L'ALLEMAGNE ET LES ELECTIONS DE
Dès le 26 février, avant même que les élections complémentaires eussent eu lieu, il pouvait écrire au ministre que les journaux allemands, sans exception, ressentaient et exprimaient une grande satisfaction du résultat. « Ce qui les frappe, disait-il, au point de leur faire passer tout le reste sous silence, c'est la défaite du cléricalisme, de ce spectre noir qu'ils ont toujours devant les yeux et que les hommes d'Etat allemands s'efforcent de représenter comme un objet d'épouvante, aussi bien pour les pays étrangers que dans leur patrie. A cet égard, les professions de foi des députés républicains, modérés ou radicaux, les rassurent complètement et ils applaudissent au triomphe de ceux-ci sur les candidats conservateurs de toute nuance. Pour être juste, il convient d'ajouter qu'ils enregistrent également avec une satisfaction très naturelle les déclarations pacifiques que tous les républicains ont été assez bien inspirés pour insérer dans leurs circulaires.
« Le maintien de la paix et l'anéantissement du cléricalisme, c'est là, disent-ils, ce que leur promet le parti républicain devenu prépondérant... »
Il n'y avait pas bien longtemps encore que le nom de Gambetta était pour eux synonyme de revanche et de désorganisation sociale. Il en était de même de ceux de MM. Lockroy et Floquet. On les comptait maintenant avec une sorte d'orgueil parmi les adeptes du Kulturkampf. La Gazette de V Allemagne du Nord les citait avec éloges et assurait qu'ils avaient su acquérir l'estime de l'Europe. La Post qui, l'année précédente, avait jeté un si fameux cri d'alarme, déclarait que la France ne voulait qu'une chose : la paix. Le Moniteur de V Empire publiait in extenso un discours de Gambetta à Lyon. Bref, on prodiguait à la France des compliments chaleureux et des assurances toutes nouvelles de sympathie.
Cependant la joie qui accueillait l'avènement des républicains au pouvoir n'était pas tout à fait sans mélange.
Leur caractère anticlérical ne parvenait pas, chez un certain nombre d'entre eux, à masquer complètement des tendances jugées trop radicales ou révolutionnaires. On ne voulait pas des radicaux, assurait M. de Gontaut, mais on n'eût pas été fâché que d'autres fissent la même besogne au point de vue religieux. Les différents organes de la presse allemande s'accordaient donc à conseiller à leurs récents amis beaucoup de sagesse et de modération. Ils blâmaient la République française de s'être montrée hostile au nouveau cabinet présidé par M. Dufaure et constitué le 9 mars.
La déclaration ministérielle avait trouvé en Allemagne le meilleur accueil. On en avait fait ressortir le caractère éminemment conservateur et pacifique. La Gazette de V Allemagne du Nord y trouvait la preuve que la France républicaine se croyait tenue de défendre solidairement avec les autres puissances européennes les bases de la société, et qu'elle combattrait comme elles l'esprit de désordre qui s'agitait partout. « Ce n'est, écrivait la Gazette de Cologne, que dans de rares et brillants moments de son histoire moderne que la France a entendu prononcer des paroles aussi modérées. »
Mais la partie du programme ministériel qui rencontrait, dans la plupart des journaux comme dans l'opinion publique, la plus complète approbation, était celle qui annonçait la revision de la loi sur l'enseignement supérieur (1). Ce qui frappait surtout la Correspondance provinciale, c'est que l'ultramontanisme ne possédait plus dans la nouvelle Chambre la prédominance qu'il avait toujours
(1) Loi du 12 juillet 1875 proclamant la liberté de l'enseignement supérieur et permettant la création d'universités libres. — M. Waddington, ministre de l'instruction publique, déposa, le 23 mars, un projet de loi conforme à la déclaration ministérielle et enlevant aux universités libres 'a collation des grades. Adopté par la Chambre le 7 juin, ce projet est repoussé par le Sénat.