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LE CHANCELIER ET LE CENTRE CATHOLIQUE

applaudir des bonnes relations qui existent entre le prince de Hohenlohe et le duc Decazes. » C'est par ces paroles rassurantes que se terminait l'année 1874. Mais les causes de conflit subsistaient, et, au premier rang d'entre elles, la lutte menée par le prince de Bismarck contre l'Eglise catholique.

Cette lutte, qui dominait alors toute sa politique intérieure et extérieure, ne devait rien perdre, en 1875, de son âpreté. Au mois de décembre 1874, une scène d'une violence inouïe s'était déroulée en plein Reichstag. Le Chancelier n'avait pas craint de rendre le parti catholique responsable de l'attentat dirigé contre sa personne à Kissingen, au mois de juillet précédent. Le coupable, un certain Kullmann, n'était en réalité qu'un criminel isolé, un de ces fanatiques ou de ces demi-fous, tels qu'il en peut surgir de chaque parti, dans l'excitation de la lutte. Le prince de Bismarck, s'appuyant sur les interrogatoires qu'on avait fait subir à ce personnage, essaya de représenter son acte comme l'œuvre du centre catholique :

« Répudiez cet assassin tant que vous voudrez; il s'accroche à vos pans d'habits; il vous nomme son parti. Je ne vous rapporte que les faits historiques; indignez-vous donc des mobiles qui ont rendu possible une chose telle que ce qui s'est passé, mais non d'un simple exposé des faits, des actes auxquels est entraînée une nature violente et médiocrement cultivée quand on l'excite comme ce Kullmann a été excité par le curé Stoermann... Dans l'unique entretien que j'ai eu avec lui, comme je lui demandais : « ... Pourquoi avez-vous voulu me tuer? » cet homme m'a répondu : « A cause des lois ecclésiastiques en Allemagne. » ... Il a dit encore : « Vous avez offensé mon parti. » Je lui dis : « Quel est donc votre parti? » Il m'a répliqué devant témoins : « Le parti du centre au Reichstag. » Oui, Messieurs, vous avez beau repousser cet homme, il s'accroche tout de même à vos pans d'habits. » Et comme l'exclama-

tion : pfui! pfui! partait des bancs du centre, le Chancelier ajoutait : « Pfui! est une expression de dégoût et de mépris. Messieurs, ne croyez pas que ces sentiments me soient étrangers; je suis seulement trop poli pour les exprimer (1). »

Les actes d'hostilité se succédaient de part et d'autre. L'ambassade allemande près du Saint-Siège venait d'être formellement supprimée. Le 5 janvier 1875, Mgr Martin, évêque de Paderborn, était destitué et, après sa fuite en Hollande, déclaré déchu de sa nationalité et banni du territoire de l'empire. Même sort au prince-évêque de Breslau qui se réfugiait dans la partie autrichienne de son diocèse. Vers le milieu de l'année, un procès en destitution était également intenté à l'évêque de Munster. Puis c'étaient de nouvelles fermetures de séminaires et de nouvelles confiscations.

Les catholiques n'épargnaient pas les ripostes. A l'occasion du procès d'Arnim, une dépêche adressée par le prince de Bismarck, le 14 mai 1872, aux représentants de l'Allemagne à l'étranger, venait d'être rendue publique. Après avoir insisté, dans ce document, sur l'absolu pouvoir qu'avait conféré au Saint-Siège la proclamation de l'infaillibilité et sur les garanties que les puissances étaient en droit de prendre contre l'abus d'un tel pouvoir, le Chancelier sollicitait un échange d'idées et, éventuellement, une entente sur les conditions qu'il conviendrait de mettre, en cas d'élection nouvelle, à la reconnaissance du futur pape. L'épiscopat allemand, dans une lettre collective du mois de janvier, protesta contre cette dépêche que Pie IX, à son tour, condamna comme un empiétement sur le domaine

(1) De pareils procédés justifient cette appréciation d'un récent historien du Chancelier : « Le Kuhurkampf est pour Bismarck une question de haine, dans laquelle tout moyen lui est bon pour abattre l'adversaire. » Oskar Klein-Hattingen, 2?ismarc/r und seine Welt,... Berlin, 1902-1904, 2 vol. in-8°. (Vol. II, lre partie, p. 92.)

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