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CHAPITRE II

Le prince de Bismarck et la France jusqu'à la fin de l'année 1874. — Continuation du Kulturkampf en 1875. — Efforts du Chancelier pour entraîner les puissances avec lui dans la lutte contre Rome; ses échecs; ses relations tendues avec l'Europe. — Décret interdisant en Allemagne l'exportation des chevaux. — La nouvelle loi française des cadres : création d'un quatrième bataillon. — Les cris d'alarme de la presse officieuse en Allemagne. — Impressions de M. Lefebvre de Béhaine à Munich. — Explications fournies par M. de Gontaut à M. de Bulow sur la loi des cadres et réponse satisfaisante de ce dernier. — Propos rassurants de l'Empereur.

— La campagne de presse : retraites momentanées et retours offensifs. — Grave entretien de M. de Gontaut avec M. de Radowitz : la théorie de l'attaque préventive. — Propos inquiétants de diplomates. — Incertitude sur les desseins du Chancelier. — Entretien satisfaisant du duc Decazes et du prince de Hohenlohe.

— Dépêche rassurante de M. de Gontaut : langage pacifique du maréchal de Manteuffel; l'opinion des gens d'affaires en Allemagne.

— Nouvelle dépêche de M. de Gontaut : propos très alarmants du maréchal de Moltke et du prince de Bismarck; deux courants d'opinion à Berlin, l'un pacifique, l'autre belli queux. — Entrevue énigmatique du prince de Hohenlohe et du duc Decazes. — Langage obscur de M. de Bulow à M. de Gontaut. — En plein mys-

[Ttère.

Après l'incident des mandements d'évêques, l'année 1874 s'était écoulée sans événement grave, mais non sans inquiétude. La France avait pu craindre un moment que, du côté de l'Espagne, le prince de Bismarck ne lui cherchât une autre querelle. On sait la lutte qui était alors engagée, dans

le nord-ouest de ce pays, entre les carlistes et le gouvernement républicain, dont le général Serrano était le chef. Celui-ci, au mois de juillet, avait fait remettre au duc Decazes une note assez hautaine, dans laquelle il se plaignait de l'appui qu'il prétendait apporté par la France aux carlistes, des secours en hommes et en approvisionnements qui passaient les Pyrénées et dont notre gouvernement aurait facilité ou toléré l'envoi (1). Le prince de Bismarck appuya quelque temps ces réclamations. L'affaire prit même assez d'importance pour que M. de Gontaut dût venir de Schlangenbad, au mois d'août, la discuter directement à Berlin avec M. de Bûlow. Puis le Chancelier la laissa tomber, comme celle des mandements. Une nouvelle note, adressée en octobre au duc Decazes par le gouvernement espagnol et rédigée en termes arrogants, fut critiquée même en Allemagne. « Il est incroyable, disait l'Empereur à M. de Gontaut, qu'un pouvoir qui n'a que le souffle se permette d'écrire une note sur un ton pareil. » Cet épisode terminé, la « guerre morale » contre la France, entreprise, de son propre aveu, par le prince de Bismarck, avait continué. On s'en apercevait aux coups d'épingle, ou, pour parler d'une manière plus conforme au tempérament du Chancelier, aux coups de boutoir qu'il aimait à nous porter. A la fin du mois d'octobre, c'était un passage menaçant inséré dans le discours d'ouverture du Reichstag. Le monde diplomatique à Berlin en avait donné des interpré-

(1) La situation se compliquait encore de la présence à Pau de la femme de Don Carlos, la princesse Marguerite. M. de Gontaut, séjournant alors aux environs de cette ville, avait même reçu la délicate et pénible mission de faire comprendre à cette princesse les embarras diplomatiques que son séjour prolongé sur notre territoire, si près du théâtre de la guerre carliste, pouvait entraîner pour le gouvernement. Celui-ci avait à cœur de prévenir une demande d'expulsion que la république espagnole aurait pu formuler avec l'appui de l'Allemagne et que, par sentiment chevaleresque, il était décidé à repousser.

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