PREMIER GENRE
ELEDON. — ÆLEDONE. Lecu.
Bolitoene ou Ozalis. Aristote. Ozaina. Pline. Raffin. Æledona. Belon, Aldrov. Risso, Polypus. Rondelet, Gesner. Sepia. Linne. Bosc. Octopus. Lamark, Montfort, Cuvier, Blainville, Carus, Payreaudeau, Sangiovanni, Rang. Æledon, Leach. Férussac, Delle Chiaje, Cantraine, Alder.
Animal ayant le corps ovale, portant sur la tête huit bras presque égaux, garnis d’une seule rangée de ventouses sur leur face interne.
NE E. MSQUÉ. E, MOSCHATUS. Lracu. PI, 4. 5. G.
Leach, Journ. de phys. t LXXXVL pag. 295.
Ranzani, Mem. di st. nat. deca. 5. p. 151.
Delle Chiaje, Mem. sul. st. et notom. degl. anim. sens. vert. del Regn. di Nap. tom. 4, pag. 48 a 56. :
Animali invertebr. della Sic. citer. tom. 1. pag. 5. & V. p. 66. Cantraine, Malac. méditerr. Pag. 19.
Philippi, Enum. molluse. Sie. N° 1, pag. 202. Octopus moschatus. Lamark, Mém. de la soc. d'hist. nat. t. 1. p. 22. Montlfort , t. 111. p. 54, PL 52.
O. Moschites. Carus, con. Sep. Nov. act. ac. Leop. nal. eur. tom. XIL 1% pars. pag. 519. t. XXXIL.
Cuvier, Régne animal t. 111. p. 12. | Blainville, Dic. des Sc. nat. t. XLIHIE pag. 190. Faune franc. pag. 9. N° 7.
Payr., Catal. desc. et méthod. des Ann. et des mollusq. de l'ile de Corse. pag. 170. Saugiovanni , Ann. des sc. nat. t. XVL pag. 517. Rang, Mag. de Zoo!. pag. 61. PI, 91.
Ozaina. Pline, Æist. nat. lib. X. Cap. XXX.
Ozoena. Raffin, Précis des découv. sémiol. pag. 29. N°0 75. Polypü tert. species. Rondelet, de piscibus lib. XVIL Cap. VIE p: 516. Polypus femina. Seba, Mus. 5. PI. 2. fig. 4.
Sepia moschata. Bose. Buffon, de Déterville, vers. t. 1. pag. 48.
8 CÉPHALOPODES E. corpore oblungo glabro, minultissime granulato, vel cirrhoso, moschato : oculis uni cirrhatis : brachiis elongatis gracilibus, sub-aequalibus, membrana umbellae caeruleo-
limbata.
Corps bursiforme, oblong, ovoïde à extrémité arrondie ou acuminée, lisse, granuleux ou cyrrheux selon le caprice de l'animal, ouverture large, pouvant s’apercevoir en dessus.
Tête médiocre, plus étroite que le corps; globes des yeux, proéminents, munis sur leur partie supérieure d’un cyrrhe rétractyle.
Yeux saillants, assez petits, pouvant se couvrir entièrement des deux replis membraneux de la peau, munis d’un iris contractyle argenté, qui peut se resserrer à volonté et donner à la pupille une forme plus ou moins oblongue.
Bouche pourvue d’une double lèvre, dont l’interne ciliée.
Bras très élastiques, éffilés conico-subules un peu comprimés, presque égaux, munis sur leur face interne d’une rangée de cupules, au nombre d’environ 80, toutes visibles, et dont la grosseur augmente jusqu’à la sixième pour diminuer ensuite progressivement; membrane de l’ombrelle ou interbrachiale bien développèe, elle embrasse une partie des bras, se continue sur la partie externe jusqu'aux deux tiers; mais est moins dévéloppée sur l’interne. Tube locomoteur conique.
Proportions
Longueur totale. : . 0,440 Longueur des bras mesurés de la bouche . … . : ; : 2 . 0,300 Longueur du corps . : : : : : ; : : . : : . 0,090 Largeur de la tête . : : . 0,045 Largeur du corps . : : : . 4 ; : : ; : . 0,065 Hauteur de la membrane ombellifére supèrieure : : ï ; : : «= 0,090
» » » inférieure : 5 ; : - : 0:06:
Couleur très variable par l’action des points cromophores qui sont noirâtres, bruns ou rouges-jaunâtre, selon la passion qui l'anime; bord de la membrane qui se prolonge jusqu'à l'extrémité des bras, constamment bleu-cendré brillant, ou vert-anglais ;: odeur musquée , très prononcée, même après la mort.
