‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 112 sur 178 · CONSEILS DE M. DE GONTAUT A SES AMIS · texte numérisé non relu

CONSEILS DE M. DE GONTAUT A SES AMIS

ministres de la droite, on trouve consignée la nécessité des lois constitutionnelles, l'engagement de les discuter prochainement et la marque de susceptibilités très vives pour le cas où la sincérité de ces déclarations serait suspectée. Impossible de se méprendre sur le sens des paroles prononcées à ce sujet par tous les orateurs de la droite sans exception, MM. de Goulard, Baragnon, de Castellane, Chesnelong, Ernoul, Depeyre et de Broglie. » M. de Gontaut cite alors quelques-unes de ces paroles; puis il rappelle les termes de l'ordre du jour voté le 24 mai 1873, par tous les membres de la droite, contre M. Thiers et contenant les mêmes engagements en ce qui touche les lois constitutionnelles. « Je le demande, conclut-il : peut-on, aujourd'hui, revenir sur des déclarations aussi solennelles et se refuser à tenir des engagements qui ont été pris devant le pays avec une telle précision et à l'unanimité? Si nous le faisons, nous ruinerons notre considération devant l'Europe comme devant la France... Il y a donc là, à mes yeux, une question de loyauté à laquelle personne ne peut se soustraire, et je ne puis croire que l'exécution de ces engagements devienne une cause de rupture sérieuse entre les membres de la majorité. »

Le second argument de M. de Gontaut en faveur des lois constitutionnelles, c'est qu'il n'y a rien d'autre ni de mieux à faire que de les voter et d'organiser le septennat. « Peut-on faire la monarchie? Plût à Dieu que les esprits y fussent disposés, car, certainement, il n'est pas de solution plus désirable pour l'avenir, plus utile à la France. Mais comment se dissimuler, à moins d'aveuglement, que la monarchie ne trouverait à présent ni dans l'Assemblée, ni dans le pays, de majorité? Je crois le pays sous l'empire d'illusions déplorables, d'entraînements jusqu'à un certain point factices; même dans cette supposition, peut-on espérer en quelques mois ramener la France à la vérité?

Il faut bien tenir compte, pour le moins, des faits, et l'un de ces faits est que le pays, consulté à peu près de mois en mois, ne cesse de répondre en nommant des députés républicains; à une variante près, quelques choix bonapartistes qui, certes, ne donnent pas une satisfaction plus réelle à l'opinion conservatrice que les républicains...

« Si nous ne pouvons pas faire la monarchie, il est certain que nous ne voulons pas plus proclamer la république ni nous jeter dans les bras du bonapartisme. Je n'ai pas besoin de démontrer les dangers de ces deux solutions. Et pourtant, la monarchie étant impossible, si on se refuse à organiser le septennat, impossible aussi d'échapper aux Bonapartes ou aux radicaux. Qui donc oserait, en y réfléchissant, assumer une pareille responsabilité? Qui donc, à moins d'être un journaliste, oserait dire : Il faut sortir de l'état actuel à tout prix, même par le socialisme? Non, un honnête homme ne peut prendre un pareil parti. Sans doute, l'état actuel est bien difficile, précaire; sans doute le vote des lois constitutionnelles, c'est-à-dire l'organisation du septennat, n'est pas une solution de nature à guérir complètement le pays, à lui rendre définitivement la stabilité, la grandeur; c'est, du moins, un moyen de garantir la France du double péril du radicalisme et du bonapartisme; c'est reculer au moins leurs chances; c'est le moyen, en prolongeant la trêve des partis, de garder la majorité unie, de conserver le pouvoir entre ses mains; c'est le moyen de gagner du temps, et le temps seul peut apaiser les esprits et rendre possible ce qui ne l'est pas aujourd'hui (1).

(1) « Vous faites, cher ami, écrivait, le 25 avril, le duc Decazes, grand acte de sagesse en prêchant nos amis. Je suis loin d'être rassuré sur leurs dispositions. On me dit qu'ils nous demandent l'ajournement des lois constitutionnelles. Les impressions que j'ai recueillies en province, pas plus que celles que j'avais laissées et

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