‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 146 sur 178 · MISSION DELICATE A METZ · texte numérisé non relu

MISSION DELICATE A METZ

compliments à l'Empereur. « Quelque douloureuse que fût une pareille mission, — car il s'agissait d'aller saluer l'Empereur dans une ville que ses armes avaient arrachée à la France à peine six ans auparavant, — je n'ai pas cru, écrivait M. de Gontaut, pouvoir me dérober à l'accomplissement d'une tâche que le Maréchal et vous-même, monsieur le Duc, réclamiez de mon dévouement, au nom d'un sentiment que lui et vous exercez à toute heure, au nom du patriotisme. »

L'Empereur reçut M. de Gontaut le 9 mai. Il se montra extrêmement touché de cette démarche et surtout du tact avec lequel elle fut accomplie. La France, disait-il plus tard à quelqu'un, s'est tirée parfaitement de la situation. « On ne pouvait m'envoyer un militaire à Metz, c'était impossible. Il n'y avait qu'un homme possible, c'était l'ambassadeur à Berlin, et c'est lui précisément qu'on m'a envoyé. J'ai compris à merveille combien cette mission devait lui être pénible. Il s'est tiré de tout avec le plus grand tact. Je ne pouvais me dispenser de l'inviter à dîner, mais il a bien fait de refuser. Il a agi avec délicatesse et habileté en restant aussi peu de temps à Metz. Un séjour un peu prolongé de sa part dans cette ville pouvait provoquer des manifestations françaises. Il l'a senti et n'est resté que le temps strictement nécessaire. Je n'avais, du reste, prévenu personne de sa visite... »

Cependant les journaux avaient dénaturé cet entretien et attribué des propos à l'Empereur sur la politique intérieure de la France. Le prince de Bismarck avait voulu voir dans ce simple acte de courtoisie une nouvelle preuve de l'esprit d'intrigues qu'il prêtait à M. de Gontaut et de ses efforts pour amener le souverain à ses vues personnelles. En réalité, ni la politique de la France ni celle de l'Allemagne n'avaient été un seul instant l'objet de la conversation (1).

(1) Les notes personnelles rédigées par M. de Gontaut après cet

Après le télégramme de félicitations et la visite à Metz, ce fut le choix même des villes où M. de Gontaut séjournait que le prince de Bismarck prétendit critiquer. La tactique adoptée plus particulièrement après le 16 mai par la presse officieuse fut de représenter l'ambassadeur comme remplissant directement auprès de l'Empereur des missions spéciales et poursuivant celui-ci dans les villes d'eaux. Il aurait été chargé par les nouveaux ministres d'obtenir l'appui du souverain. On sait les vœux ardents que faisait le Chancelier pour leur échec, et l'on conçoit ses impatiences à la pensée des prétendues intrigues auxquelles se livrait, hors de sa présence, M. de Gontaut pour circonvenir l'Empereur (1).

entretien ne font aucune mention de la politique intérieure de la France.

(1) Dans le Times du 23 janvier"1878, le correspondant parisien de ce journal, jetant un regard rétrospectif sur les événements du Seize- Mai, décrivait, avec beaucoup de complaisance et non moins de fantaisie, le long et persévérant travail par lequel M. de Gontaut aurait circonvenu l'empereur d'Allemagne. Il montrait à Berlin deux courants d'opinion : l'un à la cour, l'autre à la chancellerie. La cour avait été préparée de loin à la crise du Seize-Mai par l'ambassadeur de France, habile à agiter devant elle le spectre de la démagogie. Tandis que le prince de Bismarck, sauvegardé par sa propre perspicacité, l'éloignement où il tenait M. de Gontaut et les rapports de M. de Hohenlohe, appréciait avec équité le parti républicain, celui-ci était dépeint, à la cour, sous les couleurs les plus sombres par l'ambassadeur de France, dont l'activité remarquable y tenait en échec l'influence et les impressions du Chancelier. Heureusement, les sympathies que M. de Gontaut avait développées chez l'Empereur et dans son entourage pour les conservateurs, n'étaient pas allées au delà d'un souhait platonique. Depuis, des doutes s'étaient formés dans l'esprit du souverain, qui savait maintenant quel jugement il devait porter sur le Seize-Mai.

Les documents laissés par M. de Gontaut montrent que ces affirmations sont ou fausses ou exagérées.

1° M. de Gontaut n'a point préparé la cour impériale à la crise du Seize-Mai. Du 21 janvier au 16 mai, nous relevons dans ses papiers trois entrevues avec l'Empereur, une visite de condoléances, une visite de compliments pour l'anniversaire du souverain, et la dernière, le 9 mai, à Metz. Dans aucun de ces trois entretiens, qui avaient

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