LES VOEUX DE BISMARCK POUR LA FRANCE
les déplore, les fautes et les erreurs du comte de Chambord et il sait que ce prince a rendu la restauration impossible. Sa Majesté est donc franchement septennaliste, comme vous dites ici... L'Empereur est resté profondément convaincu que la forme républicaine ne peut rendre à la France sa force et sa prospérité, et il veut une France forte et prospère... Il a une grande estime et une grande confiance dans le Maréchal. Il fait des vœux ardents pour son succès et pour celui de son gouvernement avec les conservateurs. »
Enfin, l'empereur d'Allemagne lui-même, au dire de M. de Gontaut, était très porté pour le septennat du Maréchal. Il souhaitait que l'Assemblée ne tardât pas à organiser ses pouvoirs et ne s'exprimait jamais sur son compte qu'en termes excellents.
Les avis de M. de Gontaut ne convainquirent pas les députés de l'extrême droite. Par suite de leur intransigeance, le régime tardivement institué au mois de février 1875 se trouva beaucoup moins propre encore à les satisfaire que s'ils eussent consenti à discuter et à voter plus tôt les lois constitutionnelles. Tout le temps qu'ils perdirent profita à leurs adversaires, comme l'avait prédit M. de Gontaut.
Lorsqu'à la fin de l'année 1875, l'Assemblée nationale se fut déclarée dissoute, le pays procéda à l'élection des deux Chambres, qui, suivant la constitution nouvelle, étaient destinées à lui succéder. Ce grave événement n'était point fait pour diminuer l'intérêt que, depuis la guerre, l'Allemagne n'avait cessé de montrer pour notre politique intérieure. On sait de quel côté, sous l'impulsion du prince de Bismarck, se portaient ses sympathies et ses encouragements. Ceux-ci n'avaient jamais varié dans leurs tendances, et la grande pensée à laquelle ils étaient subordonnés demeurait toujours aussi forte et aussi dominante : c'était la haine ou la peur de « l'ultramontanisme ». Tout
ce qui, à tort ou à raison, pouvait faire croire à un réveil ou à un accroissement de puissance du cléricalisme en France, devenait, par cela même, l'objet des antipathies du gouvernement allemand, comme tout ce qui paraissait de nature à affaiblir le cléricalisme était, immanquablement, assuré de ses faveurs et de son appui.
A cette préoccupation essentielle, s'en ajoutait une autre, chez le Chancelier, que les révélations du procès d'Arnim avaient, au mois de décembre 1874, rendue publique et dont les Mémoires du prince de Hohenlohe viennent d'attester à nouveau l'existence : le prince de Bismarck souhaitait ardemment pour la France le régime qu'il supposait le plus propre à empêcher ce pays de relever ses forces à l'intérieur et de contracter à l'extérieur des alliances. C'est le régime républicain, qui, outre ses tendances anticléricales, semblait au Chancelier le plus apte à maintenir en France une longue et rassurante période de faiblesse.
Il n'est donc point étonnant que l'Allemagne ait apporté une attention toute particulière aux derniers actes de l'Assemblée nationale, qui venait de se dissoudre le 31 décembre 1875, et notamment à l'institution de la république votée le 25 février. Elle attendit ensuite avec impatience que les nouvelles élections législatives, fixées au mois de février 1876, pour la composition d'une nouvelle Chambre, lui fissent connaître en quel sens le pays se serait prononcé. On sait qu'il en sortit une forte majorité républicaine. Seules les élections sénatoriales avaient produit une assez faible majorité conservatrice.
C'était l'habitude de M. de Gontaut de noter avec une scrupuleuse exactitude les impressions produites à Berlin par les événements de notre politique intérieure et d'en informer son ministre. La tâche lui fut, cette fois, d'autant plus facile que ces impressions se firent jour, en Allemagne, dans la presse et dans les conversations, avec une grande netteté e\ un accord presque complet.