REMISE DES LETTRES DE RAPPEL
« des événements bien graves. Vous avez pleinement réussi « dans cette œuvre, et je tiens à vous le dire officiellement. En « vous envoyant l'ordre de l'Aigle noir, j'ai voulu vous « donner la meilleure preuve de la satisfaction que j'enres- « sentais. Nos relations sont rétablies sur un pied tel qu'elles « continueront ainsi, je l'espère, l'ambassade de France « ayant un autre titulaire que vous. Je vous regrette beau- « coup. Je conserverai de vous le meilleur souvenir et vous « ne m'oublierez pas, j'espère. Je vous reverrai toujours « avec le plus grand plaisir. Vous avez d'ailleurs dans ce pays « un aimant qui vous y attirera encore. »
« L'Empereur me parla encore du Maréchal, du cas qu'il avait toujours fait de lui, du souvenir qu'il ne pouvait oublier de l'ambassade extraordinaire qu'il avait acceptée à l'occasion de son couronnement, des talents militaires qu'il avait toujours déployés. Ensuite il dit un mot des malheurs qu'il avait éprouvés depuis. Voulait-il parler de la capitulation de Sedan ou de celle que venait de signer le Maréchal en prenant le ministère du 14 décembre? Je crois que l'allusion concernait plutôt la première. Enfin il fut plein de grâce, de bonté, d'émotion, et moi-même je partageai tellement ce dernier sentiment que ce fut en rentrant dans le premier salon, après avoir pris congé de l'Empereur, que je m'aperçus seulement que j'avais oublié de remettre à Sa Majesté mes lettres de rappel et que je les tenais encore serrées dans ma main gauche. Je les donnai à M. de Bûlow qui s'est chargé de les donner à l'Empereur.
« Je fus ensuite introduit par un chambellan chez l'Impératrice qui me reçut entourée de toutes ses dames, la grande maîtresse comtesse de Perponcher, la comtesse A. Hacke, la comtesse Oriola, la comtesse Dohna, et une au'.re que je n'ai pas bien reconnue...
« Je repris le chemin de l'ambassade dans le même cérémonial. Je reçus dans les rues un assez grand nombre de saluts. A deux heures un quart j'étais revenu.
« Une heure après, j'étais chez M. de Bûlow. Je tenais à prendre congé de lui et à deux choses encore. Je lui demandai s'il avait entendu les paroles que l'Empereur avait bien voulu m'adresser. Il me répondit affirmativement. Tirant alors un papier de ma poche, je lui dis que je les avais consignées rapidement sur ce papier et que, désirant ne reproduire que ce que Sa Majesté avait dit exactement, je le priais de me permettre de les lui lire. Le diplomate allemand se retrouva alors; il dit, avec une nuance d'embarras, que pourtant il n'avait pas tout saisi. « N'importe, « lui dis-je, permettez-moi de vous les lire. » C'est ce que je fis, c'est-à-dire que je lui lus ce que j'ai reproduit plus haut, depuis le commencement jusqu'au point où l'Empereur dit : Je vous regrette beaucoup. Je ne crois pas lui avoir lu l'autre paragraphe. Je n'en avais pas besoin. C'était moins officiel que ce qui précédait; j'en étais sûr d'ailleurs. M. de Biïlow, après avoir entendu ma lecture, me répondit que, s'il n'avait pas saisi à l'audience toutes les paroles mêmes de l'Empereur, du moins, il pouvait affirmer que ce que je venais de lui lire en devait être le sens exact; car c'était tout à fait ainsi que Sa Majesté s'était exprimée plusieurs fois déjà avec lui-même sur mon compte. J'attache beaucoup de prix à cette déclaration de M. de Bûlow.
« La deuxième chose pour laquelle je tenais à voir M. de Bûlow est celle-ci : « Je regrette fort, lui dis-je, l'absence du « prince de Bismarck en ce moment de Berlin. J'aurais « désiré prendre congé de lui. J'aurais tenu encore à m'expli- « quer avec lui sur certains points qui ont nui à nos rap- « ports mutuels. Je savais que le Chancelier concevait cer- « tains ombrages de mon attitude à Berlin; j'ai su qu'ils « avaient fait l'objet de ses plaintes à Paris. Tant que j'étais « ambassadeur, je n'ai rien dit : toute explication de ma « part eût pu être prise pour une justification, et je n'avais « pas à en faire. Aujourd'hui, je ne suis plus homme poli- « tique; je ne puis plus être suspect de soutenir tel ou tel