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NOUVEL INCIDENT FRANCO-ALLEMAND

de nos préparatifs de guerre, d'achats de farines et de chevaux. Le 24 janvier, M. de Gontaut télégraphiait : « La Post signale, d'après la Gazette de Brtslau, l'existence d'une grande conspiration orléaniste dont le gouvernement allemand aurait les preuves matérielles entre les mains. La conspiration aurait des ramifications dans l'armée, dans la marine, et jusque parmi des personnages du gouvernement abusant de la confiance du maréchal Président. Elle aurait pour but de sacrifier la paix de l'Europe et appuierait ses plans sur la guerre en Orient. » De son côté la Gazette nationale affirmait que les attaques de la presse cachaient une raison profonde qui aurait motivé une communication de l'ambassadeur d'Allemagne au gouvernement français.

Le mobile principal de cette campagne, dans l'opinion de M. de Gontaut, aurait été « la crainte d'une alliance présente ou future entre la France et la Russie. On retrouve cette pensée dans presque tous les articles écrits contre nous. Elle hante perpétuellement les esprits des hommes politiques de l'Allemagne; elle les tient en alarme et certainement elle n'a pas été étrangère à l'attitude prise par le Chancelier depuis le commencement de la crise orientale. »

Quelques jours plus tard, le 27 janvier, l'ambassadeur constate que le calme revient. « Il est vrai que des officiers ont parlé de guerre contre la France; mais j'entends ordinairement les mêmes paroles quand il y a une polémique entre les journaux des deux pays, ou bien quand le gouvernement allemand va présenter au Parlement quelque projet de loi difficile à lui faire avaler.

« Ce qui est plus sérieux, c'est l'opinion du chargé d'affaires de Turquie et celle du premier secrétaire d'ambassade d'Angleterre, au sujet des visées de l'Allemagne. Chacun de ces deux messieurs, séparément, a dit à nos secrétaires qu'il croyait savoir que l'Allemagne poussait la

Russie à la guerre et que ces conseils cachaient de mauvais desseins contre la France. »

Sur ces mauvais desseins du Chancelier, le duc Decazes recueillait, de son côté, des avertissements semblables. L'un d'eux venait de Lord Derby lui-même. « J'ai besoin, disait-il au marquis d'Harcourt, de vous prévenir très confidentiellement que tous les renseignements qui me parviennent tendent à prouver que l'Allemagne regarde la guerre comme prochainement inévitable et qu'elle la désire.

— Entendez-vous seulement, lui demandait son interlocuteur, que le gouvernement allemand juge la guerre certaine entre la Russie et la Porte, ou bien qu'il croit à une lutte prochaine qui ne se bornerait pas à ces deux puissances, mais s'étendrait davantage et envelopperait notre propre pays? »

Lord Derby, sans répondre directement à cette question, avait ajouté : « Je dois vous dire aussi que l'Allemagne nous fait faire, de plusieurs côtés et avec insistance, des insinuations pour nous engager à nous emparer de l'Egypte. Je vous ai déjà dit et je vous répète encore que nous n'y avons jamais songé. »

Notre ambassadeur à Londres recevait, en outre, d'un Anglais la lettre suivante :

« Juste avant de quitter Paris, j'ai rencontré un ami qui est très au courant de tout ce qui se passe en Allemagne et dont jusqu'ici j'ai toujours trouvé les renseignements exacts. Il me parla du ton présentement inquiétant de certains journaux allemands plus ou moins « inspirés » d'en haut ei me dit que, dans la dernière circonstance, où l'attention Vie l'Europe fut éveillée de la même manière, les chefs militaires prussiens ont prié le prince de Bismarck de rester tranquille jusqu'en 1877, pour ce motif qu'à ce moment leur armée et toute leur organisation militaire se trouveraient amenés à un état de perfection.

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