NOUVELLES LOIS ECCLÉSIASTIQUES
ecclésiastique. En même temps, celui-ci nommait cardinal l'archevêque de Posen, Mgr Ledochowski , destitué, comme on l'a vu, de ses fonctions et encore emprisonné. Une encyclique, datée du 5 février, déclarait nulles les récentes lois édictées en Prusse contre les catholiques; elle interdisait à ceux-ci de s'y soumettre et de prendre part aux cérémonies du culte que présideraient les prêtres institués par l'Etat.
Le gouvernement prussien fit saisir le Mercure de Westphalie qui le premier avait publié la bulle. Comme il ne se jugeait pas encore assez armé, il préparait tout un arsenal de lois nouvelles. L'une d'elles, présentée le 4 mars au Landtag et votée le 6 avril, suspendait les dotations affectées, sur les fonds de l'Etat, aux évêchés, aux établissements qui en dépendaient et aux ecclésiastiques. Cette suspension devait être appliquée sur toute l'étendue des diocèses dont les évêques refuseraient obéissance, et ne pouvait être rapportée qu'en échange d'un engagement écrit par lequel ceux-ci promettraient de se soumettre. La nouvelle loi entrait en vigueur le 1er juillet et contraignait l'archevêque de Cologne à quitter son palais, reconnu propriété de l'Etat. L'épiscopat allemand adressa à l'Empereur deux requêtes collectives. Il y faisait remarquer que les dotations supprimées étaient la conséquence d'une obligation que l'Etat avait souscrite, en prenant possession des biens d'Eglise sécularisés, et à laquelle l'honneur même de la Prusse, suivant le mot d'un ministre, servait de nantissement.
Ensuite vint la dispersion des congrégations religieuses : tous les ordres et toutes les congrégations de l'Eglise catholique analogues à des ordres étaient exclus du territoire de la monarchie prussienne. Un délai plus ou moins long, suivant les cas, était accordé. Seuls, les établissements exclusivement consacrés au soin des malades étaient exceptés. Une autre loi réglementait l'administration des biens dans les paroisses catholiques par un conseil de fa-
brique et une assemblée paroissiale. Une autre encore accordait aux vieux-catholiques, dans les paroisses où ils formaient une partie importante de la population, la jouissance proportionnelle des biens ecclésiastiques. Enfin, le prince de Bismarck avait fait voter l'abrogation de trois articles de la constitution prussienne, dont la teneur, en consacrant l'autonomie des Eglises évangélique et catholique, s'accordait mal avec ses desseins. Dans un discours impétueux, il avait, à cette occasion, affirmé sa volonté d'aller jusqu'au bout et d'employer tous les moyens pour réduire les résistances.
Ce qui rendait cette lutte contre le catholicisme particulièrement dangereuse pour la paix européenne, c'était la prétention, chez le prince de Bismarck, d'y entraîner les puissances et de se les associer. On en a pu voir la preuve dans l'affaire des mandements d'évêques. Cette fois-ci, le Chancelier allait renouveler ses exigences et préparer cette situation tendue et inquiétante, restée célèbre, dans l'histoire diplomatique, sous le nom de crise de 1875.
La récente encyclique du Pape avait fort irrité le gouvernement prussien. « Cette manifestation du Vatican, écrivait l'officieuse Gazette de V Allemagne du Nord, est certainement l'expression de la plus grande outrecuidance dont la curie romaine ait fait preuve jusqu'à présent. » A peine était-elle publiée, que le prince de Bismarck entama des pourparlers avec l'Italie. Il voulait obtenir de cette puissance qu'elle traitât le Pape comme un simple évêque, qu'elle se reconnût responsable de son langage et que, par suite, elle intervînt pour en réprimer les excès. C'était aller à l'encontre de la loi des garanties par laquelle l'Italie avait déclaré le pape inviolable et irresponsable dans sa souveraineté spirituelle. Elle se retrancha derrière cette loi et répondit qu'elle n'avait pas à s'interposer dans les différends de la curie romaine, puissance indépendante, avec l'Allemagne. Une pareille fin de non-recevoir n'était