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OPTIMISME DE LA RUSSIE

De pareilles dispositions, aussi nettement affirmées, ne rendaient guère probable un accord définitif de l'Angleterre et de la Russie. Cependant, cette dernière, malgré des heures de doute et d'inquiétude qu'elle traversait encore, paraissait confiante dans l'issue des négociations. M. de Gontaut écrivait dans ses notes, à la date du 17 juin :

« Karolyi m'a dit tenir du chancelier que le courrier d'Angleterre était arrivé et qu'il avait apporté les propositions de l'Angleterre. Les unes sont acceptables, a-t-il dit, les autres veulent être revisées, et Karolyi ajoute que, de l'ensemble des paroles du chancelier, il conclut que celui-ci a bon espoir dans un accord prochain. L'empereur Alexandre a dit aussi à Karolyi : « Les Anglais sont devenus « plus raisonnables; j'espère que nous nous arrangerons. » J'affaiblis plutôt que je n'augmente les paroles de mon collègue. Lui aussi croit à un accord général à bref délai. »

Le même jour, le prince Gortchakoff, tout en paraissant avoir un peu perdu de sa confiance, parlait à M. de Gontaut des « flatteries » que l'Angleterre venait de lui adresser, mais qu'il n'accueillait qu'avec une certaine réserve, en attendant ce qui allait suivre. Il annonçait à notre ambassadeur qu'il lui ferait connaître le lendemain, ainsi qu'à son collègue d'Autriche, les propositions du cabinet de Saint-James. En même temps, il critiquait de nouveau les efforts « trop prolongés » de la France pour ramener l'Angleterre, et prétendait savoir qu'à Londres même ces efforts avaient été qualifiés « avec une certaine dureté (1) ». ./ Néanmoins, quelques heures plus tard, M. de Gontaut avait la satisfaction de constater qu'avec l'optimisme du

(1) A M. de Gontaut qui, dans le cours du nouvel entretien qui suivit, se montrait incrédule, le chancelier dit encore : « Avez-vous confiance dans ma parole? — Oui. — Eh bien, je peux vous garantir l'exactitude de mes renseignements »;et il ajouta que si Lord Derby avait paru reconnaissant au duc Decazes de ses efforts, M. Disraeli s'était exprimé dans les termes qu'il avait indiqués.

gouvernement russe, des dispositions plus favorables à la France et plus équitables commençaient à apparaître. : « Je sors de chez l'empereur Guillaume, chez qui j'ai dîné avec l'empereur Alexandre, le prince Gortchakofî, Karolyi, Oubril... A mon arrivée, Gortchakofî me dit : « J'ai « reçu tout à l'heure un courrier de Paris; j'ai reçu la « lettre d'Orloff », et il a rendu justice aux procédés, aux efforts du duc Decazes, et il continua pendant quelques instants à m'en parler sur un ton très radouci et assez différent de celui des jours passés et du matin même.

« J'avais eu à peine le temps de lire la lettre du duc Decazes, mais je l'avais assez retenue pour avoir pu lui tracer de nouveau et la justesse et la précision de son argumentation vis-à-vis de l'Angleterre, l'intensité de ses efforts pour renverser les obstacles qu'il avait trouvés dès le premier pas et pour la ramener, la vigueur avec laquelle il avait écrit et répondu à Lord Derby pour lui faire comprendre l'importance d'une action commune et prompte, en même temps que le désintéressement du gouvernement français qui tenait, non pas à retirer de son intervention quelque profit pour son amour-propre ou pour ses intérêts particuliers, mais... à contribuer à former de nouveau l'accord, à trouver un terrain commun sur lequel toutes les puissances pussent s'unir et agir efficacement à Constantinople, puis à se mettre absolument de côté, pour peu que cela fût utile, pour laisser l'Angleterre et la Russie face à face. Je ne trouvai plus d'objections de la part du prince Gortchakoff, au contraire, une adhésion et de la foi en mes assurances, en un mot, un retour de justice pour nos efforts...

« Un peu avant d'être congédiés par les souverains, l'empereur Alexandre s'approcha de moi et me dit avec grâce : « Mes dernières nouvelles de Paris, celles que je « reçois à l'instant, sont très satisfaisantes. Je suis très « aise de vous le dire. » Je m'inclinai en remerciant Sa

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