‹ Mollusques méditeranéens [!]; observés, décrits, figurés, et chromolithographiés d'après le vivantChapitre 6 sur 35 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

Memorie sulla Storia e notomia degli Animali senza vertebre del regno di Napoli, e animali invertebrati della Sicilia citericre, de Delle Chiaje, habile continuateur de Poli. On trouve dans ces ouvrages une monographie des Céphalopodes du golfe de Naples, où sont décrites, figurées et anatomisées quinze espèces , dont plusieurs nouvelles pour la science, et bien constatées.

Histoire naturelle des principales productions de l’Europe méridionale, de Risso , où sont décrits onze Céphalopodes, parmi lesquels trois nouveaux ; mais il y en a deux qui sont encore relégués parmi les espèces douteuses.

Les deux articles et monographies du dictionnaire des sciences naturelles, par M. de Blainville. Plusieurs espèces nouvelles de la Méditerranée sont décrites dans ces savantes publications. :

Enumeratio Moll. Sie. de M. le D. Philippi. Cet auteur ne cite que dix espèces dans le 1. volume ; mais, dans le 2, il en décrit quinze, dont une, la Sepia rubens, qu’il donne comme nouvelle.

Les actes de l’Ac. Roy.° des sciences de Turin, qui contiennent mon mémoire sur six espèces nouvelles que j'ai observées à Nice. |

= Malacologie Méditerranéenne et littorale, de M. le Prof. Cantraine, insérée dans le 13.° volume des mémoires de l’Ac. Roy. de Bruxelles.

La lettre de M. Ruppel à M. le Prof. Cocco, insérée dans le Giornale di Gabinetto di Messina, où sont décrites six espèces nouvelles, recueillies dans le détroit de Méssine.

Archives de Wiegman, 1845. — Le genre Octopodoteuthys y est décrit et figuré par M. le Doct. Krohn; cet auteur a publié un autre article sur ce même Céphalopode, sous le nom de Verania dans la revue zoologique, avril 1846, et Archives de Zoologie de M. Herichson.

Mes communications, aux congrès de Milan et de Naples, sur quelques Céphalopodes nouveaux, qui ont été publiées dans le Guide de Gènes, offert par la ville aux membres du congrès, ainsi que la planche et la description de six Céphalopodes recueillis à Messine, par M. le Doct. Krohn et présentés au même Congrès.

Je terminerai enfin cet aperçu en faisant mention de la belle monographie des Céphalopodes, commencée par M. le Baron de Férussac, malheureusement suspendue par la mort prématurée de cet auteur. Elle fut puis reprise, mais laissée inachevée par son collaborateur , M. Alcide D’Orbigny , à qui des occupations, non moins utiles pour la science, n’ont pas permis de continuer ce travail important. Il est bien facheux que tant de belles planches, où sont figurés plusieurs genres et espèces nouvelles, restent sans texte; il est également bien pénible aux naturalistes de voir perdu, pour eux et pour la science , le fruit de leurs veilles; car plusieurs d’entr’eux, convaincus de l'utilité de l'ouvrage et de la haute portée de ces auteurs, leur avaient communiqué des observations et des matériaux qu’ils avaient recueillis avec soin. Les rapports naturels, la circonscription et la division méthodique des Céphalopodes, n’entrant point dans le cadre de ce travail, je me contente de citer le savant aperçu que M. De Férussac a placé en tête de sa Monographie, et je renvois aussi, pour ce qui regarde les considérations Zoologiques, aux généralités publiées dans le même ouvrage

par M. D’Orbigny. Quant aux mœurs et à l'utilité des Céphalopodes, qui varient beaucoup de genre à genre, et même d'espèce à espèce, dont plusieurs sont entièrement ignorées, par- ‘ cequ’elles sont accidentelles, je me dispense d’entrer dans des généralités, me proposant de donner les détails les plus minutieux sur les espèces que j'ai pu étudier. Je remarquerai

seulement que lapparition de plusieurs espèces ne provient pas de leur habitude d’émigrer qui est commune à un cerlain nombre; mais qu’elle est aussi subordonnée à la pêche. Dans ce nombre je citerai l’£ledon Aldrovandi, la Sepia bisserialis, l'Elegans et la Rossia macrosom&, qu'on ne rencontre sur le marché de Gènes que depuis le- mois de septem.° jusqu’au mois de mars, parceque c’est l’époque où le Tartanon, Bresin, Ganghi, espèce de drague, se livrent à la pêche. A Livourne, au contraire, où la pêche des grandes dragues, Balancela, est permise toute l’année, ces Céphalopodes se rencontrent sur le marché en toute saison. L’histioteuthis Ruppellit, qui paraît vivre dans les endroits très profonds, ne se rencontre qu'en septemb® ou en mai, époque à la quelle les pêcheurs, en cherche du Sparus centrodontus, vont jeter la palangre sur des fonds, d'environ 800 mêtres, où ces poissons habitent constamment.

La migration des Céphalopodes semble avoir toujours lieu par ‘bandes; car il est bien rare, lorsqu'une espèce se montre, de ne pas en rencontrer d’autres. En effet, en 18926, on pêcha à Nice deux Octopus Catenulatus; je n’en revis plus, et, en 1848, dans l’espace de dix jours, j'en eus trois, pris dans les environs de Gènes. L’octopus tetracirrhus, que je n’avais jamais rencontré, mais que j'avais figuré d’après un dessin que m'avait communiqué M. Delle Chiaje, parut en abondance dans le printemps de 1849, et il en fut, de même, en juin et juillet de la même année, de l'O. Cocco.

