LA FRANCE ET L'ITALIE
du Saint-Père; entretenir sans arrière-pensée avec l'Italie, telle que les circonstances l'ont faite, les relations de bonne harmonie, les relations pacifiques et amicales que nous commandent les intérêts généraux de la France et qui peuvent aussi nous permettre de sauvegarder les graves intérêts moraux dont nous nous préoccupons à juste titre. Voilà, Messieurs, toute notre politique en Italie.
« Je pourrais ajouter que notre politique générale dans le monde entier s'inspire des mêmes préoccupations et des mêmes mobiles. Nous voulons la paix parce que nous la croyons nécessaire à la grandeur et à la prospérité de notre pays ; parce que nous la croyons ardemment désirée, ardemment réclamée par tous. Pour l'assurer, nous travaillerons sans relâche à dissiper tous les malentendus, à prévenir tous les conflits, et nous la défendrons aussi contre les vaines déclamations, contre les regrettables excitations, d'où qu'elles viennent. Que l'on ne nous dise pas que nous y compromettons l'honneur et la dignité delà France; l'honneur et la dignité de la France ne sauraient être compromis que par les politiques d'aventure qui la conduiraient fatalement ou à une faiblesse ou à une folie. Messieurs, la France que l'on dit si facilement impuissante, reste assez grande, reste assez forte pour avoir le droit et le devoir d'être sage... »
* La suspension de Y Univers n'avait point encore satisfait le gouvernement allemand. La discussion était sans cesse à recommencer. Le 21 janvier, M. de Bulow, sur sa propre demande, eut un nouvel et fort long entretien avec M. de Gontaut. Comme celui-ci mettait en avant la mesure prise contre un journal catholique par le ministère, malgré les embarras sérieux qu'elle allait lui attirer en mécontentant une partie de ses amis politiques, M. de Biïlow se contentait de répondre qu'il fallait encore aller plus loin :« Je vous avais bien dit moi-même, il y a quelques jours, que la circulaire du ministre des cultes ne suffirait pas pour imposer silence
à vos évêques, et c'est précisément parce qu'il prévoyait ce qui devait arriver que le prince de Bismarck vous avait demandé davantage. Certes, l'Empereur et le Chancelier ont été satisfaits de la preuve de bonne volonté que le gouvernement français a donnée par la suspension de l' Univers, mais ils persistent à penser que cela ne suffit pas. Cherchons donc ensemble les moyens d'arriver à une satisfaction. » Et il insistait à nouveau pour que le gouvernement français eût recours contre les évêques à l'appel comme d'abus, ajoutant que si celui-ci ne pouvait absolument pas s'y résoudre, il resterait encore la loi de 1819, mais ne cachant pas sa préférence pour la première solution. « Je ne voudrais pas jurer, écrivait M. de Gontaut, qu'usant d'un procédé dont il s'est déjà servi lors de l'arrivée au pouvoir du maréchal de Mac-Mahon (1), le prince de Bismarck, après m'avoir laissé l'alternative, ne finît par me déclarer qu'il n'accepterait que la première de ces deux satisfactions. »
Avec une inlassable patience, notre ambassadeur reprit alors, point par point, l'argumentation qu'il avait déjà plusieurs fois développée contre l'appel comme d'abus. Puis il donna lecture à M. de Bulow du discours du duc Decazes, que le secrétaire d'Etat ne connaissait pas et dont il parut très satisfait. L'Assemblée nationale elle-même s'était, d'ailleurs, associée aux paroles du ministre des affaires étrangères en écartant par la question préalable la discussion de l'interpellation du général Du Temple, « fait inouï, disait le duc Decazes, dans notre Parlement qui s'est toujours montré si respectueux et si jaloux de son droit d'interpellation ». C'étaient donc tous les pouvoirs légaux qui s'efforçaient de contenter le gouvernement allemand. « Vous demandiez un acte public, disait M. de Gontaut; la suspen-
(1) Allusion aux difficultés qu'avait soulevées le Chancelier touchant le mode de notification aux puissances de l'élection du Maréchal. Cf. Vicomte de Gontaut- Bikon, Mon ambassade en A llemagne, chap. X.