‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 13 sur 178 · LE CHANCELIER INSISTE · texte numérisé non relu

LE CHANCELIER INSISTE

« suis chargé de vous faire les déclarations les plus pacifi- « ques. »

« Toute idée de guerre, me répondit-il, est bien loin de « nous. Quel profit en pourrions-nous tirer? Par la paix que « nous avons signée avec vous en 1871, nous avons pris « toutes nos précautions et peut-être même au delà. « Comment un homme d'Etat lancerait-il son pays de « gaieté de cœur dans la guerre, surtout lorsqu'on « a vu comme moi tous les malheurs d'une guerre, « même pour le vainqueur? Après 1866, on m'a souvent « pressé de me déclarer contre vous, on me disait que la « France, froissée dans son orgueil, nous imposerait un « jour la guerre. J'ai toujours cherché à la reculer le plus « possible et j'ai répondu : Nous la subirons, mais nous ne « la déclarerons pas. Vous savez qui en a été la cause. Et, « à ce propos, je tiens à vous parler des bruits qui courent « dans les journaux français et même dans des correspon- « dances de nos journaux. On me représente comme con- « seillant à l'Empereur de rechercher une guerre contre « vous, à titre de dérivatif à nos embarras intérieurs, « comme travaillant à envenimer les relations entre les « deux peuples. C'est absolument faux. Je ne m'arrête pas « seulement à vous dire que ce serait de mauvaise poli- « tique et que je me sens sûr de vaincre les résistances « intérieures dans l'empire, sans avoir recours à un « pareil moyen ; je vous déclare que je considérerais « comme un acte malhonnête toute tentative pour porter « la guerre chez autrui, afin d'échapper aux difficultés « chez soi.

« Enfin, me dit le prince en terminant et en revenant « une dernière fois sur l'objet de notre entretien, je ne vous « presse pas de prendre une détermination, mais vous feriez « un acte utile pour nos relations si vous appeliez comme « d'abus, sinon contre tous les évêques qui ont écrit des « mandements sur la persécution religieuse en Allemagne,

« du moins contre l'évêque de Nîmes. C'est lui qui a le plus « gravement outragé l'Empereur et c'est à lui que je limite « mon observation. Si vous ne vous y décidez pas, nous « intenterons une poursuite directe devant vos tribunaux. « Veuillez mander ceci à votre gouvernement, dites-lui que « je vous parlerai toujours sincèrement de tout ce qui me « paraîtra contenir une menace même lointaine entre nos « deux pays. Lorsque tout ce que je vous ai dit aura été « mûri et examiné dans vos conseils, vous me direz ce qui « aura été résolu. »

Avant de quitter le Chancelier, M. de Gontaut faisait un dernier effort pour lui démontrer les inconvénients et les périls de sa manière de voir et de ses exigences. « Je dois reconnaître, concluait-il, que le prince de Bismarck, malgré beaucoup de courtoisie et surtout une sérénité que je lui ai vue rarement, ne m'a pas semblé très convaincu de la supériorité de mes arguments sur les siens. La seule concession qu'il ait faite a été de se contenter de la procédure contre le seul évêque de Nîmes, si le gouvernement français voulait recourir à l'appel comme d'abus... »

Des deux moyens de répression dont le prince de Bismarck voulait bien laisser le choix au gouvernement français, le duc Decazes n'hésitait pas à rejeter l'appel comme d'abus. C'était, suivant lui, à peu près le seul sacrifice que les amis du gouvernement ne lui eussent pas pardonné de faire à la paix générale. « Je ne méconnais pas, écrivait-il le 18 janvier à M. de Gontaut, les graves inconvénients, les périls même de l'action directe du gouvernement allemand, aux termes de la loi de 1819; ils sont très grands pour nous comme pour lui; pour lui, peut-être, plus que pour nous; mais ce mal-là, nous ne le choisissons pas, nous le subissons. Vous ferez de votre mieux pour en dissuader M. de Bismarck. S'il persiste jusqu'au bout, condamnés que nous serons à intervenir dans sa poursuite, nous le ferons de manière à en diminuer pour lui les ennuis, et c'est là le

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