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LES VRAIES DISPOSITIONS DE L'ANGLETERRE

hésitations, Lord Lyons m'a répondu qu'il n'était pas autorisé à me donner cette assurance et que je ne pourrais parler que de l'approbation qu'il donnait personnellement à mon idée, et non de celle de son gouvernement, auquel il allait la transmettre immédiatement en la recommandant à sa considération.

« Voilà où nous en sommes restés. J'ai rendu compte du tout à Orloff qui venait de recevoir une lettre du prince qui contenait une protestation presque amère contre son mot sur les justes griefs de l'Angleterre, qui «était l'offensée ». Orloff était disposé à suivre la discussion contre son chef. Je l'en ai dissuadé, parce que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Il est certain cependant que, si l'Angleterre avait été prévenue et préparée avec un peu de soin et par avance, on aurait ou triomphé de ses résistances ou conjuré leurs conséquences. Mais ceci est de l'histoire rétrospective et fort inutile à reprendre...

« Quant à l'Europe civilisée, quant aux six puissances garantes, elles n'ont, à cette heure, qu'une chose raisonnable et raisonnée à faire, attendre que les événements lui apportent des solutions ou des expédients pour les préparer. En présence de ce gouvernement, qui se transforme et qui cherche sa voie à Constantinople, il n'y a qu'une chose à faire, c'est de ne rien faire. J'ajouterais volontiers que c'est aussi la politique qui peut le mieux servir les intérêts des populations chrétiennes. Quoi qu'il sorte, en effet, de ces conseils de cabinet où l'on assassine les ministres de la guerre (1), les Herzégoviniens n'ont rien à en redouter et ils ont, au contraire, et suivant toutes probabilités, tout à en espérer. »

Les lettres de notre ambassadeur à Londres, datées du 12 et du 15 juin, que le duc Decazes envoyait à M. de

(1) Le 16 juin, un officier turc, faisant irruption dans la salle où se tenait le conseil de cabinet, tuait à coups de revolver le ministre de la guerre et un de ses collègues.

Gontaut, achevaient d'éclairer celui-ci sur la véritable attitude de l'Angleterre. Elles reproduisaient le langage fort net tenu par M. Disraeli et par Lord Derby au comte Schouwaloff. C'était, exprimée sans détours, la « politique de la saignée ».

Le cabinet anglais, selon M. Disraeli, trouvait l'intervention de l'Europe inutile. « Que voulez-vous? insistait alors l'ambassadeur russe. Quelle est votre politique? — Je suis persuadé, répondait le ministre, qu'on ne peut éviter, la collision et l'effusion du sang. Il est impossible d'empêcher la Serbie et le Monténégro d'attaquer la Turquie. — Mais vous savez bien que nous faisons depuis longtemps les plus grands efforts pour arrêter ces populations. — Vous avez tort; cela est parfaitement inutile. Il faut que le sang coule. Alors, il arrivera de deux choses l'une : ou bien la Turquie sera vaincue, et alors il sera temps d'examiner comment on disposera de la succession ouverte; ou bien elle battra les chrétiens, et il faudra aviser aux moyens d'éviter qu'ils soient trop opprimés et livrés au glaive. — Ce que vous envisagez comme nécessaire, c'est justement ce que nous travaillons à empêcher. Dans l'un des cas, c'est le partage prématuré de la Turquie pour lequel l'Europe n'est pas prête, et, dans l'autre, l'intervention armée. » M. Disraeli n'avait pas trop répondu à l'objection, mais avait dit : « J'ai tenu à vous donner ces explications de suite, parce que Lord Derby est à la campagne. Quand il sera de retour, il vous répétera les mêmes choses. »

Lord Derby les répétait en les aggravant. Il protestait, en effet, contre cette opinion de M. Disraeli qu'il faudrait aviser à empêcher la trop grande oppression des chrétiens s'ils venaient à être vaincus, ajoutant que ces derniers ne lui paraissaient pas intéressants. Il disait encore au marquis d'Harcourt qu'il n'y avait pas lieu, à l'heure présente, de soulever la question d'une intervention européenne, collective ou non.

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