EMBARRAS INTERIEURS DE BISMARCK
auprès de l'opinion publique. Le 9 avril, le parti nationallibéral, réuni en séance spéciale, se résolut à voter un compromis que le Reichstag adopta, en troisième lecture, le 20 avril, par 214 voix contre 123. Ce compromis accepté par le gouvernement maintenait l'effectif proposé dans le projet, mais pour une période de sept ans seulement. « Un iècle! à notre époque », avait dit l'empereur Guillaume.
Quant à la lutte contre le catholicisme, elle touchait alors à sa période la plus aiguë. Les emprisonnements d'évêques se multipliaient : en février, celui de l'archevêque de Posen, Mgr Ledochowski, que le tribunal des affaires ecclésiastiques « destituait » en avril; ceux de l'évêque de Trêves et de l'archevêque de Cologne en mars et de l'évêque de Paderborn en août. Les condamnations frappaient aussi les prêtres, fermetures des presbytères, mises des biens sous séquestre, etc. Certains d'entre eux, à peine sortis de prison, revenaient, malgré la loi, dans leurs paroisses pour y exercer de nouveau leurs fonctions. L'Etat dut les expulser par la force, quelquefois même les arrêter en pleine église et provoquer un scandale. La lutte entre l'Etat et l'Eglise dégénérait en une sorte de guérilla, qui remplissait de son tapage toute l'année 1874. C'est alors que le gouvernement, appelant le Reichstag à l'aide, fit voter contre les prêtres rebelles, le 25 avril, sa loi de « dénationalisation » et de bannissement, par 214 voix contre 108. La Bavière elle-même, le grand Etat catholique du midi, promit de ne pas recevoir chez elle les ecclésiastiques exilés de Prusse. Enfin, le Landtag prussien, dans deux nouvelles « lois de mai», adopta à une forte majorité les autres mesures préparées par le ministère.
Mais ces triomphes parlementaires ne tranchaient point la question. « Ils n'en sortiront pas », avait dit à quelqu'un le roi de Saxe (1). Plus la persécution s'accentuait, et plus
(1) Le duc de Ratibor, frère du prince de Hohenlohe, ambassa-
a résistance s'organisait, plus l'union catholique se faisait compacte. Le soudain accroissement du parti du centre, dans le Reichstag récemment élu, en était la preuve. Les événements intérieurs n'étaient donc point de nature à calmer l'irritable et nerveux Chancelier. Son aversion pour la France s'augmentait naturellement de sa haine contre le catholicisme, dont cette puissance continuait à lui apparaître comme un champion toujours possible. L'apaisement qui s'était produit sur la question des mandements ne pouvait être qu'une trêve. Au sortir de ce défilé, où il avait dû montrer tant de sang-froid, de modération et d'adresse, M. de Gontaut demeurait attentif « aux desseins, aux faits et gestes de cet ennemi irréconciliable ».
deur d'Allemagne à Paris, et l'un des rares catholiques qui soutinssent la politique religieuse du Chancelier, avouait à M. de Gontaut ses inquiétudes pour l'avenir. « Il est convaincu, écrivait celuici, qu'au point où en étaient arrivées les choses, ni le gouvernement ni les catholiques ne pouvaient plus guère reculer. L'aveu est naïf de la part d'un homme qui a beaucoup contribué au succès de ces malheureuses lois et qui aurait pu, en prenant une autre attitude, apaiser le conflit. »