PRESSE RÉPUBLICAINE ET PRESSE ALLEMANDE
développée par les journaux de l'opposition en France et par ceux du prince de Bismarck. Les premiers ne manquaient pas de signaler cette concordance, à l'appui de leurs dires, en extrayant des seconds de nombreux passages où s'annonçaient, d'un ton plus ou moins menaçant, les graves événements qui pourraient surgir, si l'échec des cléricaux ne venait pas calmer les naturelles appréhensions de l'Allemagne et de l'Italie. En outre, certains catholiques trop zélés avaient tout fait, récemment, pour donner plus de vraisemblance et plus de poids aux craintes répandues par leurs adversaires. Des comités avaient colporté des pétitions où le Maréchal et les Chambres étaient priés « d'employer tous les moyens en leur pouvoir pour faire respecter l'indépendance du Saint-Père ». Un prélat fougueux et intransigeant, l'évêque de Nevers, dans une lettre adressée au président de la République et publiée par Y Univers, l'avait adjuré de « déclarer nettement qu'il n'acceptait aucune solidarité avec la révolution italienne ». En même temps, il avait invité les maires et juges de paix de son diocèse à se concerter avec lui pour « faire prévaloir, dans les divers conseils du pays, des convictions analogues » aux siennes.
Ces faits avaient provoqué à la Chambre de vifs débats, qu'avait terminés le vote d'un ordre du jour accepté par le ministère et l'invitant « pour réprimer cette agitation antipatriotique, à user des moyens légaux dont il dispose ». C'est à propos d'une loi sur la presse que survenait ensuite le renvoi de M. Jules Simon. Mais il était naturel de ne voir là qu'un prétexte et de rattacher cette mesure à l'attitude prise par le ministre lors de la discussion sur la question religieuse, quelques jours auparavant (1). Cela donnait
(1) Nous savons, d'ailleurs, qu'en fait, c'est après cette discussion, qui eut lieu le 4 mai, que le Maréchal prit la résolution de congédier M. Jules Simon, et qu'il ne consentit que sur les conseils du duc de Broglie à attendre une autre occasion.
quelque apparence à l'accusation portée contre le nouveau ministère de vouloir inaugurer une politique cléricale.
Les hommes qui le composaient s'étaient pourtant déjà trouvés au pouvoir et leur passé aurait pu suffire à les préserver de tout reproche de cléricalisme. C'étaient le duc de Broglie et M. de Fourtou, qui, dans l'incident des mandements d'évêques, avaient invité ceux-ci à modérer leur langage et frappé l' Univers d'une suspension de deux mois. Quant à notre politique extérieure, le fait qu'elle demeurait entre les mains du duc Decazes était la preuve certaine qu'elle ne cesserait pas d'être prudente et pacifique. Le ministre avait déjà donné à plusieurs reprises, et notamment par le rappel de VOrénoque, des gages suffisants de son intention de vivre en bons termes avec le gouvernement italien. Le programme du nouveau cabinet était présenté comme un programme de défense sociale. On ne prétendait qu'à sauver les grands principes et les intérêts traditionnels sur lesquels étaient fondées les sociétés et qu'on jugeait menacés par le radicalisme montant. La religion figurait, sans doute, au nombre de ces fondements qu'on estimait nécessaire de protéger; mais elle n'était pas le seul, et il n'était point question d'assurer à ses ministres une place prépondérante dans la direction politique du pays. C'eût été précisément le propre d'un gouvernement clérical et c'est de quoi le duc de Broglie et ses collègues se défendaient avec énergie.
On refusait, à Berlin, d'admettre ces distinctions. M. de Gontaut se heurtait à des méfiances qu'il s'épuisait en vain à détruire. Soit conviction sincère, soit mot d'ordre, il rencontrait partout la peur du cléricalisme. Le rôle qui lui incombait en cette circonstance, si pénible qu'il pût être, ne lui était pas nouveau. Ce n'était pas la première fois qu'il avait à réfuter cette accusation d'ultramontanisme portée contre le gouvernement français. On peut même dire que, depuis la chute de M. Thiers jusqu'à la fin de l'Assemblée