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LA QUESTION DES LOIS CONSTITUTIONNELLES

son acceptation n'impliquait nullement l'abandon de sa foi politique, donnant ainsi la preuve et de sa largeur d'esprit et de sa parfaite loyauté. C'est avec la même liberté et la même droiture qu'il jugeait la situation intérieure du pays et proposait la conduite à tenir. Il avait cet avantage sur ceux qui vivaient en France, qu'il pouvait observer de son poste l'effet que produisait notre politique à l'étranger et notamment à Berlin. Ce n'était pas, tant s'en faut, l'élément le moins important des questions qu'on s'efforçait alors de résoudre à Versailles. C'est pourquoi, sous la présidence même de M. Thiers, le bon sens naturel de M. de Gontaut, joint à la compétence particulière que lui donnait sa situation d'ambassadeur, avait fait de lui, auprès de ses amis politiques, un conseiller dont on écoutait les avis. Certaine lettre écrite à un député royaliste de Maine-et-Loire, M. de Cumont, n'avait pas été étrangère au rapprochement qui avait fini par s'opérer, au mois de février 1873, entre M. Thiers et la commission des Trente. Le rapporteur de cette commission, M. le duc de Broglie, en a fait lui-même l'aveu (1).

Les appels à la modération et à l'entente que M. de Gontaut avait alors prodigués allaient être renouvelés par lui en d'autres circonstances, avec non moins de sagesse et d'autorité. L'échec des tentatives de restauration monarchique avait été suivi d'un vote de l'Assemblée nationale, le 19 novembre 1873, qui prorogeait pour sept ans les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon. Ce sont ces pouvoirs qu'il s'agissait maintenant de définir et d'organiser par un ensemble de lois constitutionnelles. Or, l'année 1874 devait s'écouler tout entière sans que l'Assemblée nationale fût parvenue à les voter. Les membres de l'extrême droite y répugnaient par animosité personnelle contre

(1) Duc de Broglie, La mission de M. de Gontaut- Biron à Berlin, pp. 72-80.

le duc de Broglie, dont ils amenèrent la chute au mois de mai, et surtout par crainte de barrer définitivement la route à la monarchie en dotant tout de suite la France d'un gouvernement régulier. M. de Gontaut, qui condamnait énergiquement cette attitude, la combattit avec éloquence dans les lettres qu'il adressait à ses amis. Excommunié par les chevau-légers, il se contenta d'en sourire et répéta sans se lasser toutes les raisons pour lesquelles il lui paraissait nécessaire de donner au « septennat » une constitution.

C'était, d'abord, à son avis, une question de loyauté, de fidélité à la parole donnée. « J'ai relu très attentivement, ces jours-ci, écrit-il à quelqu'un le 7 avril, la discussion qui s'est terminée par le vote en faveur de la prorogation de sept ans; j'ai relu également celle qui a amené la chute de M. Thiers : partout on trouve 1 'engagement de la droite de voter ces lois (1). Nulle part je ne trouve la trace de ses protestations. Le Maréchal, dans ses deux messages, avait demandé pour son pouvoir de la durée et de la force; il avait déclaré les lois constitutionnelles nécessaires pour déterminer les conditions d'exercice des pouvoirs publics et témoigné vivement son désir de les voir prochainement discuter. A la commission réunie chez lui, il avait dit qu'il ne comprenait pas ses pouvoirs sans lois constitutionnelles, c'est-à-dire sans base. Ses messages et ses paroles avaient nécessairement reçu l'approbation de son cabinet, où siégeaient alors Ernoul et La Bouillerie.

« La droite y répondit en déposant une proposition répondant complètement aux vues du Maréchal et contenant, en particulier, la résolution de nommer, trois jours après la prorogation des pouvoirs, une commission chargée de discuter les lois constitutionnelles... La discussion s'entame, et, à chaque ligne, pour ainsi dire, des discours des

(1) Les lois constitutionnelles.

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