‹ Mollusques méditeranéens [!]; observés, décrits, figurés, et chromolithographiés d'après le vivantChapitre 21 sur 35 · NEUVIÈME GENRE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME GENRE

CALMAR. LOLIGO. Lama.

Corps charnu, cylindrique, allongé ou fortement subulé; nageoires réunies sur le dos, n’occupant au maximum que les cinq septièmes du corps, plus souvent beaucoup moins. Appareil constricteur formé d’une fossette oblongue, entourée d’un bourrelet, placée sur la base du tube locomoteur, et d’une crête linéaire saillante, sur le bord interne du corps (appareil simple : Loligo de M. D’Orbigny) ou bien formé d’abord d’une fossette perpendiculaire, conique, communiquant par un étranglement avec une petite fossette horizontale ,

entourée d’un bourrelet saillant, le tout dessinant un triangle assez relevé, placé sur la base du tube locomoteur; et puis d’un tubercule se prolongeant dans sa partie supérieure en crête décroissante, ayant la forme d’un nez; et enfin d’une petite crête horizontale inférieure sise sur le bord interne du corps. (Appareil compliqué : Ommastrephes de M. D’Orbigny ).

Yeux couverts par les téguments de la peau, à petite ouverture (Loligo): ou à grande ouverture (Ommastrephes).

Membrane ombellifère nulle, sauf entre les bras de la 5.° et de la 4. paires ; où elle est bien prononcée, et se prolonge le long de ces derniers.

Bouche entourée de deux lèvres charnues, dont l’intérieure grosse et ciliée, et d’une membrane buccale octogone, conique, couronnée de lobes plus ou moins aigus, garnis quelquefois en dedans d’une double rangée de cupuies, et attachée aux bras par huit brides.

Lame dorsale cornée, flexible, en plume ovale, plus ou moins lancéolée, ou linéaire, plus ou moins spatulée, terminée souvent en godet.

Les vrais Calmars de M. Lamark, ont été subdivisés en Calmars plumes, et en C. flêches par M. De Blainville. M. D’Orbigny les a ensuite subdivisés d’une manière plus tranchante, renvoyant les uns à sa division des Oigopsidés, aux yeux largement ouverts en dehors en contact immédiat avec l’eau, les autres à celle des Myopsidés, aux yeux recouverts en dessus par une continuité des tégumens sans contact immédiat avec l’eau. Dans la première division, il comprend la famille des ZLoligopsidae et celle des Teuthidae, dont le caractère est la présence d’un sinus lacrimal ete. Il crée dans cette famille le genre Ommastrephes pour les Calmars flêches de M. De Blainville et leur assigne pour caractère un appareil de résistance très compliqué, des membranes protectrices des cupules, un osselet en flèche corné, pourvu d’un godet inférieur. Dans la seconde division, il comprend la famille Sepidae et Loligidae, qu’il caractèrise par le manque de paupière ; et le genre Loligo a pour caractère générique un appareil de résistance simple et un osselet en plume cartilagineuse et sans godet. Je regrette vivement que le travail de M. D’Orbigny n’ait point été achevé et que cette classification n’ait point eu un entier développement. Embarrassé par mon Calmar Bianconi, qui a tout le facies et le godet de la lame cornée del Calmars flêches, ainsi que les yeux, l’appareil de résistance, et la lame cornée des C. plumes, j'ai cru faire au mieux d'attendre de nouveaux éclaircissemens, avant de l’adopter.

À. Appareil constricteur simple ; yeux couverts par les tégquments de la peau.

N. 1. C. COMMUN. L. VULGARIS. Lamark. PI. 54.

Lamark , Carus, Blainville, Payraudeau, Risso , Delle Chiaje, Cantraine, Phihppi, Féruss. et D'Orbigny. Oper. cilat.

Sepia loligo. Linn., Gmel. 3130. N° 4.

Loligo magna. Rondelet, Bellon, Pennant. Oger. citat.

Corpore carneo, pellucido, cilindrico, apice attenuato et obtuso , alis subromboïdeis, bis tertiam sacei longitudinem occupantibus: lamina dorsali ovali-lanceolata, antice attenuata.