Lorsqu'il est dans un état paisible, le dessus est, en général, d’un gris jaunâtre, nuancé de vert, parsemé de petites taches blanchâtres qui forment au centre du corps une ligne longitudinale, interrompue, très apparente, et l’on remarque sur la tête un V renversé, qui vient aboutir à la base des cyrrhes (PI. 6). Le dessous du corps est d’un blane violacé, quelquefois rouge-jaunâtre par l'effet des points cromophores de cette couleur. L’entonnoir est aussi couvert, surtout à l’extrémité, de points cromophores jaune orpiment. L’iris, qui est argenté, en porte également de bruns, très fins, ou d’autres plus gros jaune orpiment très brillants. Le globe des yeux est nuancé en dessus d’un bleu éclatant à cause d’une légère trasparence de la peau; le bord de la membrane est d’un bleu verdoyant très vif. Il devient quelquefois d’un brun-châtain , très clair, nuancé, de blanchâtre et de noirûtre , par l'effet des points cromophores, bruns-châtain, plus ou moins rapprochés et contractés : les taches blanchâtres se voient toujours. La peau est constamment lisse et sans eyrrhes, sauf les deux des orbites des yeux qui disparaissent quelquefois: l'iris est ordinairement rond, rarement contracté.
OCTOPODES ÿ)
À l'ètat de surprise, il passe du marron jaunâtre-clair au marron violacé sur les parties supérieures, et au blanchâtre livide, plus ou moins irisé, nuancé de violet ou de rouge-jaunâtre sur les parties inférieures. On voit alors, sur la tête et sur le corps, les mêmes taches blanchâtres que dans létat de tranquillité; mais elles ont entièrement disparu sur les bras et sur la membrane de l’ombrelle. Quelquefois il apparait sur toutes les parties du corps sans qu’il change de couleur, de grandes taches noirâtres, rondes, de grosseur différente et symétriquement disposées, qui proviennent de l’agglomération des points c'omophores (PI. 5). L’entonnoir est alors rose-jannâtre, avec ou sans points cromophores; les bras sont, à leur face interne, violacés, plus ohseurs vers leur extrémité, et la bordure de la membrane est d’un bleu-clair chatoyant: dans cet état, la peau est parfois parfaitement lisse et d’autres fois très granuleuse. L’iris toujours ovale.
A Pétat d'irritation, l'animal prend une teinte jaune-sale, passant au gris jaunâtre, quelquefois au marron obscur. Il se couvre instantanément de cyrrhes coniques, aigus, sur toute la partie supérieure et latérale de son corps ainsi qu’à la base des bras. Quelques instants après ces tubercules disparaissent et font place à des taches verruqueuses blanchâtres. On remarque aussi sur le corps six grosses taches, noirâtres, disposées en fer à cheval, dont les deux plus petites sont sur les côtés et près de l'ouverture. Les membranes interbrachiales de l’ombrelle portent aussi une série de ces taches sur leur centre et deux la térales plus petites; on en observe également sur les bras; mais on n’en trouve aucune trace sur la face inférieure. L'intérieur de lombrelle est d’un blanchâtre livide, nuancé de tâches rouges-jaunâtre ; le bord, d’un vert anglais trés brillant; liris est trés contracté, couvert des points jaune orpiment très vifs.
Hors de l’eau, il est quelquefois très granuleux , d’autres fois très lisse, jamais tuberculeux. Le corps “est d’un gris de souris nuancé de noirâtre par les points cromophores plus ou moins rapprochés ou dilatés, passant au vineux vers l’extrémité des bras; la partie inférieure est blanchâtre, fortement irisée, nuancée, sur les côtés et sur la base des bras, de rouge jaunâtre et vers leur extrémité de rouge vineux. Ces points couvrent les parties latérales et internes des bras jusques aux bords des ventouses. La bordure de la membrane ombellifère est toujours garnie de bleu très apparent.
En perdant de sa vitalité, il devient blanchâtre; les points eromophores ue sont plus visibles qu’à la loupe; ils commencent à être remplacés par de petits vides qui forment des taches blanchâtres; ensuite la peau de l’animal devient presque toute d’un blane sale; la bordure bleue se décolore : mais l’odeur musquée dure encore et l'iris s’arrondit en se dilatant. |
Les sexes ne présentent aucune différence extérieure visible.
Rapports et différences.
Cette espèce a pour caractère constant et tranchant sa coloration grisâtre, jamais rose ni rouge, les taches noirâtres symétriques, la bordure bleue de sa membrane ombellifère, les tubereules qui couvrent quelquefois son corps et l'odeur constante du muse, prononcée même chez les jeunes individus.
