‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 154 sur 178 · DÉCLARATION A L'ADRESSE DE BISMARCK · texte numérisé non relu

DÉCLARATION A L'ADRESSE DE BISMARCK

« intérêt particulier. Je puis donc dire ce que je ne voulais « pas dire antérieurement. Eh bien, je désire que le prince « de Bismarck sache que ses ombrages n'ont pas eu le « moindre fondement, que les renseignements sur lesquels il « s'est appuyé, probablement, pour se faire une opinion sur « tel ou tel point étaient absolument inexacts. J 'aurais re- « gardé comme indigne de moi d'avoir en quelque sorte deux « lignes de conduite parallèles ici, l'une officielle et l'autre « consistant à nouer des intrigues avec telle ou telle per- « sonne, avec tel cercle politique hostile au Chancelier. Gela « ne pouvait me convenir, cela n'a pas été, et je tiens, avant « de partir, à le déclarer. Je vous serais reconnaissant, mon- « sieur le Ministre, de vouloir bien rapporter au prince de « Bismarck ces paroles. » M. de Biilow, un peu embarrassé, garda le silence pendant que je parlais; puis il me promit de faire la commission que je réclamais de lui.

« Je ne sais si on me blâmera, si on me comprendra. Je ne voulais pas me justifier devant le prince de Bismarck, auteur de ma disgrâce. Je ne l'ai pas voulu quand j'étais ambassadeur; je n'y consentirais pas davantage quand je ne le suis plus. Mais dans cette dernière situation, je pouvais sans déroger à ma dignité, sans me soumettre, aller moimême au-devant d'explications. Ambassadeur, j'aurais rougi de donner au Chancelier ces explications, parce que j'aurais eu l'air, ou de m'excuser ou de lui chercher querelle, ou bien de chercher à détourner le coup qui me menaçait; car je n'ignorais pas que ce conflit entre lui et moi devait aboutir contre moi; mais tombé, ne pouvant pas et ne voulant pas revenir sur ma démission, devenu parfaitement libre, je voulais que le prince de Bismarck sût bien que je n'ignorais rien de ses accusations, que je ne les avais jamais ignorées, que j'en avais toujours fait le cas qu'elles méritaient, mais qu'au moment de partir et lorsque ma carrière était terminée, je pouvais déclarer hautement, sans être accusé ou de mauvaise tête ou de bassesse, que ces

accusations, je ne les avais jamais justifiées. Il me croira ou ne me croira pas, peu m'importe. Mais ce qu'il ne pourra pas dire aujourd'hui, c'est que, si je me suis tu, c'est que je reconnaissais la justesse de ses accusations.

« 3 janvier 1878. — J'ai été invité à dîner chez le prince et la princesse impériale jeudi 3 janvier. Ils m'avaient réuni au prince et à la princesse Antoine Radziwill, au baron et à la baronne de Schleinitz, au général de Loë et à l'ambassadeur et à l'ambassadrice d'Angleterre. Je ne pourrai jamais être assez touché des paroles aimables, attristées et flatteuses que l'un et l'autre ont bien voulu m'adresser. A dîner, la princesse royale, en me parlant de ses regrets de mon départ, a bien voulu me dire qu'elle me considérait comme un ami qu'elle n'oublierait pas. Le prince, venant au général de Loë avec qui je causais après dîner, lui dit : « Nous ne pourrons jamais trop vanter le tact et l'habileté « avec lesquels M. de Gontaut a rempli la mission si délicate « et si difficile dont il s'est chargé à Berlin; nous le regret- « tons, etc., etc. » Puis la princesse me dit qu'elle avait chargé Mlle de Perpigna de me remettre un album où elle avait encadré sa photographie, celles de son mari et de ses enfants, avec les signatures de chacun écrites en français, plus les vues de son palais à Berlin, du Neue Palais à Potsdam, du Schloss de Babelsberg. Il y avait une grande délicatesse à elle d'ajouter à ces photographies celle du séjour d'été de l'Empereur et de l'Impératrice pour lesquels elle connaît bien ma reconnaissance. Enfin elle avait écrit, comme entête de l'album, quelques lignes dont je ne pris connaissance qu'en rentrant chez moi. Ces lignes me touchèrent profondément. Elles exprimaient l'espoir que je n'oublierais pas le séjour de Berlin et les amis que j'y laissais, et elles étaient signées tout au long par le prince impérial et par la princesse.

« Vendredi 4 janvier 1878. — L'Empereur et l'Impératrice. — Enfin l'Impératrice s'étant enquise du jour de mon

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