CHAPITRE VIII
La rancune du prince de Bismarck contre M. de Gontaut. — Première demande de rappel adressée au duc Decazes par le Chancelier. — Une campagne de presse en Allemagne contre l'ambassadeur. — Opinion de Lord Odo Russell. — Nouvelle demande de rappel; vive réplique du duc Decazes. — Les procédés du Chancelier et l'abnégation de M. de Gontaut. — Délicate mission de l'ambassadeur à Metz. — Les « intrigues » de M. de Gontaut. — Mesquine réclamation du Chancelier. — La cour multiplie les témoignages de bienveillance pour M. de Gontaut. — M. de Gontaut offre sa démission au duc Decazes. — La retraite du duc Decazes; le nouveau ministère impose à M. de Gontaut sa démission. — « Nous voulons être bien avec Bismarck. » — Les regrets du corps diplomatique à Berlin. — L'affliction de l'Empereur. — M. de Gontaut reçoit le grand cordon de l'Aigle noir. — Remise de ses lettres de rappel à l'Empereur. — M. de Gontaut chez M. de Biilow. — Derniers adieux à la famille impériale et au personnel de l'ambassade.
Le 23 décembre 1877, au moment où le Maréchal, en formant le ministère Dufaure, venait de « se soumettre » à la majorité républicaine, un Allemand fixé en France, le comte Henckel de Donnersmarck, écrivait au Chancelier :
« Avant-hier, Gambetta me fit parvenir, par une occasion sûre, la communication suivante :
« Au milieu de novembre, je lui avais exprimé mon sentiment personnel que le chancelier de l'empire allemand ne croirait jamais à la sincérité du gouvernement français à l'égard de l'Allemagne tant que sa politique extérieure
demeurerait en des mains cléricales et que Gontaut resterait ambassadeur à Berlin; il m'avait répondu alors qu'avant la fin de l'année ces obstacles auraient disparu. Le choix d'un protestant pour diriger la politique extérieure de la France, et le remplacement de Gontaut par Saint- Vallier, que Hohenlohe signale comme une personnalité sympathique et agréable à l'Allemagne, se sont produits depuis comme des manifestations du désir que la France éprouve de nouer de bons rapports avec l'Allemagne. Pourrait-on espérer, en retour, un témoignage officiel de sympathie à l'égard du gouvernement actuel, peut-être en ce qui concerne l'Exposition qui se prépare? Le principe de notre abstention fût-il même maintenu, une bonne parole à ce sujet serait très bien venue du ministère dans le moment présent.
« Je lui réponds aujourd'hui que je ne suis pas en mesure de me prononcer sur cette question, mais qu'en tout cas une attitude décidée contre Rome est le meilleur moyen d'arriver à de plus amples rapprochements... »
La réponse du prince de Bismarck débutait par cette explosion d'allégresse : « Le changement de l'ambassadeur de France m'a causé une joie extraordinaire. Si quelque chose pouvait développer chez nous la confiance dans les dispositions pacifiques de la France, c'est bien le rappel de Gontaut, qui avait noué d'étroites relations avec tous les éléments hostiles à l'Empire. »
Il n'est pas exagéré de dire que, parmi les conséquences des dernières élections françaises, ce rappel est une de celles dont le Chancelier s'applaudissait le plus.
Depuis sa déconvenue du printemps de 1875, il n'avait pas cessé de désirer le remplacement de l'ambassadeur de France et il n'était pas de persécutions mesquines ou de démarches officielles qu'il eût épargnées pour parvenir à son but. Enfin, ce but se trouvait atteint, et le cri de triomphe du Chancelier témoigne de la persévérance et de l'âpreté de