa forme plus allongée; par ses nagcoires, qui n'arrivent jamais jusques sur le bo7d antérieur du corps ; par son aiguillon, qui en dépasse l'extrémité postérieure ; enfin par sa taille, qui, non compris les bras tentaculaires, n’est jamais plus de 15 centimètres, et dont le poids ne peut s’élever au dessus de 4 hectogrammes. Elle ne peut se confondre avec le S. bisserialis, qui n’arrive jamais à un decimètre de longueur et au poids d’un hectogramme, et dont l’extrémité du sac n’est jamais dépassée par les nageoires ni par l’aiguillon.

Habitation et mœurs.

Cette espèce vit toute l’année sur les fonds vaseux, en compagnie des Eledons Aldrovande et de quelques Sèches bissériales. On la pêche à Gènes depuis le mois d'août jusqu’au mois d'avril au moyen des dragues : on ne la rencontre jamais près de la terre: elle ne dépasse jamais le poids de 4 hectogr.; sa chair est tendre et de bon goût: elle: est aussi estimée que celle de la Sèche commune, et se confond avec les jeunes individus de cette dernière espèce. Elle porte le nom de Spinoucia à Gènes, de Secia austina en Sicile, parcequ'on la prend en grande abondance pendant le mois d’août.

Histoire.

M. De Blainville, le premier, à fait connaître cette espèce, qu'il eut des mers de Sicile. M. De Férussac la figura d’après un individu conservé dans l'alcool sous le nom de S. Orbigniana (Genre Sep. PI. 5.). M. Delle Chiaje l’a figurée dans son grand ouvrage, PI. 15. fig. 2, sous le nom de S. Orbignana; selon toutes probabilités et à en juger par l’analogie du nom, la S. mucronata de M. Rafinesque appartient à l'espèce, dont nous nous OCCUpons ;

mais le manque de figures et de phrase caractéristique nous laisse dans l'incertitude. Bien que cette espèce soit très Commune dans beaucoup de localités et peu rare dans d’autres, M. Risso, Payraudeau, Cantraine, Philippi et Rang n’en ont pas fait mention.

N. 5. S. BISSÉRIALE. S. BISSERIALIS. Denis pe Monrrorr. PI. 26. fig. f. k.

Blainville, Dict. des sc. nat.

S. Elegans. Féruss. et D'Orbigny , Monogr. Genre sépiole. PI. 8. et 27. S. Rubens? Philippi, Moll. utriusq. Sic. pag. 205.

Corpore depressiuscolo, ovali elongato, subtus punctis vel lineolis argenteo-margari- Laceis seriatim et irregulariter maculato; alis angustis marginato: brachiis subaequalibus ; lamina dorsali elongata elliptica, lanceolata, pallidissime rosea.

Corps ovale, allongé, convexe, légèrement déprimé; extrémité postérieure, ovoïde : extrémité antérieure, tronquée; bord inférieur de l’ouverture, concave; bord supérieur, prolongé en pointe médiane arrondie, qui arrive jusqu’à la moitié de la hauteur de la tête; bordé de deux nageoires latérales étroites, qui commencent un peu en arrière de l’ouverture et n’arrivent pas jusqu’à l’extrémité postérieure.

Tête légèrement déprimée en dessus, plate en dessous, moins large que l’ouverture du corps, munie de deux yeux à orbites assez gros, saillants et latéro-supérieurs, couverts d’une membrane transparente: ces yeux sont en outre protégés par une grande fausse paupière, qui n’est qu'un repli de liris: cette tête est couronnée de huit bras sessiles et de deux tentaculaires entièrement rétractiles.

Bras sessiles, presqu’égaux en longueur, excepté ceux de la 4.° paire, qui dépassent un peu les autres: ils augmentent progressivement de grosseur du 1.” au 4°. Les trois premières paires sont conico-subulées, un peu comprimées ; la 4. paire est très comprimée et carénée, cette carène se prolongeant sur la base jusques snr les orbites. Ils sont tous munis sur leur face interne d’une espèce de plaque, sur laquelle sont implantées les cupules ; plaque qui commence à une certaine distance de leur base, est arrondie à la partie inférieure et se termine en pointe à la partie supérieure.

Bras de la 1° paire, garnis de deux rangées de très petites cupules. Bras de la 2. et de la 5. paire, garnis de deux rangées de cupules sur la moitié inférieure et de quatre sur la moitié supérieure. Bras de la 4.° paire, garnis de quatre rangées de cupules sur toute la surface, excepté sur la base, où l’on en voit quelques-unes sur deux rangs. Toutes ces cupules sont arrondies, percées d’une petite ouverture ronde, munie d’un cercle corné, non denté, et portées par un petit pédoncule. Bras tentaculaires, entièrement rétractiles, plus longs que le corps, grêles, arrondis jusqu’à leur extrémité, qui se développe en plaque ovalaire, formée d’un côté par une espèce de membrane large, couverte sur sa face inférieure d’une infinité de très petites cupules, dont trois très grosses et portant sur la face supérieure une crête natatoire.