10 CÉPHALOPODES Habiiation el MmAUurs.
L’Eledon musqué parait n’exister que dans la méditerranée, où il est abondant sur tous les parages. Il vit en général dans les fonds vaseux de 10 à 100 mètres de profondeur. On le rencontre aussi dans les fonds sablonneux ou sur les graviers, mais plus rarement au millieu des rochers, en toutes saisons. On le vend en masse sur le marché de Gènes depuis le mois de septembre jusqu’au mois de mai, parce que les traines font leur pêche, toutes les fois que la mer le permet, à cette époque de l’année. Vers la fin de mai, cette pêche est suspendue et remplacée par celle des anchoix et des sardines, dont le passage abondant offre des chances bien plus heureuses et beaucoup moins de fatigues. S'il arrive, en certaines années, que ces poissons manquent totalement, quelques pécheurs, poussés par la misère, ont recours à la traine: il prennent alors des masses d’Eledons, ayant seulement de 5 à 10 centimètres, ainsi que des tas de jeunes poissons, ce qui est très préjudiciable à la pêche en général; car on détruit alors, en un jour, ce qui deviendrait plus tard une riche moisson , attendu que ces animaux sont sédentaires et n’ont pas même atteint à cette époque le dixième de leur développement. Les Eledons vivent à des profondeurs, où il est impossible de les observer; il faut donc se contenter d'étudier ceux qu’on se procure vivants, ce qui est très facile, et décrire leurs mœurs d’après les remarques qu’on peut faire pendant leur état de captivité.
Dans l’état de tranquillité, ce Céphalopode se cramponne à terre, à l’aide des ventouses dont sont armés ses bras; il se fixe par la partie inférieure , la rosace étalée, il tient ses extrémités libres et flottantes; sa tête un peu relevée sur le centre; son sac un peu penché sur son ouverture, et l'extrémité de son entonnoir tournée sur un des côtés, de manière qu'il puisse renvoyer l’eau, loin de l'ouverture du sac, pour qu’elle ne soit pas nouvellement aspirée (PI. 5 et 6). Sa couleur varie alors du jaune-grisâtre au verdàtre, au chàtain-clair ou au marron jaunâtre, plus ou moins violacée. C’est la pose qui lui est la plus ordinaire, et celle où il passe les trois-quarts de sa vie. C’est, surtout alors, qu'on peut admirer l’étonnante célérité avec laquelle il opère son changement de couleurs : au moindre accident, on le voit passer de l’une à l’autre, ou bien se couvrir d’une teinte obscure qui glisse sur lui avec la rapidité de l’éclair sans laisser aucune trace de son passage. De cet état habituel, il passe dans un autre, que je crois de sommeil, ce qui a lieu aussi bien de jour que de nuit: la pose est presque la même ; les extrémités des bras flottent plus près du corps et plus relevées; la 4° paire de bras, en avant du corps, est plus allongée et placée comme sentinelle avancée; le sac est penché sur eux; la pupille très contractée, la respiration plus lente, et le renvoi de Peau par l’entonnoir à peine sensible. Dans cet élat, la couleur est presque toujours gris-jaunâtre, ou marron plus ou moins nuancé de jaunâtre, mais jamais marquée de grandes taches noires ou marron. Les sens de l’ouïe et de la vue paraissent alors engourdis chez cet animal: car, ni l’arrivée subite d’une personne près du vase où il est renfermé, ni des cris, ni un bruit quelconque ne l’affectent : cependant une secousse donnée au vase, ou l’attouchement le plus délicat à une des extrémités des bras léveilient en sursaut, et il passe immédiatement à l’état d’irritation. C’est alors qu’il est remarquable par le grand changement qui s'opère dans tout son être. Au premier abord il relève davantage son corps qu’il tient presque perpendiculaire sur la tête
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il rapproche ses bras, et en enveloppe les extrémités autour de son point d'attache; le sac forme un espèce de renflement sur la partie supérieure et son extrémité devient accuminée, tout son corps, de couleur jaunâtre, parsemé de grandes taches symétriques noirâtres, se couvre de nombreux tubercules coniques, qui sont relevés ainsi que ceux des globes des yeux ; l'iris se contracte beaucoup et se colore fortement de jaune orpiment, le tube locomoteur lance l’eau avec plus de force, et les aspirations sont plus irrégulières: de temps à autre il en fait de plus abondantes, dont il lance ensuite l’eau à 8 ou 10 pieds de distance, hors du bassin, quoiqu'il aît au dessus de lui une colonne d’eau de plus d’un pied, Je Pai vu, irrité par une lampe garnie d'un réverbère, répéter ce jet jusqu’à 8 fois de suite; mais faisant, entre l'intervalle de chaque jet, de 6 à 8 aspirations ordinaires. Je lai vu également aux aguets d’un crustacé vivant, que je lui avais donné pour nourriture, se ramasser comme dans l’état d’irritation, se couvrir de tubercules, et donner à sa peau la teinte du vase dans lequel il était renfermé, probablement, pour ne pas inspirer de la défiance à Panimal qu’il voulait surprendre.
