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PRÉTENDUES INTRIGUES DE M. DE GONTAUT

L'ambassadeur et le souverain étaient ensemble à Ems, au mois de juillet, et plus tard, à la veille des élections, ils se retrouvaient à Bade. A Ems, M. de Gontaut évitait de rencontrer l'Empereur, par crainte des commentaires, au point que celui-ci même en avait fait la remarque et demandé à quelqu'un la raison. « Pourquoi, disait-il, M. de Gontaut n'est-il pas venu voir l'autre jour les régates? Je le vois bien rarement. — C'est que la Gazette de Cologne a parlé de sa présence à Ems dans des termes fort désagréables et qu'elle l'a accusé de venir ici pour fatiguer Votre

une origine officielle, il n'est question des dangers du radicalisme, ni même de la situation intérieure de la France. Il n'est pas question davantage de ces dangers dans deux conversations fort longues avec la princesse impériale ni dans les quelques paroles échangées, une ou deux fois, avec l'Impératrice, entre les mêmes dates. Ajoutons que, depuis le commencement de mai, sauf son court voyage à Metz, M. de Gontaut est en France. Notons enfin que, sans peut-être condamner en principe l'événement du Seize-Mai, il se demande, dans une lettre au duc Decazes, s'il ne fut pas « insuffisamment préparé ». •~ 2° Après le 16 mai, M. de Gontaut s'est rencontré plusieurs fois avec la famille impériale, notamment dans les jours qui précédèrent, immédiatement les élections. On l'a pu constater par les documents que nous avons reproduits, comme on a pu voir également le langage qu'il a tenu. Il est incontestable qu'il insiste sur les périls dont le parti radical menace la société et aussi qu'il fait valoir aux princes « la solidarité des intérêts conservateurs ». En cela, il ne fait qu'expliquer et soutenir la politique du gouvernement qu'il représente, qui est aussi celle de son propre parti. Sous la présidence de M. Thiers, il a dû parfois s'efforcer de justifier des actes qu'en son for intérieur il n'approuvait pas. Voudrait-on qu'il s'abstînt de défendre ceux de ses amis politiques? Il est bien certain qu'à sa place, un ambassadeur du parti adverse n'eût pas manqué de faire valoir la solidarité des gouvernements de l'Europe contre le péril clérical.

Mais ce qu'il importe surtout de constater, c'est qu'on ne voit nulle part dans ses notes qu'il ait été chargé d'aucune mission secrète auprès de l'Empereur, ni qu'il sollicite directement, à l'insu du prince de Bismarck, aucune approbation, aucun appui, aucune démonstration officielle en faveur de la politique du Seize-Mai. Il n'y a pas la moindre trace de négociations clandestines ou de marchandage. M. de Gontaut se borne à faire profiter son parti, s'il est possible, de la faveur et du crédit dont il jouit personnellement à la cour impériale. C'est assurément légitime et ce n'est point le fait d'un intrigant.

Majesté. — En vérité! Toujours les journaux! C'est odieux! J'ai écrit au ministre de l'intérieur pour faire cesser leur hostilité et lui en représenter les dangers. J'aime beaucoup M. de Gontaut. J'ai pour lui une sympathie particulière et je suis toujours charmé de le voir. — Et, de plus, s'il met autant de discrétion dans ses rapports avec Votre Majesté, c'est que le prince de Bismarck ne peut pas le sentir. — C'est incroyable ! Je l'ai dit souvent à Bismarck : Nous ne pourrions avoir un meilleur ambassadeur. Jamais nous n'en aurons un qui ait plus de tact que lui. D'ailleurs, j'ai dit aussi bien souvent au prince : « Pourquoi ne voyez- :< vous pas plus souvent les ambassadeurs? — C'est, a-t-il i répondu, que je n'en vois pas l'utilité, car ils (1) écrivent :< toujours à leur gouvernement des rapports contre nous. — < Mais, mon cher prince, pourquoi en voulez-vous à un ambassadeur qui écrit ce qu'il croit voir et qui ne nous donne pas de louanges? Que diriez-vous donc à un de vos ambassadeurs qui n'écrirait que des éloges du gouvernement auprès duquel il est accrédité (2)? » Cependant la présence de M. de Gontaut à Ems était devenue si insupportable au prince de Bismarck qu'il voulut le contraindre à quitter la ville. Ce fut comme le couronnement de tout ce travail de persécutions puériles qu'il n'avait cessé d'ourdir contre l'ambassadeur. Le prince de Hohenlohe fut donc chargé d'aller trouver le duc Decazes et

(1) Ils, ajoute M. de Gontaut dans ses notes, voulait dire, évidemment, dans la pensée du Chancelier, l'ambassadeur de France.

(2) Dans une conversation du mois d'octobre 1875, l'Empereur tenait un langage analogue : « Sire, lui disait son interlocuteur, ce qui est inconcevable, c'est que M. de Gontaut ne voit jamais pour ainsi dire le prince de Bismarck. Il a essayé de le voir avant son départ et il n'a pu y réussir. Voilà dix-neuf mois qu'ils ne se sont pas rencontrés. — Dix-neuf mois, c'est inouï! Bien des fois déjà, je l'ai dit à Bismarck. Il ne voit pas les ambassadeurs et c'est un grand tort. C'est Bulow qui les reçoit. Bulow est certainement un charmant homme; mais cela ne suffît pas; les affaires se traiteraient bien mieux si Bismarck voyait lui-même les ambassadeurs... »

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