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L'EUROPE RÉSISTE AU CHANCELIER

pas faite pour plaire au Chancelier, et, de l'aveu même du comte de Launay, ministre plénipotentiaire d'Italie à Berlin, les relations entre les deux puissances étaient devenues fort tendues.

L'Italie n'était pas la seule qui fût alors en butte aux réclamations du Chancelier. La Belgique était également en train de les subir. Dans le courant du mois de janvier, une association catholique de Gand, dépourvue d'ailleurs de tout caractère officiel, avait cru bon d'envoyer une adresse de sympathie et d'encouragement à l'évêque de Paderborn. Le prince de Bismarck en fit tout de suite l'objet d'une plainte au gouvernement belge et entama une campagne qui émut vivement, pendant plusieurs mois, l'opinion publique de l'Europe. En même temps, il reprenait un ancien grief et exigeait des poursuites contre un chaudronnier belge nommé Duchesne qui, dans un moment d'ivresse, au mois de décembre 1873, avait écrit à l'archevêque de Paris pour lui offrir d'assassiner, moyennant une certaine somme, le chancelier allemand. Il ne lui déplaisait sans doute pas d'associer dans ses récriminations un tel personnage aux catholiques.

Le gouvernement belge n'était armé par ses lois ni contre Duchesne, à qui l'on ne pouvait imputer qu'une intention criminelle sans commencement d'exécution, ni contre ceux de ses sujets qui venaient d'exprimer publiquement un blâme à l'adresse d'un Etat voisin. Pour prévenir le retour de pareils faits, le prince de Bismarck ne lui demandait rien moins que de changer sa législation. Il en exigeait une qui protégeât plus efficacement sa personne contre les attentats et sa politique contre les censures venues du dehors, prétendant interdire, non seulement aux sujets de l'empereur Guillaume, mais encore à des étrangers toute opinion sur la question religieuse en Prusse qui ne serait pas celle du Chancelier. Ses réclamations avaient été présentées au gouvernement belge dans une note datée du

3 février et repoussées par celui-ci, avec un certain courage, le 26 du même mois. Mais l'incident n'était pas clos. Les journaux allemands témoignaient une grande irritation contre la Belgique et lui indiquaient clairement que sa neutralité ne la mettrait point à l'abri des représailles, si elle continuait à repousser les ordres venus de Berlin. Une nouvelle note allait lui être remise, le 16 avril. Les puissances voisines, et notamment l'Angleterre, s'inquiétaient des procédés de l'Allemagne, dans lesquels elles voyaient une menace à l'indépendance de tous les Etats. « Une expression de sympathie, disait le Times, pour une Eglise, un parti, une cause, une association, un homme public d'un pays étranger, même accompagnée d'un encouragement pour ceux qui luttent à maintenir leurs principes et à continuer leur opposition, n'appartient pas à cette catégorie d'offenses internationales qu'un Etat est obligé de réprimer. »

Enfin, l'Autriche elle-même, si docile d'ordinaire aux volontés de l'Allemagne, ne paraissait pas disposée à la suivre sur le terrain des luttes religieuses. On l'accusait à mots couverts d'ingratitude. Bien plus, c'est au moment même où les relations entre l'Allemagne et l'Italie se refroidissaient, que l'on annonçait une prochaine entrevue de l'empereur François-Joseph et du roi Victor-Emmanuel. Le lieu même choisi pour cette entrevue en augmentait la portée et lui donnait le caractère d'une réconciliation définitive entre les deux peuples : c'était à Venise, en effet, sur un sol qui, dix ans plus tôt, était encore autrichien, que les deux monarques allaient se rencontrer. Aussi des bruits de rapprochement entre l'Autriche et l'Italie contre l'Allemagne étaient-ils mis en circulation. Ils allaient même jusqu'à représenter la France comme prenant part à cette nouvelle entente.

Ainsi l'Allemagne dans sa lutte contre Rome, en dépit de tous ses efforts, restait isolée. Mais elle n'acceptait pas

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