Tube locomoteur, atteignant la base des bras de la 4.° paire.

Lame dorsale crétacée, ovale, lancéolée, plus étroite à la partie inférieure et dont l’aiguillon est très court: partie supérieure légèrement rose, quand on l'extrait de lanimal très frais encore; mais rougeâtre, quand on l'extrait du céphalopode commençant à subir quelque décomposition.

Proportions.

Longueur totale y compris les bras tentaculaires . : , : ; ; : 0,124 Longueur totale non compris les bras tentaculaires . ; ; : ; 0,075 Longueur du corps mesuré en dessus . ; ; . 5 ; j . ; 0,050 Longueur du corps mesuré en dessous : : : 0,044 Largeur du corps . ; : 2 = - ; : < ‘ s ; 0,020 Largeur de la tête - k : : ; ; : À ; : , 0.018 - 1. et 2. paire . , ; : : ; 0,020 — : ; ; ; 0,021 de de Aie : : : ’ : ; : ; : 0,028 tentaculaires . - à - : : ë 0,075

Couleur. Une teinte générale blanc-lilas, voilé de jaunâtre, couvre toute la partie supérieure; sur la ligne médiane du corps on remarque une double série irrégulière de gros points ou taches blanchâtres presque tuberculeuses : sur les côtés du corps, sur la tête, ainsi que le long des bras supérieurs, brillent des reflets opalins métalliques, tantôt d’un vert éblouissant, tantôt d’un jaune d’or, tantôt grenat. Une teinte rougeâtre, plus ou moins vive, produite par lagglomération de points chromophores rouge-vineux très vif, colore le centre du dos, surtout près des taches blanchâtres : sur la tête et sur l'extrémité des bras, ces points sont plus fins et plus obscurs. La partie inférieure est transparente et d’un blanc perlé, irisé de bleu et de rose; on y voit sur les côtès une série assez régulière de traits linéaires blancs-opalins ou argentés, fortement irisés et très brillants; des traits semblables, mais plus petits, apparaissent aussi disséminés auprès de ceux dont je viens de faire mention, quand il est vivant, et disparaissent avant les autres, quand le cépha lopode commence à souffrir : de plus, cette partie est nuagée de taches rouges, produites par la réunion de points chromophores rouge-laque vif, quand ils sont contractés, ou jaunâtres, quand ils sont épanouis. Ces points sont très rares sur la partie médiane du Corps , sur l’entonnoir et sur la tête ; ils sont très fins sur la partie inférieure des bras de la 4.e paire, et disparaissent sur l’angle caréné de lextrémité de tous les bras, lequel angle brille d'un reflet argenté très vif. Sur la face latéro-supérieure des bras, les points chromophores sont très fins et d’un rouge-vineux très obscur.

Après la mort, ce mollusque prend une teinte de rouge-rouille presque uniforme ; et les taches blanches de la partie supérieure da corps disparaissent peu-à-peu : les reflets métalliques, ainsi que les traits linéaires opalins, perdent de leur éclat et s’effacent entièrement.

Rapports et différences.

La Sèche bissériale se distingue au premier abord par sa forme ovale-allongée ; par ses nageoires, qui n'arrivent point. à la hauteur de l'ouverture du sac et n’en atteignent

pas l’extrémité ; par le manque d’aiguillon, qui ne paraît pas à l'extérieur, et la rend bien distincte de l’Elégante : puis elle a une forme beaucoup plus ovalaire que la Sèche commune, et ne peut se confondre avec les jeunes individus de cette espèce.

Habitation et mœurs.

La Sèche bissériale, dont l'existence est certaine dans toute la Méditerranée et dans l’Adriatique, n’a pas été citée ailleurs: elle vit à peu de distance de la terre, de 20 à 150 mètres de profondeur. Elle habite de préférence sur les fonds vaseux, où on la prend en compagnie des Eledons. On la rencontre quelquefois dans le port de Gènes pendant les grosses mers. Elle est très rare à Nice, assez commune sur le marché de Naples, et M. Philippi l’a trouvée à Venise. Cette espèce est toujours de petite taille et dépasse rarement 8 centimètres , non Compris les bras tentaculaires. Sa chair est tendre et de bon goût. Elle se confond avec les autres petits céphalopodes et est recherchée comme friandise.

Histoire.

Denis de Montfort nous a fait connaître le premier cette nouvelle espèce. M. De Blainville l’a citée dans son article Séche, du Dict. des Sc. Nat., M. De Férussac nous en a donné la figure sous le nom d’Ælegans de D’Orbigny ; plus tard dans la même ouvrage, M. D’Orbigny nous en a donné une meilleure figure et quelques détails. Aucun autre naturaliste n’a parlé de cette Sèche, sauf M. le Prof. Philippi, qui l’a décrite, je crois, sous le nom de S. rubens. Voici sa phrase.

S. corpore depressiuscolo, utrinque laeve rubente, brachiis pedunculatis praelongis ; lamina dorsali elongato-elliptica rosea.

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