BISMARCK ET LE SEIZE-MAI
ment exposé dans ses Souvenirs politiques (1) et les Mémoires du prince de Holenlohe viennent encore de le con-
(1) Sur les intelligences de Gambetta avec le prince de Bismarck, dont les lettres du comte Henckel de Donnersmarck, rappelées par M. de Meaux, établissent, au lendemain des élections, l'existence, nous relevons dans les notes de M. de Gontaut les deux passages suivants :
« Ems, 30 juin 1877. — ... X. est venu à moi ce matin se disant chargé d'une commission de M. W. actuellement à Ems. W. m'a fait exprimer ses regrets de ne pas me connaître, le désir qu'il en aurait, mais il ne le réalisera pas, car, comprenant la délicatesse de ma position, il craindrait de me compromettre. Il me fait dire qu'il sait sûrement que M. Gambetta est en communication avec la chancellerie allemande (ou le prince de Bismarck), d'où il est aisé d) conclure que la campagne contre le ministère français est ainsi menée d'accord entre eux. » Dans la lettre au duc Decazes où il transmettait cette confidence, M. de Gontaut désignait en toutes lettres M. Windthorst.
Conversation avec Lord Odo Russell : « Berlin, jeudi 20 décembre 1877. — ... Il m'a dit : « Il me paraît devenir de plus en plus évi- « dent que l'expérience de la république ne réussit pas en France. « Mais savez-vous, continua-t-il, ce que tous ici nous regardons « comme certain, à savoir que M. Gambetta est en relations depuis a longtemps déjà avec le prince de Bismarck? et il se sera certainece ment mêlé de vos élections. — Je m'en doutais, repris-je; cet été « même, un membre important du Parlement allemand me l'a fait « certifier par un ami intermédiaire. Comment pourrais-je en être « étonné, quand nous avons lu la polémique ardente de la presse « officieuse? » Et je lui ai fait observer combien l'intervention de la presse étrangère, en particulier de la presse allemande, avait été nuisible aux conservateurs et favorable aux républicains. Un tiers de leurs voix peut-être est dû à leur polémique, à leurs menaces et injures adressées aux conservateurs et à cette peur énorme du cléricalisme, pour l'exploitation de laquelle ils ont trouvé un tel concours dans la presse de gauche en France. Eh bien, n'étant plus aux affaires, je n'ai plus à employer un langage officiel et je déclare, comme homme privé, que j'ai toujours dit l'exacte vérité en affirmant ici que le cléricalisme était un fantôme, rien qu'un fantôme, et tout homme de bonne foi ayant vécu en France sera obligé de reconnaître qu'il n'y existe pas d'éléments pour un gouvernement clérical. M. le comte de Chambord fût-il sur le trône, il ne pourrait pas plus avoir une politique cléricale que le président de la République. « Je pense comme vous, m'a répondu Russell; cette crainte du cléricalisme est une pure imagination. »
firmer. Rapportant une conversation avec le Chancelier, l'ambassadeur écrit dans son journal, à la date du 6 septembre : « Pour commencer, nous parlâmes encore des élections en France, et Bismarck dit qu'il serait nécessaire, pendant les élections, de prendre encore une attitude quelque peu menaçante; toutefois, il n'était pas nécessaire que cela eût lieu à Paris, mais cela serait mis en scène de Berlin. L'Empereur rendait difficile l'exécution de la politique à suivre envers la France, car il se laissait toujours entraîner par Gontaut à mettre en avant la « solidarité des intérêts conservateurs », la vieille politique d'Arnim, au lieu de veiller à ce que la France reste incapable de former des alliances et désunie. »
La crainte de la guerre et l'assurance que la victoire des conservateurs aux élections prochaines en serait le signal, tel fut un des sentiments dont bénéficia l'opposition. Ce sentiment fut entretenu avec soin par la presse dévouée aux ordres du prince de Bismarck. La tactique consistait à représenter le nouveau ministère du duc de Broglie comme clérical ou prisonnier des cléricaux et comme infailliblement amené, s'il demeurait vainqueur et maître des destinées de la France, à déclarer la guerre à l'Italie pour le rétablissement du pouvoir temporel du Pape. En présence d'une pareille éventualité, on montrait l'Italie prenant déjà ses précautions et s'assurant par un traité d'alliance le concours de l'Allemagne. La lutte que le Chancelier poursuivait lui-même dans l'empire allemand contre le catholicisme ne pouvait que le disposer favorablement pour un parti dont le chef venait de pousser à la tribune de la Chambre son célèbre cr.\ de guerre : Le cléricalisme, voilà l'ennemi! C'est ainsi que la victoire de ce parti pouvait être avec assez d'apparence présentée comme le seul moyen d'éviter des complications internationales et de consolider la paix.
Ce qui rendait cette thèse particulièrement impressionnante, c'est le parfait ensemble avec lequel elle était