SUSPENSION DE L'« UNIVERS
conservateurs et membres du parti dit de l'empire s'étaient coalisés pour les combattre. Quelques-uns de ces candidats, s'intitulant à la fois catholiques et anti-ultramontains, par exemple le chanoine Holzer suspendu par l'évêque de Paderborn, n'ont réuni qu'un nombre de voix insignifiant. Dans leur très grande majorité, les électeurs catholiques ont accepté le candidat de leur évêque et évincé les amis les plus dévoués du prince de Bismarck... Toutes les provinces catholiques, Silésie, Westphalie, province du Rhin, donnent, cette fois, des majorités écrasantes aux députés du centre. De même la Bavière : 32 catholiques contre 16 libéraux. De 59 dans le premier parlement de l'empire, le nombre des députés du centre est monté à 92, et ils ont beaucoup de chances de passer dans six collèges où il y a ballottage... » Enfin, sans compter les particularistes Hanovriens ni les Danois du Schleswig, tous les candidats protestataires en Alsace-Lorraine, au nombre de 15, allaient être élus le 1er février. Il n'était donc pas impossible que ces élections eussent leur part dans l'attitude du Chancelier envers la France.
Tout en répugnant à donner au prince de Bismarck les satisfactions exorbitantes et dangereuses qu'il réclamait, le gouvernement français désirait éviter les complications que des membres du clergé ou des journalistes pouvaient faire naître. Ils méritaient d'autant moins de ménagements que leurs imprudences n'étaient accompagnées d'aucun risque personnel. C'est ce qui explique la mesure prise le 19 janvier contre Y Univers : en vertu des pouvoirs que lui conférait l'état de siège, le ministère suspendait pour deux mois ce journal qui venait de publier le matin même des articles agressifs contre l'Allemagne et un nouveau mandement dû à l'évêque de Périgueux. « Je suppose, écrivait le duc Decazes dans le télégramme où il annonçait cette décision à M. de Gontaut, que vous pourrez tirer parti de cette sage mesure, dont quelques-uns de nos amis se montrent
très émus, et que vous en profiterez pour décider le prince de Bismarck à renoncer à son projet. Nous avions promis que, si notre premier avertissement restait inefficace, nous procéderions par d'autres voies. Nous avons tenu parole. » Ne pouvant atteindre l'auteur du délit lui-même, le gouvernement frappait le journal qui s'en était rendu complice en publiant le nouveau mandement.
Pour accentuer encore l'effet de cette mesure sur le prince de Bismarck, le duc Decazes télégraphiait à notre ambassadeur le texte du discours qu'il venait de prononcer, le 20 janvier, à l'Assemblée nationale, en réponse à une demande d'interpellation du général Du Temple sur l'envoi du marquis de Noailles à Rome comme ministre plénipotentiaire près du roi Victor-Emmanuel (1). « Si, comme je le suppose, avait répondu le duc Decazes, l'Assemblée prétend rester fidèle à la politique à laquelle elle s'est associée si souvent et que le gouvernement actuel a reçue de ses honorables prédécesseurs, elle s'associera aussi à la seule réponse que je puisse faire à notre honorable collègue. J'ai proposé à M. le maréchal Président de confier à M. le marquis de Noailles le poste de ministre plénipotentiaire en Italie, parce que, bien pénétrés de la sagesse et de la prudence de cette politique, nous voulions la poursuivre avec un soin jaloux, sans rien faire qui pût la compromettre et sans nous écarter jamais du double but qu'elle poursuivait" et que je résume en deux mots : entourer d'un pieux respect, d'une sollicitude sympathique et filiale, le. pontife auguste auquel nous unissent tant de liens, en étendant cette protection et cette sollicitude à tous les intérêts qui se relient à l'autorité spirituelle, à l'indépendance et à la dignité
(1) Le marquis de Noailles avait été nommé à ce poste le 4 décembre, en remplacement de M. Fournier. Le général Du Temple se distinguait, à l'extrême droite, par l'intransigeance de son patriotisme et de sa foi religieuse. Celle-ci s'offensait des relations diplomatiques établies entre la France et le gouvernement italien.