Les Céphalopodes sont très carnassiers, détruisent beaucoup de poissons et de crustacés ; ils sont même si voraces que, occupés à dévorer ceux qui sont pris à l’hamecon , ils se laissent tirer avec eux à fleur d’eau ou ils sont saisis, tombant ainsi victimes de leur voracitè et de leur imprudence. M. Cantraine s’est trompé, quand il a attribué aux Céphalopodes le dégât, qu’il a observé sur quelques sparides qu’on rencontre entièrement décharnés, n’ayant que le squelette et la peau intacts. Ce dégât est fait par des Crustacés Isopodes, connus des pêcheurs sous le nom de puces de mer; et, en examinant la forme ainsi que la disposition de la bouche des Céphalopodes, il est impossible de leur attribuer une pareille faculté. M. D’Orbigny, observant les cupules des Décapodes, qui sont pédonculées et munies d’un cercle corné et denté, pense qu'ils ne peuvent opérer la succion qui est si bien constatée chez les Octopodes : cette opinion est erronée, car la sèche et tous les calmars ont cette faculté surtout dans les cupules des bras tentaculaires, à un si haut degré, qu’ils la conservent après la mort, et même longtemps après que le jeu des points cromophores a cessé : cette succion se fait sans qu’on ressente le contact des dents aiguës qui couronnent le cercle corné.

M. D'Orbigny croit que les tubercules ou cirrhes de la peau sont des organes du tact, observant que les espèces côtières seules en sont pourvues: je ne suis point de cet avis, et je pense qu'ils leur servent, quand ils sont fixes à terre, à se masquer pour se soustraire aux regards des ennemis qui errent autour d’eux, et que le Créateur, dans sa divine prévision, à voulu, par cette faculté aussi prompte que la pensée, dédommager ces êtres marins de leur faiblesse et de leur nudité, de même qu’il a voulu que le lagopède et le lièvre, dont la plume et le poil ont à peu-près la couleur de la terre en été, se couvrissent d’un manteau blanc en hiver, pour se soustraire au regard perçant de l'aigle qui plane dans les airs, quand les Alpes, qu’ils habitent, sont couvertes de neige. Je me suis assuré que les cirrhes leur servent aussi à tromper les victimes aux quelles ils tendent des piéges; et, quand on a observé le Poulpe guettant sa proie, la Sèche vaguant dans les eaux et quelque Octopode

GÉNÉRALITÉS ÿ rampant dans les bas-fonds au milieu des rochers et des obstacles de toute espèce, on a pu se convaincre que les cirrhes ne sont pas des organes du tact, mais que l'extrémité des bras est chargée de cette fonction.

M. D’Orbigny dit que l’iris est constamment oblong, chez les Octopodes; j'ai constaté au contraire qu'il est rond, et qu'ils le contractent, plus ou moins, selon le degré de lumière qu’il reçoit, ou la passion qui les anime,

Les Céphalopodes font non seulement partie de la nourriture des peuplades sauvages et demi-sauvages de toutes les parties du globe, mais encore des peuples civilisés. Les Poulpes, les Sèches et les Eledons fournissent au peuple un aliment abondant; le Calmars (totano), qui l’est moins, est plus estimé; les jeunes Céphalopodes et les petits Calmars sont recherchés et considérés comme des friandises: les Calmars flêches, Todarus et Sagittata (calamai) sont méprisés par ceux qui savent les distinguer. Le Poulpe à maille, Catenulatus, et l’Histioteuthe de Ruppell, bien connus des pêcheurs , ne sont point portés au marché, parce que leur chair est coriace, aigre et mal-saine.

Quoique abondants sur les côtes de la Ligurie, les Céphalopodes n’y deviennent point un article de commerce pour l'exportation; les Grecs de tous le peuples riverains de Ja Méditérranée, sont ceux qui en font le plus de cas, et en consomment beaucoup à cause de la rigueur de leur abstinences religieuses. Cet article est pour eux une branche d’importation; et, dans les ports, on reconnait facilement les navires Grecs, en jetant le yeux sur leurs cordages toujours pavoisés de Poulpes, artistement étalés, qu'on y suspend pour les faire sécher.

Je ne peux admettre, comme le fait M. D’Orbigny, que la natation rétrograde des Céphalopodes s’opère entièrement au moyen du refoulement de l’eau par le tube locomoteur, (entonnoir). J’ai acquis la certitude que pendant les grandes secousses, ce refoulement est aidé par la pression des bras sessiles surtout chez les Octopodes. Quant au mouvement progressif des Décapodes , il est opéré presque exclusivement par les bras sessiles munis de crête unatatoire, et les nageoires y aident fort peu. La Sèche, par exemple, courbe ses bras sessilles perpendiculairement, et avance, autant qu'elle le veut, à l’aide des grandes expansions-natatoires de la 4° paire qui lui servent de rames.

Quant à la navigation de l’Argonaute, si prônée et si exagérée par les anciens, mais niée par les modernes, je suis obligé d’en constater la vérité, en ayant été deux fois moi-même témoin oculaire: je m’empresse pourtant d'ajouter que les bras, munis de membranes ne font pas l'office de voiles, mais de puissantes rames que le mollusque

relève et replonge alternativement, en les sortant fort peu de l’eau.

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