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L'EUROPE ET NOS DIVISIONS INTÉRIEURES

Dans une lettre datée du 7 mai, et adressée au marquis de Juigné, M. de Gontaut insistait sur un autre point non moins grave, l'opinion des puissances étrangères. « Si je parle de celui-là avec une certaine confiance, c'est que le devoir de mon métier est d'y faire grande attention. Tout pays, quelque puissant qu'il soit, a besoin d'alliances, soit pour l'heureuse issue d'une guerre, soit pour garantir la paix. Ce que je dis là doit être bien vrai, à voir les efforts du prince de Bismarck pour nous isoler en Europe. Il est certain que les désastres de 1870 ont été de telle nature que nous ne pouvons conclure de traités d'alliance avant un temps probablement assez éloigné; mais nous devons faire tous nos efforts pour nous mettre à même d'atteindre ce but. Or, ces efforts doivent porter sur deux points : réorganisation intérieure et politique extérieure.

« Pour ce qui est du dernier, l'Europe entière commence à nous rendre justice; elle reconnaît que notre conduite est très sage, très prudente, très modérée, en un mot, très correcte. Mais l'Europe dit que nous sommes divisés et que plus nous allons, plus la désunion augmente, et elle croit que nous ne faisons pas ce qu'il faut pour nous mettre d'ac-

que je retrouve ici, ne me paraissent de nature à autoriser un pareil sacrifice de nos convictions.

« Le pouvoir exécutif n'existe pas, et la France affolée, cherchant en vain un gouvernement et un drapeau, est à la merci de toutes les aventures. Le pouvoir exécutif n'existe pas, car, restant à la merci d'une souveraineté permanente, irresponsable, anonyme, fractionnée et divisée, il ne peut s'affirmer sans brisement, fonctionner sans mettre en péril sa vie même. Voici trois ans que nous faisons l'épreuve de cette forme de gouvernement sans institutions propres, n'ayant d'autre raison d'être que sa dépendance même et construit de telle sorte que son impuissance est la condition fatale de sa puissance nominale. La France le voit, la France le sent; elle proteste. En vérité, mon cher ami, on protesterait à moins. Il faut que cela finisse... Il faut que le pouvoir exécutif soit indépendant de l'Assemblée, qu'il ait ses institutions propres, qu'il ne soit pas à la merci d'une surprise d'audience. Il ne faut pas que la France se couche chaque soir sans savoir si elle aura un lendemain... »

cord; et, chose triste à dire, si elle redoute les radicaux, les conservateurs ne lui inspirent pas confiance. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, elle ne se rend pas compte de ce qu'après avoir donné, le 19 novembre, un pouvoir de sept ans au maréchal de Mac-Mahon, ils se refusent à l'organiser et à le fortifier. Elle nous trouve inconséquents; elle nous croirait volontiers ingouvernables. Dans tous les cas, elle nous dit : Vous n'avez pas de gouvernement dans le vrai sens du mot; vous êtes dans une situation indéfinie, vous n'êtes pas quelqu'un. Gomment voulez-vous reprendre en Europe la situation qui appartient à la France, et comment voulez-vous que nous traitions avec vous? « Tout cela, les uns me le disent en toutes lettres, les autres me le donnent à entendre. Ceux qui me- tiennent ce langage sont des hommes qui ont une position officielle ou qui, en étant en dehors des affaires, sont des gens très sérieux. Le secrétaire d'Etat pour les affaires étrangères d'Allemagne me le fait comprendre, sans trop s'en plaindre peut-être, et de plus hauts que lui me l'ont dit également, il y a peu de jours encore, et avec un accent de sincérité moins affecté que vous ne le croirez probablement. D'autres encore me l'ont dit, et ceux-là en le regrettant réellement : ainsi, le prince Gortchakoff m'a entretenu dans ce sens, à Pétersbourg, et à Berlin la semaine passée, ajoutant que, tout en n'ayant rien à voir au choix que nous ferions, toute organisation intérieure donnant des garanties d'ordre sesait sympathique à la Russie (1). Je crois pouvoir vous assurer qu'à Vienne on parle de même et qu'à Londres on le pense aussi. Partout on s'étonne que nous ayons une conduite aussi peu politique... Nous réjouissons les uns, nous affligeons les autres, et nous perdons notre considération vis-à-vis de tous... »

(1) « Sortez de ces divisions, avait dit le chancelier russe, de cette situation indéfinie; donnez confiance en vous. »

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