‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 43 sur 178 · LANGAGE PACIFIQUE DE M. DE BULOW · texte numérisé non relu

LANGAGE PACIFIQUE DE M. DE BULOW

déjouées, dans ces derniers mois, par la restauration du roi Alphonse XII, l'entrevue de Venise et la volonté de l'Italie de maintenir la loi des garanties. » D'autre part, ils étaient profondément déçus par la réorganisation de notre armée qui s'achevait plus vite qu'ils ne l'avaient pensé. En résumé, M. Lefebvre de Béhaine voyait plutôt une situation tendue qu'un danger imminent.

De son côté, M. de Gontaut avait regagné Berlin le 14 avril et, le lendemain même, il se rendait auprès de M. de Bulow pour causer avec lui de la situation générale. L'entretien avait tout de suite pris une tournure très satisfaisante. M. de Gontaut s'était expliqué sur les achats de chevaux commandés en Allemagne, avait-on dit, par le gouvernement français, puis sur l'augmentation de nos cadres. Les contrats passés par des marchands allemands, et que M. de Biïlow affirmait avoir vus, étaient faux; les marchés en question n'avaient pas été faits par le ministre de la guerre. Quant à la création d'un quatrième bataillon, elle était compensée par la réduction du nombre des compagnies, fixé à quatre au lieu de six, dans chaque bataillon. Mais ce qui importait peut-être encore plus, c'est que cette modification n'avait rien eu de prémédité et que, deux jours avant le vote, la commission de l'armée ne pensait même pas à la proposer.

« Je suis très content de ce que vous me dites, avait déclaré M. de Bùlow. Cette création du quatrième bataillon avait inquiété tout le monde ici. Il en arrive souvent ainsi, lorsqu'on ne va pas au fond des choses. Les explications que vous m'en donnez sont réellement satisfaisantes. »

Puis l'ambassadeur et le ministre avaient déploré ensemble les excitations de la presse. « Ce dont je puis vous donner l'assurance, avait dit M. de Gontaut, et ce que ma propre dignité ne me permettrait pas de répéter si souvent, si cela n'était pas, c'est que nous n'avons aucune intention de vous faire la guerre. J'étais à Paris quand a paru l'ar-

ticle de la Post. Les sentiments que j'ai entendu exprimer autour de moi n'étaient certes pas ceux d'une nation disposée belliqueusement, et sur ce sujet les idées du pays sont aussi celles du gouvernement. »

M. de Btilow avait répondu qu'il fallait toujours se méfier des exagérations des journaux : « Quant à nous, nous nous plaisons à reconnaître que, depuis l'année dernière, depuis l'affaire des mandements de vos évêques, nous n'avons qu'à nous louer du gouvernement français. Ses procédés ont été ce qu'il y a de plus correct et de plus satisfaisant, et il nous serait impossible de lui adresser un reproche quelconque. »...« Je puis vous dire, surtout après les assurances pacifiques que vous m'avez données, que de tous les côtés de l'Europe les nouvelles sont des plus rassurantes. Il n'y a aucune apparence de guerre, et je ne vois de complication nulle part. » L'affaire de Belgique ellemême était, suivant M. de Bûlow, une affaire terminée. Le gouvernement allemand venait d'envoyer à Bruxelles une seconde note où il revenait sur ce qu'il croyait utile d'introduire dans les diverses législations pour donner de la sécurité aux relations internationales, mais c'était là « une discussion purement académique ». Et, en reconduisant son visiteur, M. de Bulow lui avait dit : « Puisse la paix régner entre nous pendant cent ans! c'est tout ce que je souhaite. »

« Après ce langage, continuait M. de Gontaut, et le ton sur lequel la conversation s'est maintenue, je comprendrais difficilement que le gouvernement allemand songeât à la guerre. Notre devoir, bien entendu, n'en est pas moins de nous tenir toujours sur nos gardes.

« Le soir, j'ai vu l'Empereur à un bal. Il a été très gracieux pour l'homme privé; mais il est resté muet pour l'homme politique, chose à laquelle j e n'attache pas d'ailleurs grande importance. Mais il a dit une parole significative à l'attaché militaire de l'ambassade, le prince de Polignac.

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