‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 18 sur 178 · FIN SOUDAINE ET IMPRÉVUE DE L'INCIDENT · texte numérisé non relu

FIN SOUDAINE ET IMPRÉVUE DE L'INCIDENT

tion militaire est le principal motif de l'importance donnée à cet incident... »

D'autres indices rassurants vinrent s'ajouter aux déclarations de M. de Biïlow à M. de Sayve, entre autres, un article de la Correspondance provinciale dont on savait les attaches officielles. Si ce n'était pas encore une solution de l'incident, cela marquait du moins, selon le mot du duc Decazes, un temps d'arrêt. Le ministre conseilla prudemment à M. de Gontaut de ne pas rouvrir le débat et de laisser venir.

L'espoir que l'incident était clos s'accrut encore quelques jours plus tard, lorsque M. de Gontaut recueillit de la bouche même du ministre des Pays-Bas à Berlin le récit d'une conversation que celui-ci venait d'avoir avec M. de Bulow. Comme il demandait au secrétaire d'Etat ce qu'il y avait de vrai dans la nouvelle donnée par la Gazette de Cologne qu'une circulaire menaçante pour la France aurait été envoyée aux agents allemands à l'étranger, celui-ci en nia positivement l'existence (1) et dit, à cette occasion, que loin d'avoir à se plaindre du gouvernement français, on lui savait ici très bon gré de la suspension de l' Univers et du discours du duc Decazes. Il lui fit entendre que si on ne prononçait pas formellement les mots : « l'incident est terminé », on pouvait cependant le considérer comme tel. Il se montra en même temps très rassuré sur l'avenir pacifique de l'Europe. Ces paroles furent confirmées le 5 février, à l'ouverture du Reichstag, par le passage du discours du Trône où l'Empereur exposait l'état de ses relations avec les pays étrangers (2).

(1) Ces dénégations étaient sciemment fausses, à moins que M. de Bulow ne considérât pas comme une circulaire menaçante celle dont nous avons parlé plus haut (p. 28).

(2) Le lendemain, le prince de Bismarck, rencontrant M. de Gontaut, lui demandait avec gaieté et bonne grâce : o Vous avez été content de notre discours d'hier, j'espère? »

k Je n'ai rien à vous mander aujourd'hui, grâce à Dieu, écrivait l'ambasssadeur au duc Decazes, le 14 février, qui contredise ma dernière dépêche et ma précédente lettre. L'apaisement se fait de plus en plus. Ce n'est contesté par personne. Il ne me paraît pas douteux qu'une réaction se soit produite en Europe contre les prétentions du Chancelier... Nous voici donc revenus à la tranquillité; attendons patiemment l'avenir... »

Il est vrai que le comte d'Arnim, revenant d'Allemagne, rapporta un mémoire assez étendu dont il fit connaître la substance au duc Decazes et dans lequel étaient examinés les moyens d'action que notre législation pouvait fournir contre les évêques. Mais, le ministre ayant reproduit les mêmes objections, M. d'Arnim n'insista pas. La discussion tomba d'elle-même, sans que l'ambassadeur déclarât que son gouvernement renonçait à la reprendre. En réalité, elle ne devait plus être reprise. L'incident était définitivement clos.

Cette solution brusque et inopinée était-elle attribuable à l'attitude de l'Europe? Nous avons vu tout à l'heure M. de Gontaut affirmer qu'une réaction s'était produite parmi les puissances contre les prétentions du Chancelier. Il n'est pas invraisemblable que cette réaction ait déterminé ou tout au moins contribué à provoquer un recul auquel on s'attendait d'autant moins que, peu de jours auparavant, M. de Bulow venait d'émettre à notre ambassadeur, avec une nouvelle insistance, les exigences de l'Allemagne. C'est donc cette réaction de l'Europe et la façon dont elle se manifesta qu'il nous reste maintenant à suivre.

Depuis le mois d'août 1871, des entrevues fréquentes avaient eu lieu entre les souverains d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, auxquelles s'était ajoutée la visite du roi Victor-Emmanuel à Vienne et à Berlin en septembre 1873. Elles avaient pour but, dans la pensée du prince de Bismarck, de faire sentir à la France son isolement, au cas où

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