‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 137 sur 178 · BISMARCK ET L'IMPÉRATRICE · texte numérisé non relu

BISMARCK ET L'IMPÉRATRICE

On croit savoir que cette hostilité et les luttes d'influence entre la souveraine et le prince de Bismarck créent de fréquents dissentiments dans le ménage impérial. «L'Empereur, dans mon opinion, écrit M. de Gontaut, au mois d'octobre 1875, a fini petit à petit par partager les préjugés et les sentiments du Chancelier. Je crains même, à certains signes, que son hostilité contre la France, au moins contre les Français, n'ait fait des progrès. J'ai entendu dire cet été, je crois, par l'ambassadeur d'Angleterre, que le Chancelier recommençait à craindre l'influence de l'Impératrice sur son mari. Il paraît certain, effectivement,... qu'à l'annonce des nouvelles lois religieuses qui décrétaient l'expulsion des ordres religieux, l'Impératrice rédigea un mémoire qu'elle remit au Roi. Celui-ci le trouva fort remarquable et il le fit lire au Chancelier qui en aurait été frappé également; ce qui n'empêcha pas le prince de Bismarck de persévérer dans ses résolutions et le Roi, malgré tout, même, dit-on, malgré les efforts de sa fille chérie, la grande-duchesse de Bade, de signer. »

On raconte aussi, mais sans rien pouvoir préciser, que l'Impératrice se serait plainte assez vivement à l'Empe-

fois la visite du comte d'Arnim, et voici quelques détails sur sa conversation : « Bismarck, a-t-il dit, est un démon. Je l'ai connu « dans sa jeunesse : il avait des accès de colère tels qu'on était « obligé de le tenir, de l'attacher. Il mourra probablement un jour « d'un accès de rage. Il perd l'Allemagne, il lui fait le plus grand « tort par ses persécutions religieuses. Ce n'est pas ainsi qu'il fallait « s'y prendre. Il fallait parler à Rome très haut, être très raide avec « elle, mais traiter à merveille les évêques et surtout ne restreindre « à aucun degré les libertés catholiques; tandis que la conduite du « gouvernement est celle de sauvages. »

« ... Il disait encore à L. : « J'espère que vous n'irez jamais en « Allemagne. Moi, je n'y rentrerai pas. » Et, mettant le doigt sur son front, il ajouta : « Bismarck est fou, tout à fait fou. Il est extraor- « dinaire que les puissances étrangères n'aient pas l'air de s'en aper- « cevoir. Savez- vous ce qu'il me disait un jour, en me parlant de « l'Impératrice? « &i je voulais, j'aurais le moyen de livrer l'Impé- « ratrice à la populace et de la faire écharper par elle ».

reur du fameux discours qui fut prononcé par le prince de Bismarck au Reichstag, au mois de février 1876, et dont nous avons parlé plus haut. L'Impératrice se serait aisément reconnue parmi ces personnes « haut placées » qui avaient contribué à répandre les bruits de guerre au printemps précédent.

« Il n'est personne, au reste, qui ne soit tout ébaubi du sans-façon avec lequel le Chancelier, le ministre des affaires étrangères d'Allemagne, a parlé de ces personnages haut placés qui lui sont hostiles et des diplomates qui ont péché en eau trouble. Lui seul peut dire en Europe de pareils propos... Je désirais connaître le sentiment de Karolyi, toujours porté à admirer Bismarck et à le soutenir. Il est convenu que des allégations telles que celles avancées par le Chancelier, au sujet des causes de l'incident belliqueux du printemps, et des allusions aussi transparentes n'auraient pu se trouver dans une autre bouche que cellelà. Sa puissance est immense, inébranlable, ajouta Karodyi, pour qu'il ait osé tenir un tel langage, contre lequel il sait que personne ne pourra et n'osera protester. Mais il ne l'approuvait pas pour cela. Comme tout le monde, il a reconnu l' Impératrice dans les personnes « haut placées qui se « donnent un rôle officieux pour lequel elles ne sont pas prépa- « rées, ou qui entretiennent des correspondances hostiles. » Il croit aussi que Bismarck a voulu désigner quelques personnes de la cour, et même la reine d'Angleterre. »

Le Chancelier ne parvient pas à jouir en paix du sentiment de sa toute-puissance. Il aime à se poser en victime et se croit volontiers entouré d'intrigues. On verra, dans le chapitre suivant, le rôle actif qu'il attribue, bien à tort, à M. de Gontaut, dans ces complots ourdis à la cour contre sa personne et sa politique. C'est à l'ambassadeur lui-même, qu'il confie un jour ses fatigues et ses dégoûts.

« Berlin, 8 décembre 1876. — Le prince de Bismarck s'est enfin décidé à venir chez moi; il en sort.

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