Corps charnu, transparent, cylindrique, allongé, tronqué en avant, formant à la partie médiane supérieure un angle saillant et sur la partie latérale inférieure deux petits angles très proéminents, de sorte que le bord de l’ouverture est sinueux, et donne la configuration de trois enfoncemens concaves, dont l’inférieur est le plus petit: acuminé postérieurement et portant deux nageoires réunies supérieurement, dont la forme est un rhomboïde, qui occupe plus des deux tiers du sac; appareil constricteur simple. |

Tête plus petite que le sac, arrondie, un peu comprimée; orbites des yeux peu saillants, gros et aplatis: yeux couverts par les tégumens de la peau, qui sont transparents, et proiégés en outre par une fausse paupière arrondie, produit d'un repli de l'iris.

Crête auriculaire (de M. D’Orbigny) sur la partie postéro-inférieure des globes des yeux, très visible dans létat de vie, peu visible quelquefois après la mort: elle est couronnée de huit bras sessiles inégaux et de deux tentaculaires rétractiles.

Bras de la 1.° paire, coniques et très comprimés latéralement; de la 2.° paire, presque triangulaires ; de la 5.° paire, très comprimés et munis sur toute leur longueur d’une membrane natatoire dorsale ; de la 4. paire enfin, carénés à la partie latérale inférieure, quasi quadrangulaires, la face interne étant la plus étroite. La 1." paire est la plus courte, la 4° plus longue d’un cinquième ; la 2.° dépassant la 4°; et la 3.°, un peu plus longue que la 2°, égale en longueur la moitié du corps. Ces bras sont tous armés d’une double rangée, très raprochée, de cupules globuleuses alternantes, décroissantes dès la base, et se continuant jusqu à l'extrémité, au nombre de 70 par rangées : ces cupules sont portées par un court pédicule conique, ont l’ouverture oblique, large et munie d’un cerele corné, finement denté en scie, sur environ la moitié de sa circonférence. Bras tentaculaires une fois et demi longs comme le corps, cylindriques et développés en grosse massue lancéolée, garnie de quatre rangées de cupules pédonculées très inégales: les rangées internes sont composées de 6 à 7 cupules très grosses sur le centre et décroissantes vers les deux extrémités : leur ouverture est horizontale et pourvue d’un cercle corné, dont la moitié supérieure est armée de très petites dents coniques et espacées, et la moitié inférieure est édentée, quoique quelquefois armée au centre inférieur de trois à quatre dents, égales aux autres. Les petites cupules des rangées latérales alternent avec les grosses , et couvrent l'extrémité de la smassue; elles sont fournies aussi de cercle corné denté.

Membrane buccale, garnie, sur la paroi interne des lobes couronnant son ouverture d’une double rangée de très petites cupules alternantes.

Tube locomoteur, en partie enchässé dans la tête, et soutenu par Les fortes brides.

Lame dorsale cornée, ovale, plus ou moins lancéolée selon les sexes, à extrémité lésérement aiguë, pédonculée ou atténuée antérieurement,

Les femelles ont toujours le corps plus allongé.

Proportions.

Longueur totale y compris les bras tentaculaires . ; : mâle 0,340 femelle 0,350 Longueur totale non compris les bras tentaculaires = : : 0,022 : 0,230 Longueur du corps . : : : : : : : : 0,137 : 0,140 Diamètre du corps : ; : à : : : ; 0,034 : 0,033

Largeur de la tête . : : : i é 0,029 ; 0,028

Largeur de la nageoire " ; 4 : 3 0,090 0,089 Hauteur de la nageoire é ’ , , . k * : 0,100 , 0,102 1. paire . : : : ET 0,050 ; 0,050

