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LA NOUVELLE LOI FRANÇAISE DES CADRES

avait été suffisant pour permettre aux bataillons, qui ne comprenaient plus que quatre compagnies au lieu de six, d'incorporer mille hommes comme auparavant. Or, il n'en était -rien; l'équilibre n'avait pas été rétabli. Au dire d'un journal spécial, V Avenir militaire, c'est d'environ 28,800 hommes que se trouverait accru notre effectif de guerre. Si réelle que fût cette augmentation, elle était donc bien éloignée des calculs des Allemands.

Au reste, cette augmentation et ces détails techniques n'ont qu'une importance secondaire. Ce que nos voisins omettaient de mettre en regard de la mesure récemment votée, c'était d'abord notre état de faiblesse, qui rendait encore toute pensée d'agression de notre part absolument invraisemblable, et, de plus, cette circonstance que la création du quatrième bataillon ne figurait pas dans le projet primitif élaboré par le gouvernement, en sorte qu'elle avait été, pour ainsi dire, improvisée en quarante-huit heures. Cette absence de préméditation, dont il était facile de s'assurer en lisant le compte rendu des débats, réduisait à néant ce programme de revanche que l'Allemagne se plaisait à nous attribuer. Disons enfin qu'aucun article du traité de Francfort n'avait limité pour l'avenir nos forces militaires et que personne ne pouvait nous contester le droit de les réorganiser.

Malgré toutes ces raisons, la presse allemande incrimina violemment notre nouvelle loi des cadres et laissa voir les plus vives alarmes (1). Le 30 mars, la Gazette nationale

(1) Ces alarmes attendirent près de trois semaines après le vote du 12 mars pour se manifester et elles éclatèrent avec un soudain ensemble qui donne bien à supposer qu'elles étaient l'effet d'un mot d'ordre. Néanmoins, si peu fondées qu'elles fussent en raison, elles n'étaient sans doute pas chez tous ceux qui les exprimaient dépourvues complètement de sincérité. M. de Gontaut lui-même écrit, le 8 mai, au duc Decazes, dans une lettre particulière : « Je ne puis nier la réalité et même la sincérité des alarmes que fait éprouver à beaucoup de personnes ici notre loi sur les cadres. » Il ne faut pas

écrivait que la formation du quatrième bataillon constituait « une création ad hoc, une préparation immédiate à une guerre dont l'explosion semble assez prochaine pour que la France préfère un état de choses improvisé à une instruction militaire durable et puissante de la nation ». Puis la Gazette de Cologne publiait, le 5 avril, une correspondance de Vienne dont l'auteur établissait un rapprochement ingénieux et inattendu entre la loi des cadres et les derniers événements de notre politique intérieure. On sait que le vote, resté fameux, du 25 février, par lequel l'Assemblée nationale avait institué la République, était sorti d'une transaction opérée entre des monarchistes résignés et des républicains modérés. Or, une pareille transaction, dans l'esprit du correspondant de la Gazette de Cologne, ne se pouvait expliquer que par un désir égal chez tous de préparer la revanche. C'était l'unique mobile de la fusion récente de certains partis, désormais affranchis des luttes intestines et libres de travailler en commun à la reprise des provinces perdues. A ce présage alarmant était venue s'ajouter la loi des cadres qui ne faisait que le confirmer.

Peu de jours après la publication de ces raisonnements laborieux, le journal de Berlin la Post poussait son célèbre cri d'alarme, dans un article en date du 8 avril intitulé : La guerre est-elle en perspective? Examinant d'un coup d'œil d'ensemble l'horizon politique, il se montrait préoccupé des dispositions hostiles à l'Allemagne qui régnaient dans certains milieux d'Autriche et d'Italie, de l'entrevue de François-Joseph et de Victor-Emmanuel, de nos projets de revanche, de notre réorganisation militaire, et, redoutant

perdre de vue qu'un grand nombre d'Allemands, convaincus que la France préparait rapidement une revanche, étaient portés à interpréter dans ce sens et à suspecter tous nos actes. Mais cette part de sincérité dans les inquiétudes qui se répandirent alors chez nos voisins n'empêche point qu'elles aient été volontairement grossies et exploitées par le gouvernement allemand.

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