CRIS D'ALARME DE LA PRESSE ALLEMANDE
vaguement on ne sait quelle coalition, il ajoutait : « Si donc nous devons répondre à la question que nous avons posée plus haut : La guerre est-elle en perspective ? nous serons obligés de dire : Oui, la guerre est en perspective ; mais ceci n'exclut point le fait que les nuages peuvent se dissiper ».
Le correspondant du Times, en signalant immédiatement cet article, annonçait que l'effet en serait vraisemblablement considérable et que des rumeurs inquiétantes se répandaient depuis deux ou trois jours. Ce qui donnait aux réflexions de la Post une grande importance et explique l'émotion qu'elles produisirent, c'est que cette feuille passait pour recevoir d'ordinaire les inspirations de la chancellerie allemande et qu'elle avait pris, dans la circonstance, le langage et le ton d'un communiqué du gouvernement. Mais, chose beaucoup plus grave, un autre journal, le 10 avril, sous prétexte d'affaiblir la portée du langage de la Post, n'avait fait que l'accroître. C'était la Gazette de V Allemagne du Nord, dont les rapports avec le gouvernement étaient beaucoup plus établis que ceux de la Post. Tout en démentant les assertions de ce journal au sujet de l'Autriche et de l'Italie, elle n3 contestait rien de ce qu'il avançait sur notre compte et ajoutait même que les mesures prises par le gouvernement français étaient d'une « nature inquiétante ». Le démenti opposé à certaines allégations ne donnait donc que plus de force à celles qu'on laissait subsister. En Allemagne, du reste, l'opinion ne donnait pas aux aperçus de la Post une autre signification qu'à l'étranger. « Nous sommes d'accord avec le sentiment public, déclarait la Gazette nationale, sur ce point que l'article de la Post, notamment dans sa conclusion, affecte le caractère d'une communication du gouvernement. Or, dans des questions de cette gravité, une telle allure doit être absolument évitée, ou, si on l'adopte, il faut que ce soit de la façon la plus catégorique. »
De Munich, notre chargé d'affaires, M. Lefebvre de
Béhaine, signalait au duc Decazes le trouble assez profond qu'avaient produit dans les esprits les articles de la Post et de la Gazette de V Allemagne du Nord. Dans une dépêche datée du 14 avril, il rapportait un récent entretien de son collègue d'Angleterre, M. Morier, avec le prince impérial qui traversait Munich. Celui-ci avait paru « tout ébouriffé » des agitations auxquelles était en proie, depuis quelques jours, le monde politique, la Prusse n'ayant, suivant lui, aucune intention belliqueuse. En même temps, il déclarait qu'il ne fallait attacher aucune importance aux articles de la Post, qui lui paraissaient inexplicables. Mais tout en donnant l'assurance qu'il n'existait à Berlin aucune disposition guerrière, il insistait sur les proportions considérables de nos armements.
« Tandis que le public, continuait M. Lefebvre de Béhaine, et les feuilles nationales libérales partiellement indépendantes, telles que la Gazette ef Augsbourg elle-même, se montrent sourdement mécontents des bruits alarmants venus de Berlin, les cercles militaires propagent les rumeurs belliqueuses. On ne cache pas qu'avant-hier, par exemple, à la suite de dépêches arrivées de Berlin, il y a eu au ministère de la guerre une conférence de généraux. On raconte que le général de Bothmer, chef d'état-major de l'armée, a parlé de la guerre comme pouvant éclater prochainement. Jusqu'à présent, cependant, je ne vois pas qu'on ait fait ici aucuns préparatifs militaires extraordinaires. »
Au nombre des motifs qui avaient amené cet état d'anxiété général, M. Lefebvre de Béhaine plaçait le mécontentement causé à la Prusse par les échecs diplomatiques que subissait alors sa politique religieuse. Les Allemands comptaient que « l'Espagne révolutionnaire et hostile à la France, l'Autriche, sous la direction du comte Andrassy, l'Italie, grâce aux griefs réciproques du Vatican et du Quirinal, devaient fatalement être entraînées dans la lutte contre l'Eglise catholique. Ces espérances ont été