‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 114 sur 178 · NECESSITE D'UN GOUVERNEMENT DEFINI · texte numérisé non relu

NECESSITE D'UN GOUVERNEMENT DEFINI

Les gouvernements étrangers ont accepté très volontiers le maréchal de Mac-Màhon, dont la sagesse et la modération leur inspirent confiance. Le jour où nous aurons organisé et fortifié son pouvoir, en votant les lois constitutionnelles, « nous aurons pris à leurs yeux une assiette qu'ils ne nous reconnaissent pas aujourd'hui et nous serons rentrés dans le concert européen... Les puissances bien disposées pour nous le deviendront davantage, et celles qui ne le sont pas, en supposant que nous persistions dans une politique extérieure très modérée et très prudente, hésiteront grandement à nous provoquer à de nouvelles luttes dont l'Europe ne veut pas. Si nous ajournons ce vote, attendonsnous à voir se ralentir et s'arrêter ce mouvement d'intérêt qui se manifeste pour la France...

« Est-il possible de ne pas tenir grand compte de ce point de vue de l'étranger? Permettez-moi de vous le recommander fortement, comme un des éléments les plus utiles de vos résolutions... »

A ces sages conseils, M. de Gontaut joignait une critique sévère de la polémique menée par une partie des journaux conservateurs. « Les principes! Voilà ce que Y Union, V Univers, la Gazette même, n'osant pas abandonner les intransigeants de la droite, défendent, soutiennent avec une âcreté, une morgue, un esprit absolu qui sont faits pour dégoûter les gens, si nombreux hélas! en France, qui n'ont plus la religion des principes et qu'il faudrait au moins essayer de ramener par les données de l'expérience et de la raison à de saines doctrines politiques. C'est beau, c'est utile, d'avoir des principes. Mais enfin, je prends la liberté de retourner ce mot de l'Evangile et de dire : L'homme vit aussi de pain. Si nous ne pouvons faire reconnaître tous les principes que nous jugeons utiles à l'organisation du gouvernement, faut-il pour cela abandonner, la société? A quoi bon mettre sans cesse en présence, à un point de vue théorique et philosophique, les

principes du droit divin et ceux de la Révolution, sinon à pousser les Français qui, en immense majorité, ont de l'éloignement, des préjugés, si vous voulez, pour la légitimité, à se ranger du côté de la Révolution? Laissons donc de côté, pour le moment, ces discussions irritantes et tâchons de tirer le plus de bien possible des dispositions des conservateurs et même de ceux qui en sont le moins éloignés. »

Des témoignages recueillis par d'autres personnes que M. de Gontaut confirmaient les assertions de l'ambassadeur sur les jugements provoqués à l'étranger par notre politique intérieure. Voici en quels termes le prince Gortchakoff résumait la situation, au mois de mai, devant un ancien diplomate français qui avait rapporté ces propos au duc Decazes : « M. Thiers n'est plus possible. Je ne le regrette pas, malgré le goût que j'ai pour lui. Il a toutes les supériorités, moins celle de l'esprit de gouvernement. Sa république n'existe pas. Il n'y en a qu'une, celle des ardents.

« Le comte de Ghambord ne veut ni régner, ni abdiquer. Il reste comme un obstacle qui obstrue la voie et ferme la porte au comte de Paris qui paraît avoir toutes les qualités que l'on pourrait vous désirer.

« L'Empire n'a qu'un homme à cette heure : le prince Napoléon...

« Le gouvernement du maréchal de Mac-Mahon est la seule chose possible. Depuis le 24 mai, il avait conquis une véritable force morale dont nous nous servions nousmêmes dans votre intérêt. Elle est compromise aujourd'hui; mais le mal peut être réparé si les partis veulent désarmer. Prudence au dehors, apaisement au dedans, voilà le conseil que peut vous donner votre meilleur ami. »

Même langage du comte Schouwalofï au duc Decazes : « On a beaucoup répété que l'Empereur est légitimiste. En principe, cela est vrai. Mais il reconnaît, autant qu'il

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