DÉMARCHE DU PRINCE DE HOHENLOHE
« Le peu de succès de ces différents projets a rendu le prince Chancelier de plus en plus inaccessible aux ambassadeurs accrédités à Berlin. Le comte Karolyi arrive assez facilement à le voir, mais c'est le seul. M. d'Oubril, M. Aristarchi ne sont pas mieux partagés que M. de Gontaut. Lord Odo Russell le voit très rarement. »1
Le temps s'écoulait et le Chancelier ne désarmait pas. On a lu plus haut le récit de la première entrevue que M. de Gontaut put avoir avec lui, sept mois après les graves événements du printemps de 1875. Au lendemain de cette entrevue, le prince de Bismarck faisait un nouvel effort auprès du duc Decazes pour obtenir le remplacement de l'ambassadeur.
« Au reçu de votre télégramme du 31 décembre, écrivait, le 10 janvier 1876, le ministre à M. de Gontaut, j'avais eu un moment l'espoir qu'une détente s'était produite dans les dispositions du Chancelier. J'ai perdu cette illusion avant même d'avoir reçu votre dépêche officielle et votre lettre particulière du 3 janvier (1).
« Le prince de Hohenlohe est venu, en effet, dans les premiers jours de la semaine dernière, m'entretenir de nouveau de ce triste sujet. 11 a commencé par me raconter la conversation qu'il avait eue avec le prince de Bismarck à son passage à Berlin. Il parcourait, en m'en faisant le récit, des notes prises par lui au sortir de son audience et j'avais remarqué en passant et relevé l'erreur et la confusion du prince sur l'époque de votre voyage à Saint-Pétersbourg. Le Chancelier vous attribuait à ce moment un langage hostile et méfiant qui n'avait aucune raison d'être. Mais là n'était pas le côté saillant de cet entretien. J'avais remarqué l'insistance avec laquelle il revenait sans cesse sur l'impossibilité où il se trouvait de causer avec vous à
(1) M. de Gontaut, dans cette dépêche et dans cette lettre, racontait en détail l'entrevue dont son télégramme n'avait pu rendre complètement ni exactement le caractère.
cœur ouvert ou même d'aborder avec quelque utilité les explications nécessaires. J'ai cru, à ce moment, pouvoir faire remarquer au prince de Hohenlohe qu'un récent télégramme venait de me prouver que ces explications étaient faciles entre le Chancelier et vous et j'ai exprimé l'espoir qu'elles venaient d'être efficaces. Hohenlohe m'a demandé alors si je savais quelques détails de cet entretien. Je me suis borné à des généralités, comme de juste, mais à des généralités dont je semblais faire état.
« C'est alors que l'ambassadeur s'est résigné à me donner lecture d'une dépêche qu'il venait de recevoir. Elle était partie de Berlin le 1er, mais portait la date du 30. Ce détail avait pour lui et pour moi un véritable intérêt, car il nous permettait de constater qu'elle avait été rédigée et signée avant votre entrevue, mais qu'après celle-ci on aurait eu le temps de surseoir à l'envoi de la note. Elle était singulièrement amère dans la forme et dans le fond. »
Après avoir énuméré les griefs formulés dans la dépêche contre une partie du personnel de l'ambassade, le duc Decazes continuait ainsi :
« De M. de Sayve, M. de Bulow passait par une transition facile à M. de Polignac et il arrivait enfin à l'ambassadeur lui-même qui cherchait à « continuer à Berlin les trace ditions de la cour de Catherine II et qui devrait savoir « cependant que jamais dans ce siècle on ne tolérerait de « pareilles attitudes, témoin l'Angleterre où les cabinets ne « s'accommoderaient pas de relations hostiles aux mi- « nistres entretenues par la Reine avec les ambassadeurs ». Puis, comme conclusion, il appelait ma plus sérieuse attention sur le désir qu'il chargeait M. de Hohenlohe de m'exprimer de n'avoir plus à suivre de relations avec vous (1).
(1) On peut mettre en regard de cette lettre du duc Decazes le récit fait par le prince de Holenlohe, dans ses Mémoires, à la date du 18 décembre 1875, de l'entretien qu'il avait eu ce jour-là avec le prince de Bismarck sur le même sujet. Les deux documents con-