Il arrive souvent, et surtout pendant la nuit, que l’Eledon sort du vase où il est placé, soit parce que l’eau, déjà dépourvue d’air, ne suffit plus à sa respiration, soit qu’il tende peut-être à conquérir sa liberté. Quelques individus, qui étaient restés 4 heures à sec, et que j'ai remis dans l’eau, y ont repris leur vitalité. J'en ai conservés pendant dix jours sans leur donner la moindre nourriture; quoique reduits à cette extrémité, je ne les ai jamais vus dévorer leurs bras, ni lancer leur encre à quel dégré d’irritation qu'ils fussent poussés.
Malgré sa forte odeur de muse, l’Eledon musqué est préféré dans quelques pays à l’Aldrovande; les uns l’écorchent pour diminuer cette odeur; d’autres l’assaisonnent tel quel. Sa chair est moins coriace que celle des Poulpes de même dimension; cependant elle a moins de goût: aussi est-elle moins estimée. Le peuple s’en nourrit et le mange ou bouilli, ou en salade, tantôt en friture, tantôt en ragoût. Cet animal porte le nom de Moscariello à Naples; de Purpu muscareddu, Purpu muscatu, en Sicile; de Hoscardino, Noscarino, à Livourne et à Gènes; de Vouscarin, à Nice, et de Purpu muscao en Sardaigne.
Histoire.
Aristote a parlé le premier de l’Eledon, sans faire mention de l'odeur du muse. Voici ce qu’il en a dit: « Les Polypes se partagent en plusieurs genres; le premier renferme les » plus grands Polypes; le second genre est composé des petits Polypes tachetés..…. L’Eledone » et le Bolitoene, ou l’Ozolis, car ou lui donne ces deux noms, forment deux antres genres: » le premier est reconnaissable soit à la longueur de ses pieds, soit parce que c’est le seul » des mollusques qui ait des cellules simples ». Cette phrase a donné lieu à de savantes discussions et à bien des rapprochements. Pline est le premier qui ait fait mention de l’odeur du musc des Eledons, qu’il nomme Ozaina. Ne serait-il pas raisonnable de mettre d'accord ces deux grands observateurs, puisque nous connaissons à présent deux Eledons, l’un sentant le muse et l’autre inodore? Ne convient-il pas de supposer qu’Aristote a connu l’'Aldrovandi, et Pline, le Moschatus? et, puisque nous en sommes aux rapprochements , en parlant de la première espèce citée par Aristote, « reconnaissable soit à la longueur
des pieds... et des cellules simples ». Ne pourrait-on pas conjecturer que le philosophe n'indique pas l’Eledon, dont nous n’en connaissons aueun à long pieds, mais qu’il à connu l'O. Macropus, dont les bras sont grèles, les cupules espacées et les deux rangées très rapprochées, quand il a cessé de vivre depuis quelque temps? En eflet lorsqu'il a perdu toutes les forces musculaires, il devient flasque, molasse; et les cupules paraissent alors sur une seule rangée. Il est très facile de vérifier ces faits et de conelure qu'Aristote, voyant ce Poulpe dans cet état, l’a classé dans le genre &e ceux à une seule rangée de cellules. Bellon et Aldrovande l'ont décrit sous le nom d’Eledon: c’est le Polypi tertia species de Rondelet et Boussuet, ainsi que le P. femelle de Seba; Schneider en a fait le genre Moschites ; Lamark l’a rangé parmi les poulpes, et en a fait l'O. Moschatus: cette classification a été suivie par Montfort, Carus, Cuvier, Blainville, Payredeau et Rang. Rafinesque, adoptant la dénomination donnée par Pline, en a fait son Ozoena Moschata. M. Leach Pa enfin séparé des Poulpes et, adoptant le nom employé par Aristote, en a crée le genre Eledone, dénomination consacrée ensuite par Ranzani, Férussae, Risso, Delle Chiaje, Cantraine, Philippi et Alder. |