FRANCE ET RUSSIE
craintifs. Tl a vu l'Impératrice et c'est d'elle probablement qu'il tient la notion de la situation critique dans laquelle on se trouve actuellement.
Il m'a raconté également une entrevue qu'il avait eue cette année avec l'Empereur (je crois, au mois de décembre, quand il retournait en Russie). Une dépêche télégraphique de l'Impératrice l'avertit qu'elle désirait le voir à son passage. Il se rendit à Babelsberg. L'Impératrice l'y reçut et, à peine entré, la porte s'ouvrit et donna passage à l'Empereur; et l'Impératrice se retira et le laissa seul avec son mari. Celui-ci lui dit avec l'accent du chagrin :
« Je suis désolé de la différence d'avis qui s'est produite entre l'empereur de Russie et moi, à propos de la reconnaissance de Serrano. II (le prince de Bismarck) m'a tellement menacé de sa retraite, si je ne me décidais à reconnaître Serrano, que je m'y suis décidé. Je l'ai fait à mon corps défendant. Dites-le à l'Empereur, mais suppliez-le de ne pas m'abandonner. »
Le comte Chreptowitch lui répondit quelques mots de regret et lui promit de parler à l'empereur de Russie. Il fit sa commission. Le premier mot de l'empereur Alexandre fut : « Jamais! Jamais je ne reconnaîtrai Serrano. » D'ailleurs, il reçut bien le message de son oncle.