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LES DISPOSITIONS DE LA COUR DE BERLIN

recevait des réponses analogues. En vain s'efïorçait-il d'établir une distinction entre catholiques et cléricaux et de montrer les dangers grandissants du radicalisme, auxquels le Maréchal avait voulu s'opposer; M. de Bûlow l'écoutait sans mot dire, avec sa réserve habituelle, puis il répliquait simplement que la question du cléricalisme était bien faite pour rendre l'Allemagne attentive, qu'il existait un ennemi implacable de la paix en Europe et que cet ennemi c'était le Vatican, dont on connaissait le programme (1).

A la cour, l'attitude était plutôt hésitante. Il semble qu'on y ait eu quelque peine à choisir entre le radicalisme et 1' « ultramontanisme ». Les documents divers conservés par M. de Gontaut portent la trace de cette incertitude. Ils ne présentent plus la même concordance que ceux qui nous révèlent les sentiments de la chancellerie et ne témoignent pas d'une hostilité aussi déclarée contre les conservateurs. Il est vrai que le prince impérial, dans l'entrevue d'Ostende, avait laissé voir qu'il partageait les défiances répandues en Allemagne contre le ministère du Seize-Mai. L'affirmation énergique du comte de Paris, que tous les partis en France voulaient la paix, ne l'avait pas rassuré. Dans son opinion, le cabinet actuel, soutenu par les ultramontains, se trouverait incapable de résister à leurs exigences, lorsqu'ils réclameraient une guerre contre l'Italie pour le rétablissement du pouvoir temporel. Mais, chez l'Empereur et certaines personnes de son entourage, la crainte du radicalisme semble parfois l'emporter sur la crainte des cléricaux. On s'alarme plus facilement pour les intérêts conservateurs en péril. « La guerre, a dit à

(1) A Lord Odo Russell qui, revenant de Paris, aurait essayé de défendre le ministère du reproche de cléricalisme, le Chancelier aurait répondu qu'il n'était pas instruit de ce qui se passait en France, et que lui, Bismarck, avait des informations meilleures que les siennes.

quelqu'un l'Empereur, au mois de juin, est aujourd'hui entre Pultramontanisme et le radicalisme. Pour moi, je préfère beaucoup l'ultramontanisme. »

Au général d'Abzac, le souverain tient un langage excellent : « Dites bien au maréchal de Mae-Mahon que j'ai compris et approuvé le Seize-Mai, que j'ai la certitude que j'aurai toujours avec lui les relations les meilleures, que j'ai été tout à fait touché du tact exquis qu'il a su mettre en m'envoyant Gontaut me complimenter à Metz, mission très délicate, dont nul autre que son ambassadeur auprès de moi ne pouvait être chargé (1). Donnez-lui, de ma part, les assurances les plus pacifiques et dites-lui que, quel que soit le résultat des élections, il faut qu'il reste à son poste. Nous n'avons qu'un ennemi qui doit nous être commun : le radicalisme; nous avons le même intérêt à le combattre. Qu'il n'ait nulle inquiétude au sujet de l'envoi de troupes en Alsace-Lorraine : ce mouvement se borne à l'envoi à Metz du régiment d'infanterie actuellement stationné à Wissembourg et plus tard à l'envoi d'une brigade de cavalerie. »

« Radowitz, ajoutait le général d'Abzac, avec qui j'ai longuement causé, ne m'a point caché la terreur que le parti clérical inspire au Chancelier. « Avec Gambetta, me « disait-il, nous sommes sûrs que le parti clérical sera « sans pouvoir; avec le maréchal de Mac-Mahon, nous « craignons que ce parti ne vienne à le dominer et à le « pousser à la guerre. C'est pourquoi nous nous tenons « sur nos gardes... Entre nous et les cléricaux, il y a « une guerre à mort. » En résumé, à la cour, tout le monde est hautement et franchement pour le maréchal de Mac- Mahon; chez le Chancelier, l'on n'est préoccupé que d'une seule chose, de l'influence que peut prendre en France le parti clérical sur le pouvoir. »

(1) Sur cette mission, voir plus bas, pp. 328-329.

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