‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 17 sur 178 · BISMARCK MAINTIENT SES EXIGENCES · texte numérisé non relu

BISMARCK MAINTIENT SES EXIGENCES

sion de Y Univers et le discours du duc Decazes sont, certes, des actes publics; ils sont aujourd'hui connus de toute l'Europe. Pourquoi vouloir recourir à d'autres moyens ? »

Sans nier la justesse des observations de notre ambassadeur, M. de Bùlow n'en persista pas moins à réclamer une satisfaction nouvelle. «Le prince de Bismarck, ajouta-t-il en accentuant ses dernières paroles, tient à réfuter l'opinion souvent exprimée par les journaux qu'il veut provoquer une guerre entre nous. Cette assertion est fausse et c'est précisément parce qu'il ne veut pas la guerre qu'il demande que vous fassiez un acte qui soit comme la confirmation d'un désir semblable de votre part. »

« Il n'y avait plus à revenir, continue M. de Gontaut dans son rapport, sur des arguments déjà présentés et réfutés dans nos précédents entretiens et nous nous sommes séparés sans rien conclure. J'en ai appelé de nouveau aux sentiments d'équité du gouvernement allemand, et M. de Bûlow m'a promis de rapporter fidèlement notre entretien au prince de Bismarck; mais il n'a pris aucun engagement.

«... Le but de M. de Bismarck serait-il de nous entraîner dans sa querelle contre le catholicisme ? Il est peut-être dans ses arrière-pensées; mais je ne le vois cependant pas assez nettement indiqué pour que je puisse me prononcer positivement. Ce qui est très probable, c'est qu'il veut nous susciter des difficultés avec nos évêques.

« J'observe, monsieur le Duc, que depuis quelque temps, la presse allemande, la presse officieuse surtout, est d'une grande violence à notre égard, comme si un mot d'ordre lui avait été donné. J'ai peine à croire néanmoins que l'empereur Guillaume se décide à nous déclarer la guerre pour une question aussi peu grave que celle des mandements. Nous ne devons pas oublier, d'ailleurs, que le prince de Bismarck présentera bientôt la loi militaire au vote de laquelle il attache une grande importance et que, pour atteindre

son but, il est homme à employer sur les membres du Reichstag tous les moyens de pression possibles, et à présenter à leurs yeux le spectre de la guerre... Ces considérations peuvent nous rassurer sur la crainte de voir l'Allemagne pousser les choses à l'extrême, et je crois que, pour le moment, nous ne devons pas aller au delà de ce que nous avons fait... »

Il semblait donc que l'incident, au lieu d'être terminé, dût prendre une forme de plus en plus sérieuse, lorsque tout à coup, le 26 janvier, cinq jours seulement après l'entretien dont il vient d'être question, M. de Gontaut télégraphiait au duc Decazes ;

« Etant malade, j'ai envoyé M. de Sayve (1) chez M. de Biilow pour lui remettre la réponse du Président à la notification de la mort de la reine Elisabeth (2). Il en a profité pour dire quelques mots de la question des évêques et faire valoir ce qu'a déjà fait le gouvernement. Il a parlé aussi de l'impossibilité où nous sommes de nous servir de l'appel comme d'abus. M. de Btilow lui a donné l'assurance que le prince de Bismarck était très satisfait de la suspension de Y Univers et de votre discours. Il a ajouté que je lui avais déjà dit, il est vrai, qu'il n'était pas possible de recourir à l'appel comme d'abus, mais que son gouvernement avait besoin d'étudier à fond et longuement la question, afin de bien s'assurer des moyens de répression que la législation française pouvait fournir, et qu'il m'en reparlerait plus tard. Cette lenteur du gouvernement allemand me fait espérer qu'il n'est plus si complètement décidé à réclamer l'un des deux moyens qu'il avait d'abord indiqués. Je suis donc porté à croire que la question est en voie d'apaisement.

« Les diplomates accrédités à Berlin partagent généralement cette opinion. Plus que jamais on assure que la ques-

(1) Le marquis de Sayve, premier secrétaire de l'ambassade de France.

(2) Veuve de Frédéric-Guillaume IV.

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