ne bn ne , : : ; ; 0,065 | 0,065 | | ON 00 es 000: . “UOUU

Longueur des bras tentaculaires . ; : 0,190 0,190

Couleur. Vivant et dans un état de parfaite tranquillité, tont le corps de ce céphalopode est d’un blanc-hyalin transparent, fortement irisé, sur lequel se détachent brillamment l’argent bruni des yeux, ainsi que quelques reflets argentés le long des bras et à travers le corps, où l’on distingue tous les organes qu’il contient, et surtout l’argent mât, qui couvre la vessie du noir. Une belle teinte bleue, passant au vert anglais irisé d’argent, et quelquefois nuancé de jaune, colore la partie supérieure des globes des yeux; la pupille est presque constamment couverte d’une fausse paupière bordée aussi d’argent. La partie inférieure de la tête refléchit les couleurs de l’opale la plus brillante; mais au moindre mouvement, ces réflexions adoptent les diverses teintes de jaune, d’orangé, de rouge, de violet et de bleu. Dans cet état, les points chromophores sont tellement contractés qu’on n’en aperçoit aucune trace: cependant au moindre mouvement qui linquiète, les points chromophores apparaissent sur toute la surface du corps: ils sont au premier abord très petits et d’une teinte rouge-violet très obscur ou teinte neutre; puis ils se dilatent, et se colorent d’un rouge-laque carminée. Le jeu de ces points n’est jamais uniforme : dans certains endroits, ils s’épanouissent complétement, quelquefois même ne se resserrent pas et restent immobiles pendant assez longtemps ; dans d’autres, le jeu est continu et très précipité ; dans d’autres enfin, les points chromophores apparaissent sur la peau sans s'épanouir, puis se retirent et disparaissent de nouveau; c’est alors une apparition et une disparition de points à teinte neutre. Il arrive quelquefois que les points ne semblent point arriver jusqu’à Ja surface de la peau ; et le jeu étant plus profond, ils sont d’une teinte plus pâle. On remarque enfin que ce céphalopode se nuage en tout sens de laque-carminée très brillante , qui se voile, selon la volonté de l'animal, de violet ou de jaune doré très brillant. On voit souvent ces grandes taches, à fond rosé assez vif, couvertes de points ovales, d’une teinte laque plus obscure, et de plus gros points clair-sémés et blanchâtres, portant sur leur centre un point plus obscur; souvent aussi ces derniers manquent entièrement, et la peau de ce céphalopode est d’une teinte rouge laque-vineux clair uniforme, parsemé de points ovales rouge-vineux, les uns plus clairs, les autres plus obscurs. La partie inférieure est. nuagée de taches produites par la réunion des points chromophores irréguliers, les uns, très dilatés, rouge passant au Jaque-clair, d’autres, contractés, laque passant au violet. Elle est généralement couverte de points chromophores épars, très fins, rose-laque et teinte neutre. On observe encore sur cette partie, de grandes stigmates ou taches oblongues, formées par la réunion de points chromophores rouge-rouille : les taches caractéristiques de cette espèce , plus remarquables sur les grands individus , ne disparaissent que bien longtemps après la mort. Les points chromophores ne se montrent jamais sur les côtés latéro-inférieurs des bras inférieurs, sur la surface inférieure de la tête et de la nageoire; ceux qu’on remarque sur cette dernière partie, appartiennent à la surface opposée; et c’est par l'effet

seul de la transparence de la membrane qu’on les aperçoit. Il arrive souvent que le corps

. A , x de ce céphalopode est tout couvert de points chromophores, quand la tête n'en a aucun; d’autres fois c’est le contraire.

Rapports et différences.

Ce céphalopode se distingue au premier abord de tous ces congénères de la Méditerranée par sa nageoire, qui occupe plus des deux tiers de son corps; par la grosseur de la massue, qui termine les bras tentaculaires, et la grande disproportion des cupules, qu’elles portent; enfin par son coloris rouge-carminé très brillant. D’après les communications, que j'eus dans le temps de feu M. le Baron De Férussac, il paraît que le Vulgaris de la Méditerranée, n’est pas identique avec celui de l'Océan ; car ce dernier est toujours d’un rouge-brique , sa massue est plus petite et la disproportion des cupules , qu’elle porte, est bien moindre.

Habitation et mœurs.

Cette espèce très commune dans la Méditerranée et dans l'Océan, se rencontre sur les parages de l'Italie dans toutes les saisons, mais plus abondamment en automne; époque où a lieu son passage par grandes bandes. On en prend quelquefois de grandes quantités dans les Mandragues, qu’on tend pour le retour des Thons ; on la pêche aussi avec le filet appelé Mugeliera, mais seulement pendant la nuit. Les traines en retirent toute l'année des fonds vaseux ou sablonneux, abbondamment cependant pendant les pleines lunes. Ces céphalopodes sont généralement à la suite des petits poissons, dont ils se nourissent: on en prend aussi au trident et très rarement à l’hamecçon. Ce céphalopode arrive au poids de 10 kilogrammes: des pêcheurs de Nice m'ont assuré en avoir vu de plus gros : j’en ai examiné un qui dépassait un mêtre, non compris les bras tentaculaires; et j’ai eu une lame dorsale de 65 centimètres. Ordinairement ces grands individus échouent sur la plage, où on les trouve morts. Sur le marché de Gènes on n’en a jamais vu pesant 3 kil.

