‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 11 sur 178 · DEMANDE DE POURSUITES CONTRE NOS ÉVËQUES · texte numérisé non relu

DEMANDE DE POURSUITES CONTRE NOS ÉVËQUES

« J'avais écouté en silence tous les développements que le prince de Bismarck avait donnés à sa pensée. Ne jugeant pas opportun de le suivre sur le terrain des difficultés religieuses de l'Allemagne avec la papauté, je lui répondis en reprenant une partie des arguments que j'avais déjà fait valoir auprès de M. de Bùlow.

« Je reconnais, dis-je, que le mandement de Mgr de « Nîmes est injurieux pour l'empereur Guillaume; mais il « serait prudent, à mes yeux, de renoncer aux excitations « que l'opinion publique tirerait d'un procès. Vous dites, « Prince, que vous vous résignez d'avance à l'acquittement « et qu'il ne changerait en rien nos relations. J'accepte bien « volontiers cette déclaration; mais, si le gouvernement « allemand reste calme, ne faut-il pas s'attendre à ce que « les mécontentements et les méfiances entre les deux « nations puisent dans ce procès un nouvel aliment? En ce « qui concerne l'appel comme d'abus, je ne saurais prête juger la décision de mon gouvernement, mais je crains « que cette poursuite insolite n'aille encore directement « contre le but que vous vous proposez, car rien n'est plus « rare que de faire usage devant le conseil d'Etat de ce « droit de recours institué par les articles organiques, et, « dans les circonstances où il serait fait, ce serait à tous « égards un événement grave. »

« Le prince s'est récrié, [disant] que c'était au contraire une arme usuelle et qu'il en avait eu la preuve en étudiant la situation du clergé en Alsace-Lorraine. J'ai maintenu mon dire, puis j'ai ramené l'entretien au point essentiel et j'ai dit au Chancelier :

« Que veut notre gouvernement? Qu'ai-je été chargé de « vous dire en son nom? Que signifie son intervention vis- « à-vis des évêques sous la forme de la circulaire que je « vous ai lue ? Faire cesser les attaques directes de l'épis- « copat contre vous. — Oui, m'a répondu le Chancelier, c'est « un petit pas dans là voie de la sagesse; mais croyez- vous

« qu'il suffise? — Je suis très porté aie croire, lui reprisce je. En tout cas, je trouve très naturel que vous désiriez « qu'il soit mis un terme à ces excitations que pourrait « amener le langage véhément de nos évêques. Si l'avertis- « sèment qui leur est adressé ne suffît pas, je comprendrais « très bien que nous dussions recourir à d'autres mesures; « mais je suis convaincu qu'il suffira. J'en ai pour garants « le langage des évêques depuis quinze jours et les paroles « qu'a prononcées le nouveau cardinal archevêque de Cam- « brai, lors de la remise de la barette par le maréchal de « Mac-Mahon, pour affirmer la volonté du clergé de se « tenir en dehors des débats de la politique. Ce sont là des « symptômes rassurants pour l'avenir. »

« Je crois, me dit alors le Chancelier, que je ne vous ai « pas fait saisir toute ma pensée. L'incident dont je vous « entretiens me préoccupe au point de vue de ma politique « intérieure et de l'effet qu'il pourra produire en Allemagne. « Un grand gouvernement ne peut se laisser attaquer ainsi « par des personnages aussi haut placés que les évêques. « Les mandements ont eu un grand retentissement parmi « les protestants et parmi les catholiques. Il faut que je « puisse montrer à la nation que je me suis efforcé de « procurer une satisfaction à ses sentiments de piété envers « le souverain, blessés par le langage de vos évêques. Je ne « peux pas même me laisser soupçonner de faiblesse vis-à- « vis des cléricaux et de leurs alliés. Et, par exemple, com- « ment ne serait-on pas indigné en Allemagne en lisant dans « Y Univers cette calomnie que l'empereur Guillaume se « refuserait à rendre au comte Fiirstenberg une somme de « 500,000 thalers empruntée lors de son exil en Angle- « terre? (1) »

« Je lui dis que Y Univers était un journal peu influent et

(1) Nous avons vainement cherché dans V Univers la trace de cette allégation.

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