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AVERTISSEMENTS INQUIÉTANTS

« Bismarck est maintenant irrité au delà de toute mesure de ce que la conférence s'est terminée sans amener de sérieuses dissensions parmi la plupart des puissances européennes;

« Du nombre de voix récemment obtenues en Allemagne par les socialistes, dont il considère Paris comme le quartier général;

« Du succès présumé de votre Exposition de 1878.

« Pour ma part, je crois que ses extraordinaires succès, joints à une douloureuse maladie, sont en train de lui tourner la tête, et je ne serais nullement surpris qu'il dût finir dans une maison de fous. En tout cas, nous pouvons être sûrs d'une chose : tant qu'il sera aux affaires, il n'y aura pas de paix assurée en Europe.

« Vous savez tout cela probablement depuis longtemps; mais je crois que nul de nous ne peut être trop averti quand nous considérons l'état présent des choses.

« ... J'écris en anglais pour être bien sûr d'exprimer exactement ce que je veux dire.

« Croyez-moi toujours sincèrement vôtre. »

Un peu plus tard, dans les premiers jours de mars, le général Ignatieff disait à Berlin au premier secrétaire de notre ambassade « que la France avait grand intérêt à faciliter en ce moment l'entente sur les affaires d'Orient et à peser sur le cabinet de Londres, que le prince de Bismarck se montrait préoccupé des armements français, tenait un langage nerve ux sur cette question, qu'il prétendait notamment que le développement de notre cavalerie dans les départements de l'Est a pour but d'occuper rapidement l'Alsace et d'y empêcher la concentration de l'armée allemande. »

Et c'était, enfin, au mois d'avril, un discours du maréchal de Moltke au Reichstag, appelant l'attention sérieuse de l'Allemagne sur ces mêmes armements de la France. Sans doute, l'on considérait son langage comme intention-

nellement exagéré dans l'intention d'obtenir du Parlement le vote des fonds nécessaires à une augmentation projetée du nombre des capitaines. Mais la Post et la Gazette nationale, tout en affirmant les tendances pacifiques du maréchal de Moltke, insistaient sur l'opportunité d'un échange d'explications entre les gouvernements français et allemand au sujet de nos mesures militaires et sur la nécessité de faire ainsi disparaître entre les deux pays des défiances qui pourraient finir par compromettre leurs bons rapports.

Ainsi les rumeurs alarmantes circulaient autour du duc Decazes et maintenaient sa pensée constamment tendue vers celui qu'elles représentaient, au fond de sa retraite de Varzin, élaborant ses mystérieuses et machiavéliques combinaisons. Le ministre croyait toujours sentir comme un réseau d'intrigues invisible qui lentement se refermait sur lui. « Nous devons toujours surveiller ce sphinx, lui écrivait M. de Gontaut, capable de prendre les formes les plus terribles à son jour. C'est une menace vivante pour toute l'Europe. »

Les malveillantes dispositions du prince de Bismarck pour la France ne pouvaient que s'accroître quand éclata la célèbre crise du Seize-Mai, dans laquelle l'Allemagne voulut voir un retour offensif du « cléricalisme ». On sait comment, à cette date, le Maréchal crut devoir congédier le ministère Jules Simon, en qui il ne pensait plus trouver un point d'appui suffisant pour résister aux empiétements de la gauche radicale. On connaît également les événements qui suivirent : la formation d'un ministère présidé par le duc de Broglie, la dissolution de la Chambre prononcée avec l'assentiment du Sénat, l'ardente lutte électorale qui se termina au mois d'octobre par le renvoi à la Chambre d'une majorité républicaine très peu diminuée.

L'appui que la coalition des gauches rencontra, au cours de cette lutte, à l'étranger et particulièrement en Allemagne, est un fait établi. M. le vicomte de Meaux l'a récem-

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