‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 12 sur 178 · M. DE GONTAUT DISCUTE · texte numérisé non relu

M. DE GONTAUT DISCUTE

qui ne représentait pas l'épiscopat français, qu'on devait faire bon marché de ses injures et ne pas les faire remonter plus haut. « Le langage trop vif de quelques évêques est d'ail- « leurs seul en cause, et, si j e vous comprends, vous voulez un « désaveu pour tenir compte de l'opinion publique dans « l'empire, qui vous soupçonnerait de faiblesse. Ce désaveu, « vous l'avez obtenu de l'initiative du gouvernement. Avant « de nous demander d'aller plus loin, réfléchissez à l'état « de l'opinion en France. Vous avez été les témoins de nos « luttes meurtrières contre les ennemis de l'ordre social; « nos difficultés ne sont pas à leur terme ; nous ne pouvons « nous défendre qu'en groupant autour de nous toutes les « nuances du parti de l'ordre; nous devons éviter de nous « en aliéner entièrement aucune. Vous vous trompez d'ail- « leurs, Prince, sur l'influence du parti que vous appelez « clérical. Les hommes politiques voulant que l'attitude de « la France ne se règle que d'après les intérêts catholiques « sont un nombre insignifiant dans l'Assemblée. Les évê- « ques sont fort respectés chez nous, mais ni eux, ni leur « clergé, n'ont véritablement d'action sur les affaires de « l'Etat ou de la commune. C'est, chez les populations, une « répugnance instinctive et à peu près générale qui remonte « au dix-huitième siècle et à la Révolution. »

« Je donnerais une province, me dit en riant le prince de « Bismarck, pour que vous eussiez dit vrai en me parlant « comme vous le faites de l'innocuité des cléricaux; mais je « ne peux m'empêcher de vous faire remarquer que le « clergé avait formé des vœux pour Mgr le comte de Cham- « bord. C'étaient bien là des vœux politiques et qui avaient « été hautement exprimés. En ce qui nous concerne, ajouta- « t-il, nous n'avons absolument rien fait contre cette com- « binaison; mais vous ne devez pas vous étonner qu'elle « nous ait déplu, car nous devions redouter l'influence que « prendraient sur lui les cléricaux, ses plus fougueux « adhérents dans le pays et dans l'Assemblée. »

« Puis, poursuivant la même idée qu'au début de l'entretien, il me parla encore une fois des dangers que pouvaient faire courir au maintien des relations pacifiques les passions du clergé français contre l'Allemagne, en me citant un exemple tiré de la dernière guerre. C'était lors de la venue de Mgr Ledochowski (1) à Versailles, et, sur les avis de ce prélat, le Chancelier avait fait demander au Pape d'agir sur les évêques français pour qu'ils fissent entendre leurs voix en faveur de la paix. Les évêques ont craint la dictature de Tours, et ils n'ont pas osé parler pour la paix, qui se serait faite alors à des conditions bien meilleures pour la France.

« Je lui répondis que son assertion m'étonnait beaucoup, que les évêques avec lesquels j'avais été alors en relations directes ou indirectes n'étaient certes pas des partisans de la guerre à outrance. En tout cas, s'ils avaient résisté aux conseils du Pape, qu'en conclure, sinon qu'en leur âme et conscience, ils ne se croyaient pas astreints à cette subordination absolue que le prince de Bismarck voulait faire dériver de la proclamation du dogme de l'infaillibilité? Sans entrer d'ailleurs dans la réfutation des thèses religieuses qu'il m'avait exposées à propos du concile du Vatican, je me bornai à observer que les décrets de cette assemblée appliquaient l'infaillibilité du pontife romain uniquement aux matières de foi et de morale; pour le reste, chaque évêque et chaque catholique demeurait libre de sa ligne de conduite. Le Chancelier me répondit en souriant qu'il venait de se livrer à l'étude de la théologie et que mon assertion lui prouvait que je n'étais pas aussi bon catholique qu'il l'aurait pensé.

« Au surplus, lui dis-je, il ne s'agit pas aujourd'hui de « Mgr le comte de Chambord, mais du maréchal de Mac- « Mahon, qui est investi du pouvoir et au nom duquel je

(1) Archevêque de Posen.

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