Le Calmar commun est de tous les céphalopodes, sauf les petites espèces, le plus estimé; quand il n'arrive pas à une très grande taille, il est plus tendre que la Sèche et a un goût moins marqué. Il a l’honneur d’être servi sur les bonnes tables et ne figure jamais sur celle du bas peuple. On le nomme Calamaru en Sicile; Calamari en Sardaigne; Totano à Gènes; Calamaro en général en Italie; et Taute à Nice.

Histoire.

Le Calmar commun est un des céphalopodes connus par Aristote, qui l’appelait Teuthus ou Teuthis. Rondelet, Bellon, Salviani, Aldrovande etc. le figurérent et le décrivirent sous le nom de Loligo magna où major. Linné lui donna le nom de Sepia loligo. M. Lamark, dans son mémoire à la Soc. d’hist. naturelle, le changea en celui de L,. vulgaris, qui fut adopté par tous les naturalistes.

DÉCAPODES 93 Variété.

J'ai observé et dessiné une variété de cette espèce, assez remarquable; variété dont les nageoires n’occupaient pas même les deux tiers du corps, et les bras tentaculaires dans leur entier développement n'avaient que le double de la longueur des bras sessiles les plus longs : leur massue était très grande et armée de cupules moins disproportionnées. Tout le corps était d’un blanc-rosé transparent, couvert de points chromophores teinte neutre, excessivement fins, et quelques-uns dilatés, plus gros et plus obscurs; et nuagé de rose et de jaunâtre par des points chromophores de ces mêmes couleurs et très fins: on ne distinguait aucun reflet argenté sur le corps, excepté sur l'iris, qui était très brillant. Ce céphalopode avait deux décimètres de longueur.

N. 2. C. BERTHELOT,. ZL. BERTHELOTII. Verany. PI. 56. fig. h-k.

Verany, Act. de l'Ac Roy. des se. de Turin. Loc. citat.

Corpore carneo, pellucido, cilindrico, ellongato, apice rotundato ; alis rhomboïdeorotundatis, dimidiam sacci longitudinem occupantibus, lamina dorsali ovali-lanceolata antice attenuata.

Corps charnu, transparent, cylindrique, allongé, tronqué en avant, formant sur la partie médiane supérieure un angle arrondi peu saillant, et sur la partie médiane inférieure une petite échancrure concave ; extrémité postérieure arrondie, portant deux nageoires réunies, de manière à dessiner un rhomboïde régulier à angles arrondis, qui occupe la moitié du corps.

Tête ronde, plus petite que le corps, munie de deux yeux médiocres, dont les orbites sont peu saillants, et de crêtes auriculaires postéro-inférieures peu marquées; couronnée de huit bras sessiles conico-comprimés et inégaux.

Bras de la 1." paire, la plus courte; 2.° et 4.°, égales entre elles, et un peu plus longues que la 1.*; 3.° paire, la plus longue de toutes et le double de la 1.", La 2. et la 4.° paires sont munies d’une légère crête natatoire; cette crête est plus développée sur la 3.°. Tous ces bras sont pourvus d’une double rangée de très petites cupules globuleuses, portées par un petit pédoncule pyramidal et percées obliquement d’une ouverture, dont le cercle corné est très finement denté. Bras tentaculaires rétractiles, doublant en longueur les bras de la 3° paire, et aussi longs que le corps, terminés par une massue lancéolée, chargée de quatre rangées de cupules, dont les deux rangées médianes, composées de cupules très grosses au centre et décroissantes aux deux côtés; et les deux rangées externes , très pettes et presque égales en grosseur : ces cupules sont placées sur un pédoncule pyramidal, dont l’ouverture est horizontale, et sont armées d’un cercle corné finement denté: les dents en sont coniques et espacées. La massue porte sur son extrémité dorsale une crête patatoire bien développée. On ne voit aucune trace de cupules sur la membrane buccale: les deux lobes inférieurs, qui la couronnent, sont très rapprochés.

Lame dorsale, cornée, ovale-lancéolée, à extrémité obtuse, et pédonculée antérieurement,

Proportions.

Longueur totale y compris les bras tentaculaires . : : : 0,065 Longueur totale non compris les bras tentaculaires . 0,052 Longueur du corps . $ ; : : : à ; : : : , 0,030 Diamètre du corps . : Fr 0,011 Largeur de la tête - - : ; : : - ; - : : à 0.009 Largeur de la nageoire ; à : ; : - ; ‘ : : . 0,017 Hauteur de la nageoire : : ; ; : : - = : à 0,014 4. paire . Ë : : : ; ; , : 0,011

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