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RÉACTION EN EUROPE CONTRE BISMARCK

pas relevé les manifestations, beaucoup plus nombreuses que chez nous, auxquelles s'était livré l'épiscopat des autres pays, Angleterre, Belgique, Autriche et Italie. Mais on avait appris plus tard qu'il n'en était rien.

« Il me revient de Londres, écrivait le duc Decazes à M. de Gontaut, le 22 janvier, que Lord Granville (1) est fort inquiet de tout ceci ; mais le cabinet anglais est fort menacé, et, si ému qu'il puisse être, même au point de vue anglais, de cette attitude du gouvernement allemand, il n'est pas dans ses habitudes, et peut-être n'est-il pas dans ses possibilités, de parler haut à Berlin. Cependant, il y a au fond de tous les cœurs, à Vienne comme à Péterstourg, peut-être même aussi au Quirinal, ce sentiment que l'orgueil humain ne peut, sans péril pour tous, dépasser certaines limites et braver certaines pudeurs.

« Lorsque Napoléon Ier a imaginé le blocus continental et a demandé à l'Europe entière de faire acte de soumission et de vassalité devant cette suprême exigence de sa toutepuissance, il n'a pas plus fait, il n'a pas mieux fait que M. de Bismarck demandant à l'Europe de s'associer à sa croisade contre le catholicisme. Je crois qu'il a inventé sa politique religieuse dans un double but : celui de prendre à temps, contre la France catholique, une position avantageuse et qui lui assurerait le concours de l'Italie, et aussi celui de se créer dans le Parlement allemand une grande et docile majorité.

« En Allemagne, le résultat est douteux. En Italie, il est fort discuté. Nous savons tous en effet que le roi Victor- Emmanuel est revenu de Berlin plus effrayé que charmé, et M. Visconti-Venosta (2) me témoigne de mon discours d'avant-hier une satisfaction sans mélange... »

Le fait est que, sur la façon dont l'Europe accueillait les

(1) Secrétaire d'Etat au Foreign Office.

(2) Ministre des affaires étrangères d'Italie.

exigences du prince de Bismarck, des témoignages concordants arrivaient à Versailles d'un certain nombre de cours. M. de Gontaut apprenait du ministre de Belgique à Berlin, le baron de Notbomb, que la réponse de son gouvernement aux observations présentées par le prince de Bismarck avait été identique à celle du gouvernement français. Le duc Decazes, de son côté, croyait savoir que des remontrances avaient été faites par l'Allemagne au gouve nement italien sur le langage de ses évêques et que M. Visconti-Venosta avait répondu qu'il ne connaissait pas leurs mandements et ne pouvait intervenir à aucun titre.

« Les relations se tendent avec l'Allemagne, constatait le ministre, dans une lettre du 3 février. Visconti-Venosta se sent dégagé par notre attitude et il en profite pour laisser percer sa répugnance pour la politique d'aventures que le prince de Bismarck voulait lui imposer. Nos relations avec le Quirinal prennent un caractère particulier d'apaisement. On nous communique la circulaire sur le conclave dont je vous envoie l'analyse, et il ne tiendrait qu'à moi d'en discuter et peut-être d'en faire modifier les termes (1). Vous savez que je ne puis me prêter à engager des négociations sur ce sujet. Tous nos consuls d'Italie sans exception constatent, du reste, un retour de l'opinion publique vers nous... »

A Vienne, le comte Andrassy avait répondu « avec beaucoup de fermeté » selon notre ambassadeur, le comte d'Harcourt, aux représentations prussiennes. Le ministre des cultes avait fourni ce renseignement à un membre du

(1) Dans cette circulaire, le gouvernement italien, pour répondre aux inquiétudes qu'aurait laissé voir Pie IX sur les conditions dans lesquelles se réunirait le futur conclave, rappelait aux puissances les garanties d'indépendance et de sécurité que la loi du 13 mai 1871 assurait à l'élection du pape et qu'il était décidé à mettre en vigueur : la liberté du vote ne serait nulle part mieux maintenue qu'à Rome.

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