ABANDON DES PROPOSITIONS RUSSES
t-elle possible? J'incline encore à le croire. Quand et comment? je n'en sais rien.
« Le comte Munster a dit à d'Harcourt que la reine Victoria s'était montrée inquiète de la tension de ses relations avec la Russie et a invité M. Disraeli à la faire cesser. Gomme d'Harcourt répondait à l'ambassadeur d'Allemagne que, sans doute, son gouvernement avait contribué à attirer l'attention de la Reine sur cette situation, Munster a répondu qu'il n'avait aucune raison pour le croire...
« 27 juin. — Je reçois votre télégramme de ce jour. Vous demandez où en est la négociation entre l'Angleterre et la Russie. A proprement parler, je ne crois pas à cette négociation. Je crois que l'Angleterre a dit sur cette affaire d'Orient tout ce qu'elle avait à dire pour le moment... »
C'est l'impression qu'éprouvait également M. de Gontaut. « J'inclinais de mon côté à croire, écrit-il le 2 juillet, d'après tout ce que je recueillais successivement, qu'il n'y avait pas de propositions formelles de la part de l'Angleterre. En définitive, la Russie a cédé et a consenti à ajourner la question devant les perspectives que lui a fait entrevoir l'Angleterre. Mais il reste encore du mystère et de l'obscurité dans toute cette affaire. Quelqu'un arrivé hier même de Ingenheim rapporte qu'il a laissé l'Empereur et Gortchakoff dans des dispositions noires et que la mauvaise humeur aurait reparu. Le Nord continue, tout en se soumettant à la direction anglaise, à parler de cette puissance avec aigreur. »
Dans le même temps, l'entrée en lutte de la Serbie et du Monténégro contre la Porte venait modifier l'aspect de la question. Le Mémorandum de Berlin et la remise d'une note identique tombèrent définitivement dans l'oubli (1).
(1) Les puissances autres que la Russie avaient nettement approuvé l'attitude du gouvernement français. Il était visible que des tiraillements s'étaient produits entre les trois cours impériales,
Le gouvernement français ne pouvait qu'être satisfait de la fin d'un épisode où l'Angleterre et la Russie s'étaient trouvées aux prises et l'avaient mis lui-même dans un grand embarras. Malheureusement, la question d'Orient demeurait entière et maintenait l'antagonisme des deux puissances que le duc Decazes s'efforçait à ménager. Quelques mois plus tard, on sentait réapparaître le fond d'amertume que la Russie avait dû garder contre la France depuis les négociations de juin. Un nouveau conflit, en effet, s'élevait en octobre entre Anglais et Russes sur la durée de l'armistice à imposer aux Serbes et à leurs adversaires victorieux. L'attitude conciliatrice du duc Decazes ne paraissait pas alors plus goûtée à Saint-Pétersbourg que précédemment.
Le 13 octobre, le marquis de Sayve écrivait de Berlin à M. de Gontaut : « La Gazette nationale reproduit un article du Golos très malveillant à notre égard. Il y est dit que les Français de toutes les opinions sont mécontents que leur pays ne puisse plus jouer un rôle considérable dans la
et que la Russie ne Vêtait pas sentie encouragée par ses deux alliées dans sa politique impatiente. C'est ce qui l'avait, en partie du moins, contrainte à abandonner certaines propositions prématurées. La conduite de la France n'était donc pas contraire aux désirs de l'Allemagne et de l'Autriche. Le comte Karolyi, à Ems, n'avait pas dissimulé à notre ambassadeur la satisfaction qu'en éprouvait son gouvern?ment.
L'empereur d'Allemagne avait également assuré M. de Gontaut de la sienne : « Nous sommes très satisfaits de tout ce que fait votre gouvernement, du concours qu'il nous a donné. » Il avait paru approuver les raisons pour lesquelles le duc Decazes s'était efforcé de ramener l'Angleterre. « II convint en outre avec moi, continue M. de Gontaut, qu'il était impossible, en tout cas, de présenter des résolutions à la Porte avant de s'être assuré de la politique du nouveau gouvernement. Nous continuâmes à parler de l'attitude de l'Angleterre, qui me parut ne pas rassurer l'Empereur, puis il me répéta de nouveau toute la satisfaction qu'il éprouvait de la nôtre, car, ajouta-t-il, « l'Angleterre a fait tous ses efforts pour vous entraîner de son côté, et vous n'avez pas consenti à vous séparer de nous ».