‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 133 sur 178 · SENTIMENTS PACIFIQUES DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

SENTIMENTS PACIFIQUES DE L'EMPEREUR

mère de Bavière, laquelle a écrit à l'Empereur pour la lui annoncer. En s'entretenant de cet événement et des conversions remarquables qui ont eu lieu récemment en Angleterre, il disait ne pouvoir plus comprendre les conversions au catholicisme, lorsqu'il était devenu si clair que cette religion n'avait qu'un but : envahir tous les droits civils. »

En ce qui touche la politique extérieure et notamment les relations de l'Allemagne avec la France, l'Empereur apparaît, dans la correspondance et les notes de M. de Gontaut, sincèrement et profondément pacifique. Des nombreuses conversations qu'il échange avec notre ambassadeur sur les affaires d'Orient, il résulte qu'il est avant tout soucieux d'éviter la guerre, puis d'en prévenir l'extension en Europe, lorsqu'elle finit par éclater entre la Porte et la Russie. Il ne cache pas à M. de Gontaut les inquiétudes que lui cause la tournure prise par les événements. Il blâme très vivement l'attitude de l'Angleterre et rejette sur cette puissance la plus grosse part des responsabilités. Beaucoup de diplomates se demandent si le prince de Bismarck ne travaille pas à envenimer les choses et à rendre la guerre inévitable en Orient, afin de se ménager les coudées franches en Occident. Mais personne n'associe le souverain à ces calculs et ne met en doute son désir de conserver la paix. Il exprime volontiers ce désir devant le corps diplomatique assemblé. Parfois même il redoute de paraître provocant à l'égard de la France. Les Mémoires du prince Clovis de Hohenlohe nous le montrent, avons-nous vu, en 1874, en désaccord avec le Chancelier sur une phrase d'un discours d'ouverture au Reichstag, qu'il juge trop agressive. On voit également dans ces Mémoires, au printemps de 1877, le prince de Bismarck mécontent de son maître, qui hésite à augmenter ses troupes à la frontière par crainte d'alarmer inutilement la France. Le maréchal de Moltke prononce au Reichstag un discours en faveur du projet. Le souverain

cède; mais, dans une conversation avec M. de Gontaut, il semble désireux d'enlever à cette mesure toute apparence d'hostilité. « Nous n'avons pas, dit-il, assez de soldats en Alsace-Lorraine, en comparaison des brillantes et nombreuses troupes que vous entretenez de l'autre côté de la frontière. Avant de prendre aucune résolution, j'ai voulu m'assurer par moi-même de l'état des choses et j'ai cru nécessaire de donner des ordres pour faire venir dans ces contrées une nouvelle division d'infanterie. D'ailleurs, nous avons élevé des fortifications à Strasbourg et dans d'autres parties du pays, et il faut du monde pour les occuper (1). »

Au nombre de ces manifestations provocantes que l'Empereur cherche à éviter, les moins graves ne sont pas les polémiques de presse. Celles des journaux allemands sont particulièrement âpres et le souverain les déplore souvent devant M. de Gontaut. « Encore les journaux! c'est odieux! » s'écrie-t-il. On l'a vu s'indigner de la campagne menée après le Seize-Mai contre le gouvernement français et demander qu'on l'arrête. Il ne veut plus de guerre de son vivant. Une personne qui le connaît beaucoup, et qui peut causer avec lui très librement, lui dit un jour que, dans l'intérêt de la paix, elle souhaite que l'empereur Alexandre II et lui vivent cent ans. En ce qui concerne le vieux souverain, le souhait semble très justifié.

Ces dispositions pacifiques, on les retrouve encore d'autant plus accentuées chez l'Impératrice qu'elle y joint une sympathie réelle pour la France. Elle est particulièrement sensible aux marques de courtoisie qui lui peuvent venir de notre gouvernement. « Je lui ai offert, écrit M. de Gontaut au duc Decazes le 11 octobre 1874, les compliments que le Maréchal m'avait chargé de lui transmettre — un peu à

(1) Voir, à ce sujet, les assurances encore plus nettes données par l'Empereur au général d'Abzac, p. 282.

Page 1